Avortement: le tourisme gynécologique ne cessera pas
Les Chambres fédérales ont accepté vendredi à Lugano, la loi sur la dépénalisation de l'avortement. Le peuple devra probablement se prononcer sur la question, en raison du référendum lancé par le Parti démocrate-chrétien. Mais la nouvelle loi ne stoppera pas forcement le tourisme gynécologique, sauf en Suisse romande.
La révision de la loi a été adoptée sans problème au Conseil national, mais de justesse au Conseil des Etats. Seule l’intervention du président du Parti démocrate-chrétien, Adalbert Durrer, a marqué ce vote. Opposé à cette loi, le député en a profité pour lancer la campagne référendaire.
Dans les faits, la nouvelle loi autorise l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans les douze semaines après les dernières règles. La femme devra invoquer un motif de détresse, mais restera seule juge de sa situation. Par ailleurs, les cantons devront désigner les instances responsables pour traiter l’IVG.
Cette loi devrait en toute logique faire baisser ce que l’on appelle communément le tourisme gynécologique. Ce n’est pas l’avis du groupe de travail «Interruption de grossesse» qui était réuni ce vendredi à Berne.
«Ce tourisme gynécologique pourrait toujours exister, explique Elisabeth Jobin, du groupe de travail, dans la mesure où les cantons doivent définir le lieu où l’IVG doit se dérouler».
Or, l’interprétation de ce texte est dangereuse si les cantons très restrictifs désignent moins d’endroits, voire aucun, selon Elisabeth Jobin. Les cantons pourraient même décider de faire pratiquer les IVG chez un voisin plus libéral, ce qui est déjà une réalité.
«Pire encore, le fait de savoir où se déroule les IVG dans ces cantons restrictifs, pourrait exposer les femmes à l’indiscrétion, voire à des manifestations de mouvements extrémistes», ajoute Elisabeth Jobin.
Ce phénomène pourrait donc être encore marqué entre certains cantons de la Suisse centrale et la Suisse romande.
En revanche, le tourisme gynécologique devrait disparaître entre les cantons romands. En effet, les cantons comme Fribourg ou le Valais – réputés pour leur conservatisme – sont devenus moins restrictifs.
«Le canton du Valais considère que l’IVG est un acte concernant la santé publique, explique Eliane Launaz, du Planning familial, et les instances sont très à l’écoute des demandes d’IVG.
Cette tendance se confirme à l’Etat de Vaud. «Le tourisme gynécologique tend à disparaître sur le plan romand, explique Jeanne Resplandino, adjointe du médecin cantonal. Et la décriminalisation de l’IVG rendra les cantons romands encore plus souples».
Mais reste qu’une IVG est toujours un moment de détresse. «Le fait que l’IVG ne soit pas considéré comme un crime, aidera certainement à travailler encore mieux la prévention», explique Jean Martin, médecin cantonal vaudois. Ainsi le travail sur la prévention sera facilité, et les IVG devraient diminuer encore plus.
Jean-Louis Thomas
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