La défense du gaz libanais passe par la Suisse
D’importants gisements de gaz et de pétrole ont été découverts ces dernières années au large des côtes méditerranéennes, de l’Egypte à la Turquie. Une association suisse aide le Liban à défendre d’une seule voix ses droits pour l’exploitation de ces hydrocarbures. Une 1ère réunion s’est tenue à Genève.
Vu la région concernée et les besoins croissants en énergie, la bataille qui s’annonce promet d’être rude, même si un important garde-fou cadre le potentiel explosif du dossier: le droit de la mer.
Ses conventions et son tribunal de Hambourg devraient en effet permettre à l’ensemble des pays de l’est méditerranéen de faire valoir leurs droits sur les gisements de pétrole et surtout de gaz déjà découverts au large de leurs côtes ou en passe de l’être.
«Ces découvertes se situent dans une zone qu’on appelle l’arc syrien qui va de L’Egypte, au large du Sinaï, jusqu’à la Syrie en passant par Israël, la bande de Gaza et le Liban. Il y a également des indices important de gaz au nord de la Syrie jusqu’en Turquie», décrit depuis Paris Nicolas Sarkis.
Et l’expert en hydrocarbure d’ajouter: «Les gisements au large de Haïfa (au nord d’Israël), s’avèrent être des gisements relativement importants (238 milliards de m³), selon les premières découvertes coté israélien. Mais ces réserves débordent très vraisemblablement dans l’aire de souveraineté du Liban (Zone économique exclusive, jusqu’à 200 km des côtes). Or Israël est le pays le plus avancé sur le plan juridique et dans la préparation de l’exploitation de ce gaz. Le Liban, lui, a pris du retard.»
Raison pour laquelle l’Association suisse pour le dialogue euro-arabo-musulman (ASDEAM) a offert ses services au Liban pour l’aider à ficeler son dossier juridique.
Unifier la position libanaise
Fort de ses contacts avec l’ensemble des partis libanais – en 2007 une série de réunions organisées par l’ASDEAM avec le soutien du ministère suisse des Affaires étrangères avait débouché sur une déclaration commune ouvrant la voie à la désignation du président libanais – l’association basée à Genève a réunis les 2 et 3 mai dans un hôtel de la place des experts juridiques et une fois de plus l’ensemble des courants politico-religieux qui composent la scène politique libanaise.
«Le Liban a besoin de constituer un dossier et une équipe juridique capables de défendre les intérêts du pays dans un contexte régional pour le moins tendu. Il nous a paru intéressant de réunir des représentants libanais et des experts internationaux du droit maritime. Et ce pour définir une feuille de route qui permettra au nouveau gouvernement libanais – quand il sera formé – de faire valoir ses droits sur ces gisements gaziers aussi bien face à Israël que la Syrie ou Chypre», raconte Yves Besson, vice-président de l’ASDEAM.
Après trois mois de démarche, une douzaine de Libanais et cinq experts internationaux ont posé les jalons de ce processus, lors de la réunion genevoise.
Yves Besson donne quelques détails sur la partie libanaise, dont des proches de politiciens en vue: «Nous avions autour de la table des représentants des ministères libanais concernés, à la fois des techniciens et des juristes, des représentants du gouvernement qui expédie les affaires courantes, un collaborateur de la présidence libanaise et un conseiller du Premier ministre désigné. En d’autres termes, toutes les parties du champ politique libanais étaient représentées.»
«Ce qui était réjouissant, souligne Yves Besson, c’est que tous les Libanais présents semblaient fermement décidés à défendre les intérêts du Liban. Et le niveau des personnes présentes étaient suffisamment haut pour donner du poids à cette détermination.»
Intérêt suisse
Selon l’ancien diplomate suisse, le ministère suisse des Affaires étrangères n’est pas partie prenante. «Mais il est au courant et a montré son intérêt par une visite lors de cette réunion», précise-t-il. Ce que confirme une source proche du dossier qui ajoute que la Suisse soutient politiquement ce processus.
Un chemin qui n’est pas facile. «Entre les différentes forces libanaises, les relations restent très tendues. Même au niveau gouvernemental, cela fait des mois que le Liban n’arrive pas à former un gouvernement. Je les vois mal défendre une position commune sur un dossier encore plus complexe», relève Nicolas Sarkis.
L’expert pétrolier souligne ensuite les obstacles régionaux: «Le Liban et Israël sont techniquement en guerre. De plus, s’il se confirme que les gisements de gaz israéliens sont très importants, cela n’arrangerait pas les affaires de certains pays comme l’Iran, qui dispose de ressources gazières très importantes.»
Un contexte que connait bien Yves Besson. «Pourtant, il n’a pas été du tout question des voisins, lors de notre réunion, souligne-t-il. Et les Libanais parlaient d’une seule voix. Notre but était de définir une zone d’intérêts dans laquelle les Libanais pouvaient tous tomber d’accord entre eux. Nous avons souligné que malgré l’absence de gouvernement, ils devaient, sans attendre, défendre les intérêts du pays. De ce point de vue, notre réunion est une réussite.»
Or le temps presse. Dès qu’un gisement commencera à être exploité – Israël parle de 2012 – le dossier ne manquera pas de revenir à la surface, en impliquant la communauté internationale dans son ensemble.
Sous le sel. En 2010, deux gisements gaziers, dont le plus important découvert en eau profonde ces dix dernières années, ont été mis au jour au large d’Israël et plusieurs forages sous le sel dans l’est de la Méditerranée ont démontré la présence d’hydrocarbures gazeux et liquides.
Gibraltar. L’épaisseur de sel est issue de l’assèchement, il y a 5 millions d’années, de la Méditerranée à la suite de la quasi-fermeture du détroit de Gibraltar provoquée par la poussée de la plaque tectonique africaine.
Epaisseur. Les scientifiques souhaitent savoir ce qu’il y a sous cette couche de sel, qui peut atteindre plusieurs kilomètres d’épaisseur.
Toulon. Un projet international de recherche baptisé Gold prévoit d’ici 2015 de forer au large de Toulon (sud-est de la France).
Appétit. Plusieurs compagnies pétrolières, dont Total (France), Petrobras (Brésil), Statoil (Norvège) et la Sonatrach (Algérie), ont participé en octobre 2010 à un colloque à Banyuls-sur-mer (sud de la France) sur le projet Gold.
Source : AFP
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