Armée XXI: la Suisse aura ses chars de grenadiers
La Suisse achètera 186 chars de grenadiers. Le Conseil National a accepté mardi le crédit de 1,178 milliard de francs pour le programme d´armement 2000. En plus des offensives du PS et des Verts, Adolf Ogi a dû faire face aux assauts de son propre camp.
Après le Conseil des Etats, le programme d’armement 2000 a passé la rampe de la Chambre du peuple par 116 voix contre 55. Outre les chars (990 millions de francs), il comprend l’achat de 120 véhicules d’exploration (166 millions) et douze systèmes légers de déminage (22 millions).
Les socialistes ont demandé un moratoire sur l’acquisition d’armement aussi longtemps que le Parlement ne se sera pas prononcé sur le projet d’armée XXI et que leur initiative pour une réduction de moitié des dépenses militaires n’aura pas été présentée au peuple. «Nous disons oui à l’armée, mais à moindres coûts», a dit Mario Fehr (PS/ZH).
Il faut attendre de connaître le contexte avant d’acheter autant de nouveaux chars. Or cet achat s’inscrit dans la plus pure tradition de la défense du territoire, à savoir «un char derrière chaque bosquet», a renchéri Fernand Cuche (Verts/NE).
Ce ne serait d’ailleurs pas la première année pendant laquelle on n’achèterait rien pour l’armée. Et elle a survécu, a ajouté Mario Fehr. Le crédit demandé est pourtant un des plus modestes depuis le milieu des années 80, lui a répondu Karl Tschuppert (PRD/LU) au nom du groupe radical, unanime derrière le crédit.
Reconnaissant cette période de transition et de flottement difficile, Jacques-Simon Eggly (PLS/GE) a estimé qu’on en savait suffisamment sur le projet d’armée XXI pour décider qu’elle doit disposer d’un armement moderne. Il serait idiot d’avoir des chars de combat modernes avec des chars de grenadiers qui ne peuvent pas les accompagner parce que trop lents, a-t-il dit.
Tous les pays européens continuent par ailleurs de moderniser leur armement, y compris ceux dirigés par des socialistes, a ajouté le ministre de la Défense Adolf Ogi. Mais le président de la Confédération n’a pas seulement eu à affronter le camp rose-vert. La contestation est venue de son propre groupe.
Ulrich Schlüer (UDC/ZH) a ainsi également demandé le renvoi de l’objet mais pour des raisons différentes. Il a mis en doute l’objectivité du Groupement de l’armement (GA) dans le choix du modèle suédois.
Le GA et la Ruag, l’entreprise d’armement privatisée mais détenue à 100 pour cent par la Confédération, sont dirigés par le même homme, Toni Wicki. Et la Ruag entretient des relations commerciales avec l’entreprise suédoise fabriquant le nouveau char, a dit M. Schlüer qui a exigé en vain une expertise neutre.
Cette opinion n’était pas partagée par tout le groupe UDC. Il convient certes de se poser des questions sur les imbrications entre la Ruag et le Département de la défense, mais, selon Ulrich Siegrist (UDC/AG), tirer des arguments de cette proximité est aller un peu vite en besogne.
Au contraire, le rôle de la Ruag est très important dans les marchés de compensation, a dit Jean-Claude Vaudroz (PDC/GE) qui a loué le travail remarquable du Département de la défense. «A se demander qui est le plus performant entre Adolf Ogi et le ministre de l’Economie Pascal Couchepin pour gagner des marchés», a-t-il ajouté.
La Suisse a en effet obtenu de la Suède des commandes pour ses PME équivalant à la totalité du coût des 186 chars, en plus du transfert de technologies dont elles bénéficieront. Sans compter que 38 pour cent du crédit sera utilisé en Suisse, a précisé le rapporteur de la commission André Bugnon (UDC/VD).
Choqué par les doutes de son coreligionnaire Schlüer, Adolf Ogi s’en est aussi pris aux milieux qui utilisent le programme d’armement pour déstabiliser la Ruag. Il évoquait la récente campagne menée par un conseiller en relations publiques qui a jeté le discrédit sur les chars suédois.
«Ce monsieur nous cause beaucoup de soucis, car il ne dit pas la vérité», a déclaré Adolf Ogi. Et il travaille pour un employeur anonyme que le DDPS n’a pas encore pu débusquer. Il y a des limites à tout. Adolf Ogi ne peut tolérer ces «procédés antidémocratiques».
Les deux propositions de renvoi ont été rejetées à deux contre un. Le National a également refusé de réduire le crédit en l’amputant de la dépense principale, de 990 millions, pour les chars de grenadiers suédois appelés à remplacer les M-113 vieux d’une quarantaine d’années.
swissinfo avec les agences
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