Soutenir le planning familial au Sud: oui, mais…

Au Niger, l'éducation des filles permettrait de faire baisser un taux de fécondité élevé. Keystone


Ce contenu a été publié le 30 octobre 2014 - 11:00
swissinfo.ch

L’association ECOPOP propose de limiter drastiquement l’immigration en Suisse, tout en promouvant avec 10% de l'aide suisse au développement le planning familial dans des pays pauvres. Si personne ne conteste les programmes de sensibilisation pour les femmes et les filles des pays du Sud, le 2e volet de l’initiative écologiste ne convainc guère les acteurs du développement. 

Au Niger, en Afrique occidentale, de petits groupes d'hommes se réunissent à l'ombre d'un arbre ou sur la place du village deux fois par mois. Ils ne sont pas là pour discuter des exploits de «Menas», l'équipe nationale de football, ou se livrer à un round de lutte traditionnelle, mais pour assister à «l'école des maris», introduite par le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP). Le but de ces écoles improvisées est de sensibiliser les hommes à l'importance de la contraception et de les convaincre de l'intérêt de donner aux femmes l’accès aux soins de santé reproductive.

Le Niger présente le taux de fécondité le plus élevé du monde. Il se situe actuellement dans une moyenne de 7,6 enfants par famille, selon une enquête menée en 2012 par le gouvernement. Avec plus de 17 millions d'habitants, la population devrait atteindre 69 millions d’ici 2050 et 203 millions d’ici 2100.

Classé dernier dans l’index du Programme du développement humain de l'ONU pour 2013, le Niger est également un pays prioritaire pour la Direction suisse du développement et de la coopération (DDC). Ce qui pourrait en faire un des principaux candidats à la mise en œuvre du projet de planning familial proposé par l'initiative d’Ecopop (Association écologie et population).

Les auteurs de l'initiative ont déjà montré leur intérêt pour le Niger. C'est en effet un des quatre pays présentant un taux de fécondité élevé mentionnés sur le site d’Ecopop.

Imposer ou aider?

La campagne d’Ecopop contre la surpopulation fait partie des buts de l'organisation consistant à préserver les ressources naturelles pour les générations futures. Elle propose aussi une limitation annuelle de l'immigration en Suisse à 0,2% de la population.

Les adversaires de l'initiative soutiennent que le quota de 10% signifierait que le planning familial sera imposé aux destinataires de l'aide sans lien avec la situation locale. «Le planning familial n'est pas quelque chose qui peut être imposé de l’extérieur. Nous avons vu dans le passé comment cette mesure imposée d'en haut s’est transformée en catastrophe», relève Jean-Luc Pittet, secrétaire général de Terre des Hommes Suisse.

Ce point de vue est partagé par Jeremias Blaser, responsable de la coopération du développement pour Swissaid. «Le taux de fécondité et le contrôle des naissances sont une question souveraine et ce n’est l’affaire de personne d’autre que les Nigériens et leur gouvernement si leur taux de fécondité est de 5,3 ou de 7,2%», remarque-t-il.

Ecopop réfute ces allégations: «Nous ne travaillerons qu’avec ceux qui veulent des familles plus petites. Les autres seront libres d’en avoir de plus grandes», répond Andreas Thommen, secrétaire de l’association.

L'initiative

L’association écologiste Ecopop estime que l'immigration nette (le nombre d'immigrants moins le nombre d'émigrants) ne devrait pas excéder 0,2% de la population sur une moyenne de trois ans.

Au moins 10% de l'aide au développement de la Confédération doit être consacré au planning familial volontaire, déclaré droit humain de base par les Nations Unies en 1968.

Ecopop estime que la politique d'aide au développement du gouvernement suisse néglige l’encouragement du contrôle des naissances dans les pays les plus pauvres.

L’initiative soulève une forte opposition, que ce soit au sein des autorités ou des principaux partis politiques, dans les milieux économiques, syndicaux, religieux et la plupart des œuvres d’entraide. Motif: le texte est trop rigide et nuit à la Suisse, à sa prospérité économique et à sa tradition humanitaire.

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Pour sa part, la DDC craint de voir mises en danger ses relations avec les pays bénéficiaires de mesures en matière de planning familial. «Une décision unilatérale de réserver 10% du budget de la coopération au planning familial serait difficile à expliquer aux pays partenaires et contraire aux accords et politiques antérieurs», commente l’agence suisse pour le développement.

Et au cas où les pays destinataires étaient prêts et désiraient réduire leur taux de fécondité de manière significative? «En 2012 le gouvernement nigérien s'est engagé à augmenter le taux de prévalence des contraceptifs à 25% d’ici 2015 et à 50% d’ici 2020», répond Monique Clesca, représentante au Niger du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP).

C’est un objectif très ambitieux, étant donné que le taux de prévalence des contraceptifs n’est actuellement que de 12%, malgré l’ouverture d’un libre accès en 2002 déjà. La distribution de contraceptifs à elle seule n’est pas près d’avoir l’effet désiré puisque le taux de fécondité élevé est une conséquence du désir d’avoir une grande famille, combiné au mariage précoce des filles et au manque d'accès aux centres médico-sociaux. «Habituellement, les femmes ne disent pas ‘je veux le planning familial’, elles diront ‘je suis fatiguée’ ou ‘j'ai besoin de me reposer’. Le planning familial n'a jamais été considéré comme quelque chose de positif au Niger», ajoute Monique Clesca.

Consensus sur la sensibilisation

Un facteur qui semble pouvoir changer les comportements et réduire le taux de fécondité au Niger est la sensibilisation. Les femmes qui n'ont jamais eu d'éducation ont en moyenne trois enfants de plus que celles qui ont été scolarisées jusqu’au niveau secondaire ou plus.

Significativement, cette différence du taux de fécondité et l'utilisation de contraceptifs est beaucoup plus due au fossé éducatif qu’à des différences ville-campagne ou riche-pauvre.

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Étant donné que les deux tiers des Nigérianes de 15 à 24 ans sont illettrées, l’amélioration générale du niveau d'éducation féminine et l’évocation du thème du mariage précoce semblent beaucoup plus susceptibles de réduire le taux de fécondité. «Quand une fille fréquente l'école, elle va probablement se marier et avoir des enfants plus tard. Dans le monde entier, on a constaté que garder les filles à l'école est la meilleure méthode de limitation des naissances», dit encore Monique Clesca.

Le mariage précoce est répandu au Niger, et environ 40% des adolescentes de 15 à 19 ans ont des enfants. L'importance de l’éducation féminine pour le développement du Niger est aussi un point qui réunit tant les partisans que les opposants à l’initiative. «Nous avons constaté dans le monde entier que, quels que soient le pays ou la culture, plus le niveau de vie et l'accès à l'éducation sont élevés, et plus petites sont les familles», relève Jean-Luc Pittet, de Terre des Hommes.

Le gouvernement suisse soutient aussi l'éducation. «Pour casser le cercle vicieux pauvreté et forte croissance démographique, il prend des mesures dans les domaines de l'éducation, de la santé et de l'égalité des sexes», peut-on lire dans la prise de position officielle de la DDC sur l'initiative Ecopop.

Les auteurs de cette dernière y croient eux aussi: «L'éducation des jeunes femmes est un élément important, nous sommes tous d’accord. Mais nous pensons que cette éducation doit aussi inclure l'éducation sexuelle», rectifie Andreas Thommen.

Monique Clesca a déjà une proposition toute prête pour la Confédération, au cas où l'initiative est approuvée. «La Suisse pourrait investir dans l'initiative du FNUAP pour les adolescentes du Niger, un programme éducatif de huit mois visant à mettre fin au mariage et aux grossesses précoces qui est centré sur l'alphabétisation, l'hygiène et la santé reproductive.»

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