Binner, le Suisse qui aspire à gouverner l’Argentine
Le socialiste Hermes Binner, petit-fils d’immigrants valaisans arrivés au XIXe siècle en Argentine, vient d’annoncer formellement sa candidature à la présidentielle. En cas de triomphe le 23 octobre prochain, il deviendrait le premier président argentin à posséder la nationalité suisse.
Samedi dernier, Hermes Binner, qui était devenu en 2007 le premier gouverneur socialiste du pays, a annoncé officiellement sa candidature à l’élection présidentielle du 23 octobre prochain.
Soutenu par un front progressiste, Hermes Binner, qui jusqu’ici avait plutôt adopté un profil bas, a décidé de monter sur le devant de la scène en s’appuyant sur un projet de centre-gauche qu’il cultive avec succès depuis deux décennies dans sa province de Santa Fe.
Un candidat de l’intérieur
Le candidat socialiste, qui prône un gouvernement fédéral et participatif, a choisi la sénatrice de la province de Cordoba Norma Morandini pour l’accompagner à la vice-présidence. «Je suis satisfait car nous apportons un projet de l’intérieur du pays. Je crois que cela fait du bien à l’Argentine d’avoir un contrepoids à la capitale fédérale. Nous sommes très contents de pouvoir faire avancer un projet qui intègre le cœur de la région centrale», a souligné Hermes Binner.
Bien que son front politique n’ait pas encore de nom officiel, il est composé de plusieurs partis reconnus, dont Génération pour une rencontre nationale (GEN), Projet Sud (PS), le Nouveau Parti et Unité populaire. Le candidat a défini sa vision du «progressisme» autour des mots suivants: sécurité, justice, pain et enfance. «L’Argentine vit dans l’abondance économique mais avec des inégalités sans précédent», a-t-il condamné, soulignant que les socialistes avaient gouverné «dans de petits villages et de petites provinces sans qu’aucun cas de corruption n’ait été signalé».
Depuis le début, les architectes de ce mouvement politique cherchent à savoir ce qu’ils doivent faire «pour que les gens vivent mieux et connaissent la croissance économique et sociale», a-t-il assuré. Et d’ajouter: «Nous sommes au début d’une construction», sous-entendant que sa candidature transcenderait l’élection d’octobre.
Manque d’expérience souligné
Tentant de le déstabiliser et de le mettre à l’épreuve, plusieurs journalistes ont souligné son manque d’expérience à l’échelon national. Hermes Binner a répondu que cela ne le préoccupait pas, rappelant que lors de la fondation du Front progressiste de Santa Fe, les mêmes remarques se sont faites entendre. «Notre persévérance a permis de faire de nombreuses propositions, de faire élire des députés et des sénateurs et finalement de gouverner la province», a-t-il dit.
Pragmatique et fin dans son analyse, le candidat n’a pas manqué de signaler qu’au-delà des nombreuses oppositions, certains instituts de sondage lui octroyaient plus de 13% des intentions de vote avant même qu’il n’ait annoncé sa candidature. Une enquête réalisée au niveau national début juin a mis en évidence qu’en cas de candidature, la présidente sortante Cristina Kirchner obtiendrait 40,8% des voix, le candidat de l’Union civile radicale (UCR) Ricardo Alfonsin 14,6% et Hermes Binner 13,4%.
L’analyste politique Julio Burdmann explique que «Binner a l’avantage de ne pas être très connu au niveau national, ce qui augure d’un potentiel de croissance.» Et d’ajouter: «ses chances d’être élu président sont meilleures que celles de Ricardo Alfonsin, cela se manifestera durant la campagne».
Troisième force ou phénomène électoral?
A l’intérieur de la coalition, certains pensent que les capacités de gestion politique indiscutables de Binner lui ouvriront les portes de la présidence, d’autres estiment que sa candidature a davantage une valeur de témoignage. Rosendo Fraga, un analyste politique argentin réputé, estime que le candidat socialiste peut incarner la troisième force derrière un candidat radical consolidé à la deuxième place. Une hypothèse que partagent jusqu’ici les principaux éditorialistes politiques du pays.
Cependant, «il n’est toujours pas défini qui prendra la deuxième place derrière Cristina Kirchner», précise Julio Burdmann. Le politologue rappelle ce qui s’est passé en 1995, lorsqu’un candidat inopiné est arrivé deuxième derrière le président d’alors Carlos Menem. Il s’agissait du gouverneur de Mendoza José Octavio Bordon, qui avait alors pris la tête du Front pour un pays solidaire (FrePaSo), une force progressiste similaire à celle que dirige actuellement Hermes Binner. «L’UCR reste empêtrée dans une crise et cela offre une opportunité historique au centre-gauche non péroniste. Je crois qu’Hermes Binner en est bien conscient», affirme Julio Burdmann.
Elections générales. Les partis obtenant moins de 1,5% des suffrages lors des primaires du 14 août ne seront pas autorisés à participer aux élections législatives et présidentielles. Ces dernières auront lieu le 23 octobre. Si un second tour pour l’élection présidentielle est nécessaire, il se déroulera le 20 novembre.
Favorite. Bien qu’elle n’ait pas officialisé sa candidature, la présidente argentine Cristina Fernández de Kirchner se représentera pour un second mandat de quatre ans. L’épouse de feu l’ancien président Nestór Kirchner est donnée favorite avec 45% des intentions de vote.
Candidats. Les candidats déclarés jusqu’ici sont Ricardo Alfonsín, fils de l’ancien président Raúl Alfonsin, qui se présente sous la bannière de l’Union civique radicale (UCR), Elisa Carrió, pour la Coalition civique et Hermes Binner, pour le Front progressiste
Né le 5 juin 1943 à Rafaela, dans la province de Santa Fe, il possède la double nationalité argentine et suisse. Il est descendant d’émigrants valaisans originaires de Rarogne arrivés en Argentine au XIXe siècle.
S’il était élu, il deviendrait le troisième président argentin à posséder des racines suisses. Le premier, Carlos Pellegrini, a gouverné le pays de 1890 à 1892. Le second, Néstor Kirchner, a été président de 2003 à 2007.
Hermes Binner est médecin agréé de l’Université nationale de Rosario et spécialiste en médecine du travail et anesthésie. Il est marié avec l’architecte Silvana Codino et a cinq enfants.
1972: il fonde le Parti socialiste populaire (PSP) avec son mentor Guillermo Estévez Boero.
1993-1995: il est élu conseiller municipal de Rosario, la troisième ville d’Argentine derrière Buenos Aires et Córdoba, dont la population dépasse le million d’habitants.
1995-2003: il élu pour deux mandats consécutifs à la mairie de Rosario
2005-2009: il devient député national
2007-2011: il accède au poste de gouverneur de la province de Santa Fe
11 juin 2011: il annonce sa candidature à la présidentielle, à la tête d’un Front progressiste
Adaptation de l’espagnol: Samuel Jaberg
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