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Le peuple comme dernier recours

Beaucoup de Suisse souhaitent profiter tôt de leur retraite. Keystone

L'idée d'aider les bas revenus à prendre une retraite anticipée est dans l'air depuis un certain temps. Mais jusqu'à présent, les tentatives ont échoué devant le Parlement. L'Union syndicale suisse (USS) veut donc tenter de forcer le passage en en appelant directement au peuple via une initiative.

L’âge légal de la retraite est actuellement fixé à 65 ans pour les hommes et à 64 ans pour les femmes. Et depuis plusieurs années, on parle d’élever encore cet âge pour compenser le vieillissement de la population.

Mais parallèlement, l’idée de flexibiliser cet âge de la retraite – vers le bas comme vers le haut – est de plus en plus dans l’air du temps.

Une situation illogique

En fait, la possibilité de prendre une retraite anticipée existe déjà. Mais le problème, c’est qu’un départ anticipé correspond à une diminution de la rente vieillesse.

Conséquence: ce sont surtout les revenus moyens et élevés qui ont les moyens de supporter cette diminution de rente. Les bas revenus, pour leur part, peuvent difficilement se le permettre.

Pour la gauche, cette situation est illogique. Ceux qui auraient le plus besoin de bénéficier d’une retraite anticipée sont des personnes usées prématurément par un métier très pénible. Or les métiers les plus pénibles sont souvent les moins biens payés. Au final, ce sont donc précisément ceux qui en auraient le plus besoin qui ne peuvent pas quitter plus tôt le monde du travail.

Blocage au Parlement

Des solutions ont déjà été discutées au Parlement dans le cadre de la 11ème révision de l’Assurance vieillesse et survivants (AVS).

Cette révision visait à assurer l’avenir financier de l’assurance en réalisant des économies, notamment en faisant passer l’âge de la retraite des femmes de 64 à 65 ans. Pour compenser ce qui aurait pu être vu comme un démantèlement social, il était aussi prévu de débloquer des fonds pour faciliter l’accession à la retraite flexible.

Mais la majorité de droite du Parlement n’a finalement pas voulu de ce système, même dans sa version la moins chère. Du coup, la gauche a lancé et obtenu le référendum. Et le peuple a été du même avis: considérant que cette 11ème révision constituait un démantèlement de l’assurance vieillesse sans aucune compensation, il l’a refusée en mai 2004.

Après cet échec, le Parlement s’est remis à la tâche et planche actuellement sur une seconde mouture de la 11ème révision. Mais le dossier de la flexibilisation des retraites flexibles n’avance pas; en mars dernier, la Chambre basse a à nouveau refusé de financer le départ anticipé à la retraite des revenus modestes.

Appel au peuple

Considérant que la voie parlementaire offrait peu de probabilité de succès, l’USS a décidé d’en appeler directement au peuple via une initiative populaire.

Le texte de cette initiative nommée «Pour un âge de la retraite flexible» demande que les salariés gagnant moins de 119’340 francs par an puissent prendre leur retraite dès 62 ans sans pour autant voir le montant de leur rente diminuer.

En fait, de telles aides existent déjà dans certaines branches par le biais de conventions collectives de travail. C’est ainsi, par exemple, que les ouvriers de la construction peuvent cesser le travail dès 60 ans et ceux de l’horlogerie un an avant l’âge légal de la retraite. L’idée de la gauche est d’étendre ce système à l’ensemble des travailleurs.

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Conventions collectives de travail

Ce contenu a été publié sur Les conventions collectives de travail s’appliquent à un secteur économique ou à une entreprise. Elles sont négociées entre les syndicats et des employeurs ou des associations d’employeurs. Ces conventions contiennent des dispositions sur la conclusion, le contenu et la fin du contrat de travail individuel, des dispositions sur les droits et les obligations des parties…

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Avant tout une question d’argent

Le gouvernement et les partis de droite demandent au peuple de refuser cette initiative. Leur principale réticence est liée au coût. «Selon que l’âge de la retraite des femmes sera ou non relevé, cette initiative coûtera entre 750 millions et 1,5 milliards de francs, ce qui est beaucoup trop cher», prédit le député UDC (Union démocratique du centre / droite nationaliste) Guy Parmelin.

Député socialiste et vice-président de l’USS, Jean-Claude Rennwald préfère présenter les chiffres sous l’angle des cotisations, beaucoup moins effrayant. «Cela représente une augmentation des cotisations de l’ordre de quelques francs par mois», déclare-t-il.

Outre cet enjeu financier, les adversaires de l’initiative y voient aussi un mauvais signal. «On introduirait une retraite à 62 ans pour tous; c’est une fausse incitation qui va à l’encontre de ce que font toutes les sociétés occidentales pour compenser les effets du vieillissement de la population», estime Guy Parmelin.

A gauche, on préfère insister sur le fait qu’un système de flexibilisation des retraites devient urgent en raison des conditions de plus en plus dures qui règnent dans le monde du travail et qui usent prématurément bon nombre de salariés. «Des études syndicales montrent que la retraite flexible constitue la priorité des travailleurs», conclut Jean-Claude Rennwald.

swissinfo, Olivier Pauchard

Connue sous l’abréviation AVS, l’assurance vieillesse et survivants forme le premier des trois piliers du système de sécurité sociale suisse, les deux autres étant constitués par les caisses de pension et l’épargne privée.

L’Assurance vieillesse et survivants (AVS) est une assurance de base qui assure un minimum vital aux retraités, aux orphelins, aux veufs/veuves.

Obligatoire, l’AVS est financée à 80% par les cotisations des salariés et des employeurs. Le reste des fonds provient des pouvoirs publics.

Pour l’heure, les comptes de l’AVS restent positifs. Mais le vieillissement de la population fait qu’il y a de moins en moins d’actifs pour financer les rentes des retraités.

L’avenir financier de l’assurance est donc devenu un thème politique de première importance depuis plusieurs années.

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