A Tunis, Joseph Deiss ne pourra pas ignorer les droits de l’homme
Le chef de la diplomatie suisse effectue lundi et mardi une visite officielle en Tunisie. Objectif: réchauffer des liens très distendus. Mais l’affaire Ben Brick risque de jouer les trouble-fête.
Le chef de la diplomatie suisse effectue lundi et mardi une visite officielle en Tunisie. Objectif: réchauffer des liens très distendus. Mais l’affaire Ben Brick risque de jouer les trouble-fête.
Va-t-on assister à un tête-à-tête entre Joseph Deiss et Taoufik Ben Brick en Tunisie? Selon l’ATS, l’entourage du chef de la diplomatie suisse n’exclut pas une telle rencontre. Mais cet espoir paraît excessivement optimiste, compte tenu de l’extrême nervosité manifestée par Tunis après le communiqué de presse publié jeudi par le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).
Il comporte une allusion à la situation des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Et Ruedi Christen, chef de l’information au DFAE, d’ajouter qu’il n’est pas possible de «parler de la liberté de la presse sans évoquer ce cas». Celui de Taoufik Ben Brick, bien sûr. Ce journaliste observe une grève de la faim pour dénoncer les violations des droits de l’homme dans son pays.
Une chose est sûre. L’«affaire» Ben Brick tombe à un mauvais moment pour Berne. En effet, la Suisse, en tant que «berger» pour la dimension humaine dans le processus multilatéral de paix au Proche-Orient, caresse depuis longtemps l’espoir d’apaiser ses relations avec Tunis. Pour obtenir son soutien au Proche-Orient, bien sûr, mais aussi pour s’ouvrir le marché tunisien.
Et la visite de Joseph Deiss pourrait mettre un terme aux différends diplomatiques et économiques opposant la Suisse à la Tunisie. Déjà, on annonce le retour de l’ambassadeur de Tunisie à Berne d’ici à cet été. Il avait été rappelé par le président Ben Ali en 1995, après que Flavio Cotti, alors chef du DFAE, eut refusé d’accueillir à Genève le chef de l’Etat tunisien, invité par le Bureau international du travail.
Autre brouille à résoudre: les négociations en vue de la signature d’un accord de libre-échange entre la Tunisie et l’Association européenne de libre-échange (AELE). Berne, qui veut vendre ses technologies à un pays doté d’un potentiel de production moderne, souhaite ardemment la conclusion d’un tel accord. Tunis hésite. Raison pour laquelle Joseph Deiss emmène dans sa délégation Rudolf Kummer, chef du secteur Afrique et Proche-Orient, au Département fédéral de l’économie.
Durant son voyage de deux jours, le chef du DFAE doit rencontrer son homologue Habib Ben Yahia. Jusqu’où ira-t-il sur le dossier des droits de l’homme et celui de Taoufik Ben Brick? Impossible de le savoir. Mais la pression sur le chef de la diplomatie suisse est réelle.
D’ailleurs, la soeur de Taoufik Ben Brick a supplié Joseph Deiss d’aider son frère. Dans sa lettre, elle lui rappelle les exactions commises par le régime tunisien.
Jamais une visite ne sera autant observée. Par la communauté internationale d’abord, très méfiante vis-à-vis du régime de Ben Ali. Mais également en Suisse. Le Parti socialiste exige que Joseph Deiss adopte une «position claire» sur les droits de l’homme. De son côté, la section suisse d’Amnesty International a adressé une lettre demandant au chef du DFAE soulever le cas de plusieurs défenseurs des droits de l’homme.
Jugurtha Aït-Ahmed
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