L’autre 1er Août , celui des sans-papiers
En marge des traditionnels feux d'artifice et discours officiels, les sans-papiers de Fribourg et de Lausanne célèbrent, eux-aussi, la fête nationale. A leur manière.
«Nous renonçons cette année à notre 1er Août, écœurés devant la brutalité croissante des autorités suisses à l’encontre des réfugiés et des immigrés», lance le fameux abbé Cornelius Koch. Qui organisait, chaque année, depuis treize ans, une fête nationale alternative dans la zone frontalière de Como-Ponte Chiasso, aux côtés des réfugiés refoulés.
Brunch à Lausanne
Alors, finis les 1er Août alternatifs? Pas du tout! Les comités de soutien aux sans-papiers ont pris le relais.
A Lausanne, le public a été invité à un brunch dès 11 heures, dans la salle paroissiale sous l’église de Bellevaux, devenue le refuge de neuf Kosovars menacés d’expulsion. Un repas suivi le soir d’une fête de solidarité, avec concert et souper canadien.
Pour mémoire, le mouvement qui les soutient s’oppose au renvoi de ces étrangers arrivés en Suisse, il y a plusieurs années, avant la guerre du Kosovo. Et qui, depuis, ont refait leur vie dans notre pays.
En l’occurrence, le 1er Août coïncide avec leur centième jour de refuge. D’ailleurs, les festivités organisées ce jour-là visent aussi à le rappeler. «C’est une très longue attente, regrette Sandra Antrilli, coordinatrice du mouvement de soutien. Il est difficile de devoir mendier un permis quand on est établi depuis si longtemps en Suisse.»
Solidarité internationale à Fribourg
Autres sans-papiers. Autre fête. A Fribourg, cette fois. Avec une série d’animations dès 15 heures, à la plage des Grandes Rames. Soit, à l’endroit même où ont été prévues les festivités officielles.
L’occasion pour six représentants de partis, associations et syndicats – tels que la conseillère nationale socialiste Liliane Chappuis et Gaston Nicollier de l’Union des producteurs suisses – de réitérer leur soutien au Collectif des sans-papiers.
Un Collectif qui demande la régularisation des clandestins toujours réfugiés dans l’église de Saint-Paul. Et qui a décidé de profiter des festivités officielles du 1er Août pour distribuer des tracts demandant la régularisation des sans-papiers de Fribourg.
«Ce n’est pas une manifestation opposée au 1er Août officiel, explique Gaétan Zurkinden, un des coordinateurs du collectif. Nous voulons montrer une autre réalité, une autre Suisse. Et mettre l’accent sur la solidarité internationale.»
S’étendre en Suisse alémanique
A fête nationale, ambition nationale. Le Collectif des sans-papiers de l’église de Saint-Paul ne s’en cache d’ailleurs pas. Il souhaite étendre son mouvement au-delà de la Sarine. Et demande une régularisation collective de tous les sans-papiers de Suisse.
Les clandestins de Fribourg et d’ailleurs ne sont pas seuls. Ils ont déjà obtenu le soutien de milliers de Suisses. Et, surtout, celui de Christiane Brunner. Dans une récente interview, la présidente du parti socialiste estime en effet que le Conseil fédéral devrait accorder l’amnistie à tous les sans-papiers qui travaillent en Suisse.
Selon la socialiste genevoise, cette régularisation de personnes établies depuis un certain temps en Suisse pourrait passer par l’octroi d’un permis B. Qui serait aussi octroyé aux familles des personnes amnistiées.
«Le débat est devenu national, se réjouit Gaétan Zurkinden. Nous avons réussi à nous imposer sur la scène politique.»
Caroline Zuercher
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