L’initiative suisse vue de l’autre pays des armes
L’initiative suisse contre les armes à feu, rejetée par la population, a été suivie par opposants et partisans du port d’armes aux Etats-Unis, alors que Barack Obama et le reste de la classe politique américaine s’abstiennent de faire du contrôle des armes une priorité. Cela malgré la récente tuerie en Arizona.
Chris Knox, porte-parole de la Firearms Coalition, organisation basée en Arizona qui défend le droit aux armes à feu, se réjouit des résultats de l’initiative populaire suisse.
«Cela aurait été une erreur stratégique pour les Suisses de limiter le droit aux armes à feu», déclare le fils de Neal Knox, grande figure du mouvement américain de défense du droit au port d’armes et ancien rival malheureux de Charlton Heston à la présidence de la National Rifle Association.
«Mon père admirait beaucoup le système traditionnel suisse, la Suisse est le pays le plus armé et le plus libre, avoir le droit de posséder une arme distingue le citoyen du sujet, un citoyen armé peut résister à un gouvernement qui outrepasse ses droits ou à tout autre élément hors-la-loi», lance le porte-parole de la Firearms Coalition. «Si les Nazis n’ont jamais essayé de conquérir la Suisse, c’est parce que les Suisses étaient armés», poursuit-il.
Chris Knox était «absolument contre» les dispositions que l’initiative proposait, notamment la création d’un registre national, l’interdiction des fusils automatiques et la justification d’un besoin. «Le registre d’armes a souvent précédé leur confiscation par le gouvernement. Quant aux armes d’assaut, j’ai eu l’occasion de tirer avec des mitraillettes et c’est très amusant. Pour ce qui est du besoin, j’estime qu’il existe à partir du moment où j’ai envie de posséder une arme», explique-t-il.
Mais Josh Horowitz, directeur de la Coalition to Stop Gun Violence, est déçu par les résultats de l’initiative suisse, qu’il jugeait « raisonnable».
«Les mesures qu’elle prévoyait auraient certainement réduit le nombre de morts et de blessés, particulièrement par suicide, elles auraient pu aussi empêcher que les armes ne tombent entre les mains des criminels et pour ce qui est de l’interdiction des armes automatiques, c’était une mesure de bon sens aussi, car ce type de fusils est impliqué dans un nombre disproportionné de crimes», affirme-t-il.
Au-delà, le directeur de la Coalition to Stop Gun Violence dénonce «le mythe qui veut que le droit de posséder des armes soit lié à la liberté».
Drame de Tucson
Aux Etats-Unis, les 6 morts et 13 blessés fauchés en janvier à Tucson, en Arizona, par un homme muni d’un fusil automatique équipé d’un chargeur de 30 balles n’ont pas suffi à persuader les Américains de conclure leur curieuse histoire d’amour avec les armes à feu. En 2007, les 33 morts et 25 blessés de la tuerie sur le campus de Virginia Tech, l’une des plus meurtrières de l’histoire du pays, n’avaient déjà pas suffi.
Le mois dernier, Barack Obama a qualifié la tuerie de Tucson de «tragédie nationale». Le président de la Chambre John Boehner a déploré «un triste jour» pour les Etats-Unis. Le sheriff de Tucson a même appelé ses compatriotes à un «examen de conscience». Mais pour le moment, aucune mesure n’a été prise pour mieux contrôler les armes à feu, ni au niveau national, ni en Arizona, l’un des trois Etats de la fédération les plus laxistes en la matière puisque le port d’une arme dissimulée y est autorisé sans permis.
«Tucson fut un drame terrible mais complètement prévisible étant donné la puissance de feu qui court nos rues», indique Josh Horowitz, le directeur de la Coalition to Stop Gun Violence. Selon le gouvernement américain, pas moins de 283 millions d’armes à feu sont entre les mains de civils aux Etats-Unis et 6 millions et demi d’armes y sont vendues chaque année.
Pression des urnes
«Après Tucson, Obama avait une occasion en or de proposer des réformes, mais à part un beau discours, il n’a rien avancé de concret», regrette Josh Horowitz avant de qualifier d’«échec lamentable» le bilan de l’Administration Obama dans ce dossier.
Au grand dam des détracteurs des armes à feu, Barack Obama s’est en effet abstenu de faire du dossier une priorité dans son discours sur l’état de l’Union.
Pour sa part, Chris Knox, le porte-parole de la Firearms Coalition, se dit «horrifié» par la tuerie de Tucson. «Mais cet acte barbare ne change en rien ma position: la disponibilité des armes a très peu de rapport avec le mauvais usage que certains en font», affirme-t-il.
Le climat politique américain n’est pas propice à la limitation du droit aux armes. Non seulement les Républicains ont la majorité à la Chambre, mais certains Démocrates soutiennent le port d’armes. La députée visée par la tentative d’assassinat de Tucson possédait ainsi une arme, la même que celle de son agresseur.
Par ailleurs, Barack Obama et ses amis démocrates savent que la mobilisation des défenseurs du port d’armes peut contribuer à saper leurs ambitions électorales pour les présidentielles et législatives de 2012. «Bill Clinton lui-même a reconnu que les Démocrates ont perdu le Congrès en 1994 parce qu’ils venaient de voter l’interdiction des fusils d’assaut qui, depuis, ont d’ailleurs été ré-autorisés», observe le porte-parole de la Firearms Coalition.
Votation du 13 février. L’initiative a été refusée par 56,3% des citoyens. Au niveau des cantons, 20 ont dit «non» et 6 ont dit «oui». Le taux de participation s’est élevé à 49%.
Gauche. L’initiative populaire ‘Contre la violence des armes’ émanait d’une coalition regroupant quelque 70 organisations. Au niveau politique, elle a reçu le soutien de la gauche.
Principales exigences: établissement d’un registre national des armes, justification d’un besoin et de compétences pour posséder une arme, stockage des armes militaires dans des lieux sécurisés, interdiction de posséder des armes particulièrement dangereuses (armes automatiques, fusil à pompe) à titre privé.
Loi. La possession et le port d’arme sont protégés par le Second Amendement à la Constitution des Etats-Unis et par la loi en Suisse.
Registre. Les deux pays n’ont de registre national des armes à feu.
Suicide. Les Etats-Unis et la Suisse sont les pays où le taux de suicide par balle est le plus élevé (57% des suicides aux USA, 28% en Suisse).
Giffords. Le 8 janvier, un jeune homme décharge son pistolet automatique sur la députée démocrate Gabrielle Giffords qui rencontrait des électeurs devant un supermarché.
Bilan. 6 morts et 13 blessés dont la députée.
Obama. Barack Obama qualifie la tuerie de «tragédie nationale».
Meurtrier. Jared Loughner, le meurtrier présumé, a 22 ans et serait perturbé sur le plan mental. Inculpé d’assassinat et de tentative d’assassinat, il risque la peine de mort.
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