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La Suisse a voté sur le Gripen et le salaire minimum

Il y aura du suspense dimanche au sortir des urnes. Keystone

Les Suisses ont voté dimanche sur l'achat controversé de 22 nouveaux avions de combat. En jeu également: l’introduction d’un salaire minimum, déjà condamnée par les sondages, la médecine de famille et une initiative sur les pédophiles.

Les quatre sujets soumis au vote du peuple et des cantons sont importants et mobilisateurs. Mais c’est essentiellement sur les avions de combat et sur le salaire minimum que l’on a assisté à une campagne acharnée au niveau national. Et alors que celle-ci est terminée subsiste une grande inconnue: le verdict qui sortira des urnes quant à l’achat des 22 Gripen destinés aux Forces aériennes.

Ce qui est soumis au vote, c’est la loi fédérale instituant un fonds destiné à l’acquisition de ces avions pour un coût de 3,126 milliards de francs, à répartir sur 11 ans.

Produit de l’avionneur suédois Saab, le Gripen est encore en phase de développement. Il devrait remplacer la flotte considérée comme obsolète des 54 Tiger F-5, qui seraient ainsi mis hors service d’ici 2016. Les Gripen devraient contribuer à la protection de l’espace aérien suisse jusqu’en 2050.

Décollage ou crash?

Approuvé par le Gouvernement et la majorité du Parlement, le plan d’acquisition des avions s’est heurté à l’opposition de la gauche rose-verte, des Verts libéraux et du Groupe pour une Suisse sans armée, qui ont lancé le référendum et récolté les 50’000 signatures nécessaires pour que l’objet soit soumis au verdict populaire.

Les opposants à cette dépense estiment que le Gripen est superflu pour la sécurité du pays et préféreraient que l’on utilise ces milliards pour la formation, les retraites ou le tournant énergétique, des secteurs contraints aux économies à cause du manque de trésorerie. En outre, ils jugent que l’achat d’un avion qui n’existe encore que sur le papier et pour lequel la Confédération devra payer une avance de 40% représente un risque excessif pour les contribuables suisses.   

Pour les partisans de l’achat en revanche, les nouveaux chasseurs sont indispensables pour assurer la sécurité de l’espace aérien suisse. Après la mise à la retraite des Tiger, la Suisse n’aura plus que 32 F/A-18, soit une flotte insuffisante pour assurer un contrôle permanent au-delà de deux semaines. C’est ce qu’affirme le Gouvernement, pour qui le Gripen constitue «une bonne solution, tant du point de vue militaire que du point de vue technique».

A dix jours de la votation, le dernier sondage donnait la victoire aux opposants, mais les jeux étaient encore loin d’être faits. Selon les données de l’Institut gfs.bern, récoltées pour le compte de la Société suisse de radio-télévision SRG-SSR, les partisans du non seraient 51%, contre 44% d’adeptes du oui. Mais on trouve dans chacun des deux camps une proportion de 12% de personnes qui se disent seulement «plutôt» pour ou contre. Si l’on y ajoute les 5% d’indécis, on voit que la balance peut facilement pencher d’un côté comme de l’autre.

Rien à faire pour le salaire minimum

Le sort de l’initiative populaire «Pour la protection de salaires équitables (Initiative sur les salaires minimums)» semble par contre inexorablement scellé. Selon le dernier sondage de gfs.bern, le texte, qui demande l’introduction d’un salaire minimum légal de 22 francs de l’heure dans toute la Suisse, recueille 64% d’avis défavorables, pour 30% de oui et 6% d’indécis.

Lancée par l’Union syndicale suisse avec l’objectif de réduire la pauvreté et de lutter contre le dumping salarial, l’initiative est soutenue par la gauche et combattue par les autres partis et par le patronat. En Suisse aujourd’hui, un salarié sur dix environ gagne moins que ce que demande l’initiative, c’est-à-dire 4000 francs par mois pour une semaine de 42 heures.

Les deux tiers environ des personnes qui sont au-dessous de ce seuil sont des femmes. Les branches économiques où l’on trouve le plus de bas salaires sont les services à la personne (coiffure, esthétique, blanchisserie), l’industrie du vêtement, l’économie domestique, le nettoyage, l’hôtellerie, la restauration et l’agriculture.

Pour ses partisans, l’initiative permettrait à plus de 300’000 personnes qui se situent actuellement dans la catégorie des bas salaires de vivre dignement de leur travail. En outre, le minimum légal mettrait fin à la pression sur les salaires qui s’exerce par le recrutement de man d’œuvre étrangère à bon marché. Elle réduirait également les disparités de rémunération entre hommes et femmes.

Dans le camp des employeurs et des partis du centre et de la droite, on craint les licenciements et même la fermeture de nombreuses entreprises qui ne pourraient pas se permettre de verser de tels salaires. Les adversaires de l’initiative dénoncent en outre ce qui serait «le salaire minimum le plus élevé du monde» et le «diktat de l’Etat à l’économie privée». Pour eux, le système de libre marché, avec les négociations salariales sectorielles et régionales entre partenaires sociaux est la clé du succès de l’économie helvétique et doit par conséquent être préservé.

Outre les quatre objets fédéraux, les citoyens sont également appelés aux urnes dans 15 cantons sur divers sujets. Voici les principaux:

Berne: nucléaire. Les Forces motrices bernoises (BKW) prévoient de fermer la centrale nucléaire de Mühleberg en 2019. Ce délai ne convient pas aux antinucléaires qui ont lancé une initiative pour la fermeture immédiate du site.

Vaud: paysage. Pour la troisième fois, les Vaudois se prononcent sur la sauvegarde du vignoble en terrasses de Lavaux via une nouvelle initiative de l’écologiste Franz Weber. Après deux victoires (54,9% en 1977 et 80,9% en 2005), celui-ci a jugé que Lavaux était toujours en danger.

Neuchâtel: éoliennes. Deux projets s’opposent: une initiative populaire et un contre-projet du Parlement cantonal. L’initiative exige que soit soumis au peuple un plan d’affectation spécial pour chaque éolienne. Le texte du législatif délimite 5 zones pour des parcs qui pourraient totaliser jusqu’à 59 éoliennes, ce qui représenterait 20% des besoins énergétiques totaux du canton.

Saint-Gall: énergie. Les citoyens se prononcent sur une initiative socialiste et un contre-projet gouvernemental sur le soutien financier aux énergies renouvelables. Le texte du PS exige que le canton débloque 50 millions de francs chaque année. La variante des autorités ne prévoit que 5,4 millions.

 

Genève: parkings. Les citoyens doivent dire s’ils acceptent d’octroyer un crédit d’un peu plus de 3 millions de francs pour financer la moitié de la construction de 5 parkings-relais (P+R) sur le territoire français voisin. Ces parkings offriraient plus de 800 places aux pendulaires. La France payerait le reste.

Argovie: dialecte. Après les Zurichois, les Bâlois et les Lucernois ces dernières années, les Argoviens se prononcent à leur tour sur la cohabitation du dialecte et de l’allemand à l’école enfantine. Une initiative de l’extrême droite, soutenue par l’UDC (droite conservatrice), réclame la suppression du Hochdeutsch à l’école enfantine.

 

Zurich: alcool. La Croix-Bleue souhaite interdire la publicité pour l’alcool pour toutes les manifestations sportives organisées dans le canton. Seule le petit parti chrétien UDF soutient son initiative.

(Source: ats)

Bonnes perspectives pour l’initiative sur les pédophiles

Sur un thème plus émotionnel, l’initiative «Pour que les pédophiles ne travaillent plus avec des enfants» a de meilleures chances d’être acceptée. Même si elle a perdu 15 points en un mois, le dernier sondage de gfs.bern la crédite encore de 59% d’intentions favorables. A moins d’une surprise, la tendance ne devrait pas s’inverser d’ici à dimanche.

Lancé par l’association Marche Blanche, qui se bat pour la protection de l’enfance et contre la pédocriminalité, le texte prévoit l’interdiction perpétuelle d’exercer des activités en contact avec des mineurs ou des personnes dépendantes pour quiconque a subi une condamnation pour atteinte à l’intégrité sexuelle d’un enfant ou d’une personne dépendante.

L’argument est que le risque de récidive est élevé chez les pédophiles et qu’il est donc impératif de protéger d’abord les enfants, dont les intérêts doivent primer sur ceux des criminels condamnés. Pour les opposants au contraire, l’initiative est inacceptable parce qu’elle viole le principe de proportionnalité, fondamental dans un Etat de droit.

Parmi les partis nationaux, seuls l’Union démocratique du centre (UDC) et le Parti bourgeois démocratique (PBD) soutiennent l’initiative, alors que tous les autres recommandent de la rejeter. Toutefois, tant les démocrates-chrétiens que les libéraux-radicaux sont très divisés. Plusieurs de leurs élus, ainsi que plusieurs sections cantonales sont favorables à l’initiative.

La médecine de famille plébiscitée

Finalement, l’acceptation de l’Arrêté fédéral concernant les soins médicaux de base, qui veut garantir l’accès à ces soins pour tous et promouvoir la médecine de famille ne fait pas l’ombre d’un doute. Selon le dernier sondage, le texte réunirait 71% de oui contre seulement 10% de non et 19% d’indécis. Même au sein de l’électorat de l’UDC – seul parti à s’opposer au nouvel article constitutionnel -, 70% des sondés déclarent vouloir voter oui.

(Traduction de l’italien: Marc-André Miserez)

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