Forum de Davos: les ONG menacent de claquer la porte
Les mesures prises pour éviter toute manifestation à Davos ont provoqué une série de critiques. En particulier de la part de plusieurs participants au Forum, représentants d'organisations non-gouvernementales. Ils envisagent même de quitter la réunion.
Le Forum économique mondial se veut un lieu privilégié de dialogue sur les effets de la mondialisation. Mais le ton est monté d’un cran, ce samedi, entre les organisateurs de la manifestation et les personnalités invitées pour représenter ce qu’il est convenu d’appeler la société civile.
En réaction aux mesures de sécurité sans précédent prises cette année pour éviter toute perturbation du Forum, ces quelques représentants éminents d’organisation non-gouvernementales dénoncent «la forteresse» qu’est devenue le Forum. Ils considèrent aussi que le droit de se réunir en public et d’exprimer ses opinions a été violé à Davos.
Ainsi, Vandana Shiva, responsable d’une ONG indienne, une habituée du Forum, a raconté avoir été molestée par un policier alors qu’elle accompagnait des manifestants dans les rues de Davos. Elle en a profité pour mettre en garde contre une «militarisation de nos sociétés, sous la pression de la globalisation», allant même jusqu’à parler de «tendances fascistes».
Des propos qualifiés de «scandaleux» par Claude Smadja, directeur exécutif du Forum économique mondial, qui a rappelé à la fois le caractère démocratique de l’interdiction de manifester prise par les autorités de Davos et les intentions des manifestants: perturber, voire faire disparaître le Forum.
Mais ces représentants d’ONG vont plus loin et remettent en cause les règles du jeu de la réunion de Davos. Ils demandent que désormais les différents acteurs du dialogue sur la globalisation – représentants de l’économie, de la politique et de la société civile – soient représentés de manière égale.
La présence des ONG ne doit pas se résumer à une simple figuration a ainsi revendiqué l’Américain Jeremy Rifkin: «Il ne doit pas y avoir de dedans et de dehors. Ce doit être un seul Forum, ouvert à tous ceux qui veulent s’exprimer».
Des propos qui font référence au nombre limité de représentants d’ONG invités – ils sont 69 cette année, sur plus de 2000 participants – et à la tenue, également à Davos, d’une contre-conférence, baptisée «The Public Eye On Davos».
Mais là aussi, la réponse du Forum a été nette, voire sèche. «Nous n’allons pas entrer en matière sur une représentation égale», a dit Claude Smadja, en rappelant que son organisation, qui est privée, se réservait le droit d’inviter qui elle voulait. «Nous ne sommes pas les Nations unies», a-t-il ajouté.
Aucune concession en vue donc, pour satisfaire les demandes de ces ONG, qui menacent, si rien ne change, de se retirer. Pourtant, le Forum est sans doute en train de jouer gros. Car dans le débat sur la globalisation, il ne pourrait prétendre à jouer un rôle, sans la présence des représentants de la société civile.
Pierre Gobet, Davos
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