Retour forcé des Kosovars: l’OSAR hausse le ton
L'OSAR dénonce la pratique rigide et inhumaine de certains cantons vis-à-vis de la politique de retour volontaire des requérants déboutés. Nombre de Kosovars sont en fait expulsés manu militari.
En août 1999, la Confédération a mis en place un programme de retour des réfugiés kosovars. Un programme d’ailleurs entièrement soutenu par l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR). Depuis, les minorités du Kosovo et du sud de la Serbie ont vu leur séjour prolongé par deux fois. Actuellement, les demandeurs déboutés ont jusqu’en mai 2001 pour quitter la Suisse.
Toutefois, l’application de l’ordonnance fédérale est laissée à la libre interprétation des cantons. Et c’est justement là que le bât blesse. Selon l’OSAR, la moitié des retours volontaires sont en fait des expulsions déguisées. Et il n’est malheureusement pas rare d’assister au départ forcé de personnes particulièrement vulnérables.
Ces derniers mois, l’OSAR a en effet accumulé les témoignages de femmes sur le point d’accoucher, mise de force dans l’avion, de familles séparées parce que le mari est kosovar et la femme bosniaque, de femmes renvoyées avec un bébé en l’absence du mari, de mineurs sans famille d’accueil, de malades ou de personnes âgées expulsées sans état d’âme.
Et l’OSAR de constater que lorsque ces réfugiés ne sont pas chassés manu militari un beau matin à l’aube, ils sont forcés par diverses pressions à signer leur accord à un retour soi-disant volontaire au Kosovo.
Christian Levrat de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés met toutefois un bémol à ces critiques. Tous les cantons ne sont pas concernés. Certains ont une pratique tout à fait acceptable sur le plan humain. Et sans vouloir épingler les mauvais élèves, il cite la dureté des autorités valaisannes, et de certains grands cantons alémaniques.
A noter que l’OSAR approuve le renvoi des Kosovars aptes à participer à la reconstruction de leur pays détruit par la guerre. Une délégation de l’OSAR rentre tout juste d’une mission au Kosovo. Son constat est que la situation y est actuellement très difficile.
Rahel Bösch de l’OSAR a certes confirmé que la reconstruction du Kosovo était visible un peu partout. N’empêche: il ne faut pas oublier que le taux de chômage varie entre 65 et 80 pour cent selon les régions. Et que les structures sociales sont quasi inexistantes.
Inutile donc de compter sur une assurance chômage, maladie, ou invalidité fantôme. Quant au système médical, il s’avère complètement dépassé. Le Kosovo ne compte pas une seule infrastructure psychiatrique, alors que bon nombre souffrent de traumatismes liés à la guerre.
Catherine Miskiewicz
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