Le front du refus et la montagne de röstis s’écroulent
Le 6 décembre 1992, les Suisses disaient non à l’Espace économique européen. Les Romands parlaient alors de «dimanche noir». Le vote positif sur les bilatérales de dimanche n’effacera pas ce souvenir. Mais les Suisses ont retrouvé un terrain d’entente.
«La Suisse déchirée, éclatée, divisée, la Suisse qui ne sait pas où elle va, des Romands qui refusent le ghetto construit par les Alémaniques»: la presse romande au lendemain du vote sur l’EEE ne cachait ni son amertume ni son indignation. Seule consolation: les Suisses avaient «massivement» voté. Leur participation atteignait même les 78 pour cent, un record depuis le scrutin historique de 1947 sur l’assurance-vieillesse.
Le non l’avait alors emporté de justesse, avec un maigre écart de 23’000 voix. Tous les cantons romands avaient dit oui, à une majorité de trois votants contre un, dans une fourchette allant de 55 pour cent en Valais à 80 pour cent à Neuchâtel. Ailleurs, seuls Bâle-Ville et Bâle-Campagne les avaient rejoints dans le camp des partisans de l’EEE. L’opposition la plus forte était venue du noyau fondateur de la Suisse, Uri, Schwyz et Obwald, où les non dépassaient largement la barre des 70 pour cent.
Aujourd’hui, il faut prendre la gomme et inscrire de nouveaux chiffres sur les tabelles. Pas seulement ceux de la participation au scrutin, qui chutent lourdement en dessous des 50 pour cent. Mais aussi et surtout ceux du score final. Des seize cantons qui avaient dit «non» à l’EEE, seuls deux d’entre eux rejettent les accords bilatéraux. Schwyz, pour 203 voix. Et le Tessin de façon plus irréductible, lui dont on dit à chaque occasion qu’il craint de devenir moins suisse et plus enfoncé dans une réalité italienne dont il ne rêve pas du tout.
Au bilan, ce n’est pas tant le «oui» qui l’emporte que le «non» qui s’effondre. Les abstentionnistes de ce 21 mai sont manifestement à chercher dans ceux qui avaient refusé l’EEE. Ce front du refus y a perdu cette fois-ci un bon million de voix. Les pro-Européens devraient toutefois garder le triomphe modeste, car ils ont eux-mêmes perdu plus de 250’000 suffrages, dont une bonne partie dans un électorat romand relativement démobilisé. Par contre, si l’on va un peu plus dans le détail des chiffres de la Suisse alémanique, il en est un qui fera sans aucun doute plaisir au gouvernement fédéral: le nombre absolu des «oui» progresse de manière significative dans une dizaine de cantons, principalement dans les cantons réputés conservateurs de Suisse centrale.
Bernard Weissbrodt
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