Un diplomate suisse au passé trouble auprès de la Francophonie
La Suisse a choisi Jean-Pierre Vettovaglia pour la représenter auprès de la Francophonie à Paris. Ancien ambassadeur à Bucarest, ce Vaudois avait été relevé de ses fonctions suite à une liaison avec une journaliste roumaine soupçonnée d'espionnage.
C’est en mars 1996 que l’affaire éclate. Un journal satirique roumain révèle que Jean-Pierre Vettovaglia, ambassadeur de Suisse à Bucarest depuis 1993, a une liaison extra-conjugale avec une jeune journaliste roumaine soupçonnée d’appartenir au SRI, les services secrets roumains.
Après enquête, Berne relève l’ambassadeur de ses fonctions avec effet immédiat. La police fédérale estime, en effet, que la journaliste est bel et bien un agent du SRI et que l’ambassadeur a été piégé. De retour en Suisse, Jean-Pierre Vettovaglia travaille depuis lors pour le «think tank», le centre d’analyse et de prospective des Affaires étrangères à Berne.
Quatre ans après le scandale, le Conseil fédéral a donc décidé de sortir l’ancien ambassadeur de son purgatoire. Dans quelques jours, Jean-Pierre Vettovaglia occupera à Paris le poste de représentant personnel du Président de la Confédération auprès du Conseil permanent de la Francophonie, avec le titre d’ambassadeur.
Comme pour minimiser cette nomination, le ministère suisse des Affaires étrangères a précisé que Jean-Pierre Vettovaglia n’a pas retrouvé son rang d’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire qu’il avait à Bucarest et qu’il n’était qu’un simple ambassadeur ad personam.
Son rôle et son image n’en sont pas moins essentiels pour la Confédération. Car c’est l’ensemble du pays et pas seulement la Suisse francophone que Jean-Pierre Vettovaglia va représenter à Paris.
Membre de la Francophonie depuis 1989, la Suisse a attendu 1996 pour s’engager à fond dans l’organisation en adhérant à l’Agence intergouvernementale de la Francophonie. Depuis cette date, elle est rapidement devenue un acteur particulièrement actif au sein de cette organisation internationale dont elle est l’un des principaux contributeurs.
Avec ses 55 Etats membres, ses fréquentes conférences ministérielles et ses sommets de chefs d’Etat, l’Organisation de la Francophonie est le plus important forum multilatéral auquel la Suisse appartienne. La diplomatie suisse trouve dans ce cénacle une occasion unique de se profiler sur la scène internationale, comme l’a maintes fois répété le DFAE.
Le poste que va occuper Jean-Pierre Vettovaglia n’a donc rien d’une retraite dorée. On peut dès lors se demander si le choix d’un homme traînant une grosse casserole derrière lui est particulièrement judicieux.
Frédéric Burnand
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.