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La Suisse invitée à revoir ses ambitions à la hausse face au retrait américain des accords climatiques

Une manifestation pour le climat à Genève, le 15 novembre 2025.
Une manifestation pour le climat à Genève, le 15 novembre 2025. Keystone / Salvatore Di Nolfi

Le retrait de Washington des principaux traités et organisations climatiques est «un coup dur» pour la justice climatique, déplore l’experte suisse du climat Delia Berner. Elle critique également le retard de la Suisse en matière de financement climatique, le qualifiant d’«irresponsable» alors que l’action mondiale est mise à rude épreuve.

Le président américain Donald Trump continue de remodeler rapidement le paysage climatique et énergétique des États-Unis avec des changements unilatéraux d’envergure, dont la portée s’étend bien au-delà du pays.

L’administration Trump s’est officiellement retirée de l’Accord de Paris le 27 janvier pour la deuxième fois. Plus tôt le mois dernier, elle a également annoncé son retrait de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dans le cadre de son désengagement de 66 organisations internationales. Ces décisions interviennent alors que Washington poursuit le démantèlement de nombreuses réglementations climatiques nationales.

Le gel de l’aide récemment décidé par Donald Trump fait également craindre d’importantes réductions des dépenses consacrées aux programmes climatiques à l’étranger. Des analystes ont estiméLien externe l’an dernier que près d’un dixième du financement climatique mondial pourrait être menacé.

Delia Berner est experte en politique climatique internationale et en financement climatique auprès de l'ONG suisse Alliance Sud.
Delia Berner est experte en politique climatique internationale et en financement climatique auprès de l’ONG suisse Alliance Sud. Alliance Sud

Delia Berner, experte en politique climatique internationale et en financement climatique au sein de l’ONG suisse Alliance Sud, évoque les conséquences des récents retraits opérés par les États-Unis et explique pourquoi la Suisse devrait intensifier son action climatique, en particulier dans le domaine du financement.

Swissinfo: Quel impact le retrait des États-Unis pourrait-il avoir sur la politique climatique suisse?

Delia Berner: Il est clairement dans l’intérêt de la Suisse que l’action climatique mondiale réussisse. La Suisse est fortement touchée par le changement climatique, il suffit de regarder les Alpes. Le pays doit donc agir de plus en plus sur plusieurs fronts de la politique climatique.

Face au retrait d’un acteur clé qui met en péril l’action mondiale, la Suisse devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour faire avancer la lutte contre le changement climatique: au niveau national en assumant sa juste part et, au niveau international, par le biais du financement climatique en faveur des pays en développement et de la diplomatie climatique.

À cet égard, la Suisse pourrait selon moi en faire davantage. Partout où elle dispose de contacts diplomatiques, les ministres devraient placer le changement climatique en tête de l’ordre du jour des réunions bilatérales.

En matière de financement climatique, vous affirmez qu’un pays riche comme la Suisse doit jouer un rôle plus important face au désengagement des États-Unis. La Suisse soutient l’objectif mondial de 300 milliards de dollars par an en faveur des pays les plus pauvres mais, en décembre, elle a reporté toute mesure à 2027. Pourquoi qualifiez-vous cela d’irresponsable?

La Suisse a accepté le nouvel objectif de financement et l’importance de financer la transition sur le principe. Le texte de décision adopté lors de la COP29 à Bakou en 2024 indique clairement que les pays développés doivent montrer la voie afin que l’objectif puisse être atteint.

Cela crée une attente claire à l’égard de la Suisse: elle devrait augmenter fortement son financement climatique, en le triplant au total pour atteindre environ 3 milliards de francs suisses par an d’ici 2035.

Or, le Conseil fédéral a mis un an à en débattre et repousse désormais la décision à 2027 sans même s’engager sur une augmentation. C’est problématique pour des raisons d’équité et pour les négociations en cours: la Suisse pourrait dès maintenant signaler une hausse de sa contribution, mais elle ne le fait pas.

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La situation budgétaire tendue de la Confédération et les réticences politiques à l’égard des dépenses climatiques sont souvent invoquées pour justifier cette inaction. Considérez-vous le débat sur les finances en Suisse comme un véritable obstacle?

Cela influence le débat, mais ce n’est pas une raison valable pour éviter d’augmenter le financement climatique. Premièrement, le frein à l’endettementLien externe est une règle interne à la Suisse et le pays a un niveau d’endettement très faible.

Deuxièmement, la Suisse pourrait introduire de nouveaux prélèvements ou impôts fondés sur le principe du «pollueur-payeur», afin que les grands pollueurs contribuent. Cela permettrait de générer de nouvelles recettes sans affecter le budget existant.

Vous qualifiez le retrait des États-Unis des traités climatiques de l’ONU de «coup dur» pour la justice climatique et la protection mondiale du climat. Pourquoi?

Les États-Unis sont historiquement le plus grand pollueur. Ils portent la plus grande part des émissions historiques de CO₂. En matière de justice climatique, il est essentiel que les principaux responsables deviennent des modèles, en réduisant les premiers leurs propres émissions et en atteignant la neutralité carbone.

En vertu des traités, les pollueurs ont également des responsabilités et des obligations juridiques de financer l’atténuation et l’adaptation au changement climatique dans les pays plus pauvres. Les populations de ces pays ont très peu contribué à la crise climatique et ont émis très peu de gaz à effet de serre. Elles en sont pourtant toujours les premières touchées, et les plus durement affectées par les phénomènes météorologiques extrêmes.

C’est là le cœur de l’injustice. Lorsque le plus grand pollueur décide de ne plus rien faire, cela porte un coup sérieux à la justice climatique.

Pensez-vous que le retrait des États-Unis pourrait encourager certains pays à réduire leurs propres efforts en matière d’action climatique?

Cela pourrait servir de prétexte à des acteurs qui n’ont jamais vraiment voulu en faire beaucoup. Il y a toujours des pays, des entreprises et des individus — souvent liés aux intérêts des énergies fossiles — qui résistent à l’abandon des combustibles fossiles.

Mais pour celles et ceux qui sont déterminés à protéger la planète et ses populations, cela ne peut pas être une raison de s’arrêter. Le changement climatique est un problème mondial, et il reste beaucoup à faire même sans les États-Unis. Les États-Unis ne sont pas responsables de toutes les émissions, une part importante provient d’ailleurs. Le travail doit donc se poursuivre quoi qu’il arrive.

Avec le retrait des États-Unis, d’autres puissances comme la Chine et l’Union européenne pourraient gagner en influence. Pourrait-on voir émerger de nouvelles coalitions ou un élan positif résultant de l’absence des États-Unis?

Lors de la COP30 à Bélem au Brésil l’an dernier, il est apparu clairement à beaucoup qu’en l’absence des États-Unis, il est d’autant plus important que d’autres avancent et s’accordent sur une action climatique plus ambitieuse. Avec la Colombie et les Pays-Bas, la présidence brésilienne a fortement plaidé pour une feuille de route visant à sortir des énergies fossiles. Celle-ci n’a pas pu être adoptée au moment de la conférence.

Mais aujourd’hui, la Colombie et les Pays-Bas poursuivent cette initiative sous la forme d’une «coalition des volontaires». Son objectif est de continuer à avancer avec des pays favorables et de remettre cette feuille de route sur la table lors de la prochaine conférence sur le climat — probablement cette année — afin de rallier davantage d’États.

Donc oui, il y a un certain mouvement. Reste à voir si cela pourra aboutir à une décision adoptée par l’ensemble des pays lors de la prochaine COP.

Après le retrait des États-Unis, vous attendez-vous à une atmosphère différente lors de la prochaine COP31 en Turquie? Êtes-vous optimiste ou pessimiste à cette perspective?

Il est encore un peu tôt pour se prononcer, car les choses évoluent rapidement en ce qui concerne les États-Unis. Du côté positif, j’ai déjà mentionné les «coalitions des volontaires ». J’espère qu’elles seront larges et capables d’exercer une réelle pression lors de la prochaine conférence sur le climat.

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Relu et vérifié par Gabe Bullard/vm, traduit de l’anglais par Pauline Turuban à l’aide d’un outil de traduction automatique

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