Le premier parti du pays reste sur sa ligne
Pour une politique dure envers les étrangers et contre tout rapprochement avec l’UE: ces thèmes font depuis des années le succès de l'Union démocratique du centre. Et elle entend bien appliquer les mêmes recettes lors des élections fédérales 2011. Interview avec son président, Toni Brunner.
Toni Brunner est à la tête du premier parti du pays depuis 2008. Pour ses premières élections fédérales en tant que président, il entend convaincre avec des arguments qui ont fait leurs preuves et attiré quelque 30% des électeurs vers la droite conservatrice.
swissinfo.ch: Quelles sont les priorités de votre parti pour la prochaine législature?
Toni Brunner: Nous constatons qu’officiellement plus personne ne parle d’adhésion à l’Union européenne, mais que l’on nous y pousse de manière insidieuse. Dans cette situation, il est nécessaire d’avoir une UDC qui s’en tient aux valeurs qui ont fait la force de la Suisse, notamment l’indépendance, la liberté et la souveraineté. Pour nous, cela signifie aussi que le peuple doit avoir le dernier mot.
swissinfo.ch: Dans quels domaines la Confédération devrait-elle réduire ses dépenses et dans lesquels investir plus?
T. B. : L’UDC demande des finances saines et équilibrées. Cela veut dire qu’on ne peut pas dépenser davantage que ce que l’on reçoit. Cela veut dire aussi qu’il faut faire le ménage partout, par exemple dans les Affaires étrangères, dont le budget explose. Le Parlement vient d’augmenter le budget de l’aide au développement. Les coûts explosent aussi dans le social et la santé. Dans tous ces domaines, nous devons prendre les mesures structurelles qui s’imposent, même si cela fait mal. Je pense à la prochaine révision de l’assurance invalidité.
swissinfo.ch: Quelle voie doit suivre la Suisse dans ses relations futures avec l’Union européenne?
T. B. : On peut parfois créer de la pression si l’on fait en sorte de compromettre la coopération équitable qui a prévalu dans les négociations bilatérales jusqu’ici. Je suis persuadé que les deux parties souhaitent une bonne entente, une collaboration économique et une cohabitation pacifique. Nous avons des objectifs communs, mais qui doivent être atteints de manière autonome dans l’Union européenne comme en Suisse.
swissinfo.ch: La Suisse doit-elle construire de nouvelles centrales nucléaires ou miser plutôt sur les énergies renouvelables?
T. B. : Il faudra prendre en compte dans les réflexions à venir les enseignements des événements survenus au Japon. Il faut traiter la politique de l’énergie de manière globale, en tenant compte de la sécurité technique, mais aussi de la sécurité de l’approvisionnement et de la nécessité de coûts de l’énergie acceptables par tous. Prendre à court terme des décisions précipitées engageant l’avenir serait une voie totalement erronée.
swissinfo.ch: A quoi devraient correspondre la mission et les effectifs de l’armée suisse de demain?
T. B. : L’UDC veut une armée de milice bien équipée, dont la mission centrale est la défense du territoire. Nous ne voulons pas d’une armée professionnelle avec des effectifs limités, mais d’une vraie armée de milice largement soutenue et ancrée dans le peuple. L’armée doit pouvoir défendre le pays en cas d’événements graves. Le pays et les citoyens aspirent à la sécurité. Avec le budget actuel de 4 milliards de francs pour la défense, un réexamen est également nécessaire dans ce domaine.
Pour l’UDC, une infanterie forte et une couverture aérienne efficace sont indispensables. Pour le reste, il faut se diriger vers les solutions disponibles.
Nous ne sommes pas d’accord avec une réduction massive des effectifs, ni avec le fait que de plus en plus de soldats sont envoyés à l’étranger. Nous voulons une armée pour défendre le pays et non pour nous laisser entraîner dans des aventures. Nous avons une armée défensive, c’est-à-dire, encore une fois, destinée à la défense de la Suisse.
swissinfo.ch: Comment se positionne votre parti par rapport à l’immigration et à l’intégration des étrangers en Suisse?
T. B. : Nous avons besoin de nouveaux durcissements pour combattre les abus. Dans ce contexte, la concrétisation de notre initiative pour le renvoi des étrangers criminels, que nous suivons de près, est particulièrement importante. Nous avons présenté notre propre proposition de loi. Maintenant, c’est au tour du groupe de travail mis en place par la ministre de la Justice Simonetta Sommaruga d’afficher la couleur. L’enjeu est de savoir si l’on veut respecter la volonté populaire ou non.
Par ailleurs, la ministre de la Justice est en train de préparer une politique de l’asile plus laxiste. Dans ce cas, il sera nécessaire de contre-attaquer. La Suisse est déjà un des pays les plus solidaires et les plus humanitaires de la planète. Nous ne pouvons pas porter sur nos épaules toute la misère du monde. Nous accueillons déjà chez nous beaucoup de gens, bien plus que la moyenne.
swissinfo.ch: Quelles sont les propositions de votre parti pour améliorer la politique de la Confédération envers la Cinquième Suisse?
T. B. : Nous voulons nous assurer qu’ils reçoivent toutes les informations nécessaires. Mais il faut aussi qu’ils puissent exercer leurs droits politiques. Il y a encore trop de Suisses de l’étranger qui ne les utilisent pas. C’est pourquoi l’UDC a présenté des Suisses de l’étranger lors de plusieurs élections cantonales. Nous nous soucions donc de tous les Suisses qui ne vivent pas dans leur pays tout en se mettant à disposition pour des élections et en apportant une contribution à la communauté.
L’Union démocratique du centre (UDC) est née en 1971 de la fusion du Parti des paysans, artisans et indépendants et des Partis démocratiques des cantons de Glaris et des Grisons.
Durant les années 1990, l’UDC a fortement progressé et est devenue lors des élections fédérales de 1999 la principale force politique du Parlement fédéral. Lors des élections de 2003 et 2007, elle s’est encore renforcée. En 2007, elle a atteint 29% des suffrages, ce qui en fait le 1er parti de Suisse.
L’UDC se positionne clairement à la droite du spectre politique: moins d’Etat, collaboration restreinte avec l’Union européenne et durcissement du droit sur les étrangers et les requérants d’asile sont les points centraux de son programme.
Sous la Coupole, l’UDC est représentée par un ministre, 59 députés et 6 sénateurs. Englobant encore un représentant de la Ligne de Tessinois et un de l’Union démocratique fédérale, il constitue avec 67 sièges, le groupe parlementaire le plus important.
Né en 1974 dans le canton de St-Gall, Toni Brunner est agriculteur.
Elu particulièrement jeune à la Chambre basse du Parlement (21 ans), il y siège depuis 1995.
Déjà vice-président de l’UDC depuis 2000, il a été élu à la présidence du parti en mars 2008.
Il est membre de la Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie.
(Traduction de l’allemand: Xavier Pellegrini / Textes.ch)
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