Genève reste un centre essentiel pour le désarmement
A Genève, la session annuelle de la Conférence du désarmement touche à sa fin. Mais depuis trois ans, elle piétine. Faut-il la fermer? Non, dit la Suisse. Car grâce à cette institution, le monde bénéficie d'un lieu d´expertise unique pour la paix.
Cette Conférence est la seule instance multilatérale au monde à s’occuper de questions de désarmement. Depuis sa création à la fin des années 70, elle tient session à Genève de janvier à septembre. Elle regroupe actuellement 66 pays, dont la Suisse.
Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle souffre aujourd’hui de paralysie et que les questions se multiplient sur sa réelle utilité. Le monde lui doit certes beaucoup, en particulier en matière de contrôle des armes de destruction massive. Son dernier travail remonte à 1996. Elle s’était alors livrée à d’âpres batailles autour du traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Elle y avait laissé beaucoup d’énergie et on savait qu’elle aurait beaucoup de mal à retrouver son souffle.
Le résultat est pire. D’abord, elle a mis beaucoup de temps à se faire une liste des dossiers auxquelles elles devrait s’atteler. Ensuite, elle n’a toujours pas réussi à se mettre d’accord sur la méthode de travail. Ainsi le traité qui interdirait la production de matières fissiles nécessaires à la fabrication de bombes nucléaires n’est donc pas pour demain.
Il y a évidemment plusieurs raisons à cette impasse: la lourdeur et la complexité des procédures, la règle du consensus dans la Conférence, un calendrier politique et une actualité internationale peu propices à de grandes négociations, des divergences sur la façon d’aborder globalement ou non les questions nucléaires, ou encore le programme américain de bouclier anti-missiles.
Faut-il dès lors mettre la clef sous le paillasson? Certains observateurs et diplomates ne sont pas loin de le penser. Mais c’est un point de vue que ne partage pas l’ambassadeur Christian Faessler, représentant permanent de la Suisse auprès de la Conférence du désarmement. Même si cette instance ne marque pour l’instant aucun progrès, elle reste selon lui un instrument essentiel à la communauté internationale.
«Grâce à elle, explique le diplomate suisse, on trouve en permanence à Genève un important groupe d’experts du désarmement.» Ils travaillent non seulement dans les domaines propres à la Conférence, mais également sur des dossiers traités dans d’autres instances spécialisées: mines antipersonnel, armes biologiques, armes légères, etc.
A cela s’ajoute les synergies avec des institutions comme le Comité international de la Croix-Rouge et l’Organisation mondiale de la santé. Ou avec les centres spécialisés récemment ouverts à l’initiative de la Suisse et qui traitent de nouveaux aspects de la promotion de la paix: déminage humanitaire, politique de sécurité, démocratie dans les forces armées.
Les initiatives de désarmement ne se limitent donc pas aux réussites ou insuccès de la Conférence du même nom. Et quand bien même celle-ci piétine, elle permet une convergence unique en son genre de connaissances et d’expertises de niveau mondial. Un seul exemple: dans deux semaines, Genève accueillera la 2e réunion des États parties à la Convention d’Ottawa sur l’interdiction des mines antipersonnel.
Bernard Weissbrodt
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