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«Mélenchon anime un peu une campagne décevante»

Paul Ackermann a été approché par le Huffington Post en décembre dernier.

Paul Ackermann a été approché par le Huffington Post en décembre dernier.

(AFP)

Le Suisse Paul Ackermann dirige la rédaction de la version française du Huffington Post. Une position privilégiée pour observer cette fin d’une campagne présidentielle française qu’il juge décevante.

Quand en décembre dernier, Anne Sinclair, ex-journaliste vedette et épouse de l’ancien patron du FMI Dominique Strauss-Kahn, cherche un journaliste pour diriger la future rédaction du Huffington Post français, c’est tout naturellement qu’elle approche Paul Ackermann. Le Genevois, qui a grandi dans le Jura, est alors responsable de l’édition au Figaro, après avoir développé le site 20minutes.fr.

Un couple atypique

Sinclair-Ackermann: un couple atypique. A 63 ans, l’ancienne présentatrice de l’émission «7 sur 7» fait son grand retour dans les médias. Paul Ackermann, 34 ans, poursuit une carrière commencée à L’Hebdo, où il participe notamment à l’aventure du Bondy Blog, ce site d’infos créé par le magazine romand après les émeutes dans les banlieues françaises en 2005.

«Avec Anne Sinclair, nous sommes complémentaires, confie Paul Ackermann. Elle bénéficie d’une très bonne connaissance du monde politique français et d’une grande expérience journalistique. N’oublions pas qu’elle avait lancé, dans les années 1990, le site web de la chaîne TF1. Moi, je gère l’équipe au quotidien.»

«C’est quelqu’un de chaleureux, ouvert au débat, ajoute le Genevois. En tant que directrice éditoriale, elle passe tous les jours et donne son avis sur les grandes lignes éditoriales.»

Comment le site couvre-t-il l’affaire DSK, qui vaut à l’ancien directeur général du FMI et mari d’Anne Sinclair d’être mis en examen pour proxénétisme? «On en parle comme de n’importe quel sujet. Sans consulter Anne bien sûr.»

«Troisième homme»

Paul Ackermann vit sa deuxième campagne présidentielle. «En 2007, Nicolas Sarkozy innovait par son style direct, mais aussi par son programme de ‘rupture’. En face, Ségolène Royal était la première femme à atteindre le second tour. Il y avait entre eux un véritable combat d’idées», juge-t-il.

En comparaison, la campagne 2012 est un peu décevante. Le débat est moins libre: avec son bilan très contesté, «Sarkozy est dans l’évitement. Et François Hollande, le favori des sondages, dans la retenue. Il n’a pas intérêt à prêter le flanc aux attaques», note Paul Ackermann.

La nouveauté, on la trouve plutôt du côté du «troisième homme», Jean-Luc Mélenchon. «Même si c’est un ancien de la politique française, ministre il y a plus de dix ans, le candidat du Front de gauche a su renouveler le discours de la gauche, estime Paul Ackermann. C’est quelqu’un de très intelligent, bon politique, mais son succès ne tient pas seulement à sa personnalité. Il s’inscrit dans un mouvement anti-mondialisation. Un mouvement qu’avait incarné Arnaud Montebourg dans la primaire du parti socialiste.»

La sécurité au cœur du débat

Signe de la renaissance du communisme? Bien qu’appuyé par le PCF, «Mélenchon n’est pas communiste lui-même. Je lui vois plutôt une parenté avec l’ancien candidat trotskiste Olivier Besancenot. En plus crédible.»

Tout à droite, Marine Le Pen semble avoir du mal à confirmer sa percée de l’hiver dernier. «Mais le vote Front national est régulièrement sous-évalué dans les sondages, rappelle le Suisse. Une surprise n’est pas exclue. Je ne pense toutefois pas qu’elle accédera au second tour.»

Au début de la campagne, la plupart des candidats prônaient un recours à la démocratie directe, sous la forme du référendum. Dans ce pays si jacobin, certains candidats osaient parler de décentralisation, voire de sortie du nucléaire, tous des sujets auxquels les Suisse sont si sensibles. Tout cela a été gommé par une campagne qui tourne essentiellement autour de la crise et de la sécurité. «Décentralisation? On ne voit pas ici ce que cela signifie. Tout se passe à Paris», remarque Paul Ackermann.

Marque de fabrique

Le Huffington Post couvre l’élection présidentielle à sa façon: plurielle, analytique, donnant la parole à de nombreux chroniqueurs réguliers. Le «HuffPo» fait aussi la part belle aux anecdotes, aux «potins» de campagne. C’est un peu sa marque de fabrique.

Fondé en 2005 par Ariana Huffington et vendu récemment au groupe AOL, le Huffington Post américain est réputé pour sa couverture de l’actualité mais aussi pour ses «scoops» sur le monde politico-médiatique.

Trois jours de formation outre atlantique ont permis à Paul Ackermann de s’initier à la méthode «HuffPo». «Deux semaines avant le lancement, des responsables de la version américaine sont venus nous transmettre quelques secrets de fabrication. Mais le Huffington français est totalement indépendant au niveau éditorial», précise le journaliste. Il appartient au groupe Le Monde.

Bilan encourageant

Les grands titres en «Une» du Huffington Post détonnent dans un paysage web français aux goûts assez conservateurs. «C’est le symbole d’une ligne éditoriale offensive, avec une forme presque tabloïd et des titres plus incitatifs qu’explicatifs. Moi qui viens de Suisse, je connais», déclare Paul Ackermann.

Le bilan après presque trois mois est encourageant. Deux millions de visiteurs uniques en février, ce qui en fait l’un des premiers sites d’informations. «On a profité de l’énorme buzz provoqué par le retour au journalisme d’Anne Sinclair. Puis la campagne électorale nous a bien aidés. Il va falloir trouver un deuxième souffle. On y réfléchit déjà», confie Paul Ackermann.

Hollande devant

A deux semaines du premier tour de la présidentielle, le mano a mano entre Nicolas Sarkozy et François Hollande se confirme dans les sondages.

Selon deux études publiées ce mardi, le président sortant arriverait en tête au premier tour, le 22 avril, sans parvenir toutefois à créer l'écart avec son rival socialiste. Le baromètre Ifop Fiducial crédite le président sortant de 28,5% des voix, contre 27% au candidat socialiste, un résultat inchangé par rapport à fin mars.

Derrière les deux favoris, qui ont tous deux détaillé leur programme la semaine dernière, Marine Le Pen est talonnée par Jean-Luc Mélenchon, qui confirme sa progression, tandis que François Bayrou continue de chuter.

Selon ce sondage, au second tour, Nicolas Sarkozy grignoterait un point (47%) au leader socialiste qui resterait néanmoins largement en tête (53%).

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Dix candidats

Eva Joly: candidate du parti de gauche écologiste Europe Écologie Les Verts (EELV)

Marine Le Pen: défend les couleurs du parti d'extrême droite Front national (FN)

Nicolas Sarkozy: président de la République sortant, candidat du parti de droite Union pour un mouvement populaire (UMP)

Jean-Luc Mélenchon: adoubé par le Front de gauche, composé du Parti communiste français et du Parti de gauche

Philippe Poutou: le candidat du parti d'extrême gauche Nouveau Parti anticapitaliste (NPA)

Nathalie Arthaud: candidate du parti d'extrême gauche Lutte ouvrière (LO)

 

Jacques Cheminade: représente du parti Solidarité et Progrès (S&P)

François Bayrou: candidat du parti centriste Mouvement démocrate (MoDem)

Nicolas Dupont-Aignan: candidat du parti gaulliste qu'il a fondé Debout La République (DLR)

François Hollande: candidat de gauche Parti socialiste (PS)

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