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Les poussins ne seront plus broyés vivants en Suisse

Dans la filière de la production d’œufs, les poussins mâles sont euthanasiés car ils ne pondent pas et ne répondent pas aux besoins du marché. © Keystone / Alexandra Wey

Le Parlement suisse en a décidé ainsi: les poussins mâles qui ne sont pas utilisés dans la production d’œufs ne pourront plus être broyés vivants, ils devront être éliminés avec du gaz CO2. Si la Suisse fait partie des pays les plus avancés en matière de protection des animaux, elle cherche désormais des alternatives à la mise à mort des poussins mâles.

Ce contenu a été publié le 19 septembre 2019 - 12:19

Contrairement aux autres pays de l’Union européenne, la Suisse ne tolérera plus le broyage des poussins vivants. Le Parlement a décidé de mettre définitivement fin à cette pratique, qui faisait partie des exceptions admises lors de la mise en œuvre en 2008 de la très restrictive Loi sur la protection des animaux.

Le Conseil fédéral (gouvernement) estime également que les temps ont changé et que ce genre de mise à mort n’est plus tolérable. L’association des producteurs d’œufs GalloSuisse soutient la démarche, car elle considère le broyage des poussins comme une méthode dépassée. Les quatre couvoirs de Suisse qui fournissent les poules à l’ensemble des éleveurs ne l’utilisent d’ailleurs plus depuis de nombreuses années. Même si le broyage a déjà quasiment disparu en Suisse, le Parlement juge utile de l’interdire une bonne fois pour toutes.

Au total, 3 millions de poussins mâles sont éliminés chaque année avec du gaz CO2, car leur élevage ne répond pas aux besoins du marché. Mais plus de 50% de ces poussins sont réutilisés pour nourrir d’autres animaux, par exemple dans les zoos.

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Très haut niveau de bien-être animal

La Suisse est l’un des pays au monde avec les exigences de protection des animaux les plus élevées, relève le World Protection Animal Index ainsi que plusieurs enquêtes de la Protection suisse des animaux (PSA) et une étude récente de l’Association suisse pour le développement de l’agriculture et de l’espace rural (AGRIDEA).

Cette particularité de la Suisse s’explique notamment par des lois plus strictes, mais également par une pratique qui a encouragé la détention respectueuse des animaux. «La demande du marché (viande labellisée, œufs de ponte en plein air) et les programmes étatiques de promotion de la protection animale (Système de stabulation particulièrement respectueux des animaux et Sorties régulières en plein air) interviennent de manière décisive dans la pratique de l’élevage et peuvent exercer des effets favorisant un standard plus exigeant», constate la PSA.

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Cependant, la Suisse n’est pas parfaite: la loi n’est pas toujours respectée et elle pourrait être améliorée, comme le montre l’exemple des poussins mâles. «Il ne faut pas non plus oublier que la Suisse importe beaucoup de produits animaux de l’étranger, comme de la viande, du lait et des œufs qui peuvent être cachés dans d’autres denrées, par exemple des biscuits ou des plats précuits, rappelle Angela Martin, philosophe spécialisée en éthique animale. Les consommatrices et consommateurs mangent dont probablement régulièrement des produits animaux qui viennent de pays ayant des standards de protection plus bas.»

Alternatives à l’étude

«Pour nous, le plus important, c’est d’avoir un respect absolu de l’animal de son premier à son dernier jour.»

Daniel Würgler

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Actuellement, la volonté des autorités suisses, mais également des éleveurs et de la population, est clairement de continuer d’améliorer le bien-être animal. L’élimination des poussins mâles en soi est de plus en plus remise en question. La commission du Conseil national (Chambre basse du Parlement) qui a proposé d’interdire le broyage des poussins se demande si de telles pratiques sont encore éthiquement acceptables: «Cette tendance à ne faire des races que pour les œufs ou que pour la viande transforme l'animal en simple objet de production et aboutit à des absurdités telles que le broyage de poussins mâles vivants, action indigne de l'intelligence de l'être humain».

Une problématique prise très au sérieux par les éleveurs. «La filière travaille intensément à la recherche d’autres alternatives, confie Daniel Würgler, président de GalloSuisse. Nous souhaitons trouver la meilleure solution possible en tenant compte de tous les aspects: consommateurs, coûts, ressources, bien-être animal, éthique, écologie, etc.»

Deux options sont actuellement testées en Suisse: l’élevage dit «des frères», qui conserve les mâles pour en faire de la viande, et la poule à deux fins qui est utilisée à la fois pour pondre des œufs et pour être mangée. Le problème est que ce type d’élevage nécessite beaucoup de ressources et n’est donc pas forcément une solution durable. De plus, la majorité des consommateurs ne veulent pas acheter ce type de viande. «Ce sont pour le moment des solutions de niche qui ne sont pas applicables à un niveau global», relève Daniel Würgler.

La qualité de détention des poules pondeuses atteint un niveau très élevé en Suisse. Tous les producteurs professionnels permettent à leurs animaux de sortir en plein air. © Keystone / Christian Beutler

Les éleveurs de poules pondeuses comptent beaucoup sur la possibilité de déterminer le sexe du poussin dans l’œuf. De nombreuses recherches sont en cours dans le monde entier, mais pour l’instant aucune méthode n’est utilisable à grande échelle dans les couvoirs. «Nous soutenons ces recherches et nous suivons leur développement de près, précise le président de GalloSuisse. Lorsque les couvoirs ont été renouvelés, ils ont déjà prévu suffisamment de place pour intégrer un tel système.»

En attendant une solution durable et globale pour les poussins mâles, les éleveurs se concentrent sur le bien-être des poules dont ils s’occupent. «Pour nous, le plus important, c’est d’avoir un respect absolu de l’animal de son premier à son dernier jour», conclut Daniel Würgler.

Protéger la vie des animaux de rente?

«De plus en plus de personnes se demandent s’il est moralement justifiable de tuer un animal uniquement pour des raisons gustatives.»

Angela Martin

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Au-delà de la problématique des poussins mâles, plusieurs mouvements au sein de la population (véganisme, antispécisme) se questionnent sur le bien-fondé de la détention et de l’abattage des animaux en général. Mener une telle réflexion au niveau national serait important d’un point de vue éthique, estime Angela Martin. «Nous respectons et protégeons déjà la vie des animaux domestiques: nous ne tuons par exemple pas des chiens ou des chats à notre guise», indique la philosophe. 

Les animaux de rentes sont en revanche abattus très tôt dans leur vie pour permettre aux consommateurs de manger leur chair ou leurs produits, alors qu’ils partagent de nombreuses caractéristiques avec les animaux domestiques. «C’est éthiquement difficile à justifier», souligne Angela Martin.

D’autant que les mentalités sont en train de changer en Suisse et dans le monde. «De plus en plus de personnes se demandent s’il est moralement justifiable de tuer un animal uniquement pour des raisons gustatives, alors que nous avons souvent des alternatives végétales à disposition qui n’ont pas causé de souffrance, constate Angela Martin. Les consommatrices et consommateurs ont aussi tendance à s’informer davantage sur la question animale et à y être plus sensibles par souci de protection du climat.»

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