Sans-papiers: la dureté de Zurich étonne les Romands

4 janvier: les sans-papiers de Zurich quittent la Predigerkirche pour une autre église. Keystone

Les sans-papiers sont traditionnellement plus discrets outre Sarine qu'en Suisse romande, et ils y trouvent moins de soutien. Le mouvement de protestation qui vient de se terminer à Zurich a donc été d'autant plus suivi par les défenseurs du droit d'asile.

Ce contenu a été publié le 08 janvier 2009 - 07:31

José Maria Hans, secrétaire au SIT (Syndicat interprofessionnel des travailleurs, à Genève) et spécialiste du dossier de l'immigration, considère ce qui se passe à Zurich avec la plus grande incompréhension. «Ils n'ont pas de sensibilité pour les sans-papiers, alors que la loi est la même pour tout le monde en Suisse, assène-t-il. Depuis 2002, le canton a envoyé 10 demandes de régularisation à Berne. On ne comprend pas !»

Ayant fait des sans-papiers, et de la manière dont les autorités interviennent (ou n'interviennent pas) une de ses préoccupations centrales, José Maria Hans a suivi avec passion l'occupation récente, par plus d'une centaine de sans-papiers, d'églises en ville de Zurich.

«Il faut qu'ils poursuivent, ajoute le syndicaliste. Partout où ils s'organisent, les sans-papiers vivent mieux.»

Le fait n'est pas nouveau: traditionnellement, les mouvements de sans-papiers font long feu en Suisse alémanique, contrairement à ce qui se passe en France ou en Suisse romande.

Certes, désormais, des bureaux d'aide existent aussi en Suisse alémanique pour les sans-papiers, mais les précédentes mobilisations, souvent pendant les fêtes de Noël, n'ont pas réussi, jusqu'ici, à lancer des mouvements permanents.

«Tradition xénophobe»

Le porte-parole des sans-papiers protestataires de Zurich, Felipe Polania, a son idée sur les raisons de ces difficultés. «Le climat, en Suisse alémanique, est empoisonné par le racisme et la xénophobie, propagés par des gens qui ont incroyablement beaucoup d'argent», affirme-t-il.

«On nous dit que nous exerçons un chantage sur l'Eglise, mais ce sont ces gens qui exercent un chantage sur la société tout entière. Les réflexes anti-étrangers ont une tradition, ici, si l'on pense à la manière dont les Italiens ont été traités dès le 19e siècle.»

A la Commission fédérale contre le racisme (CFR), la directrice du secrétariat Doris Angst note, en son nom personnel, que la «Suisse alémanique a de la peine avec tout ce qui est illégal. La Suisse romande, tout en acceptant davantage l'Etat, est aussi susceptible de s'y opposer davantage.»

Projet-pilote de deux ans

Autre instance, la Commission pour les questions de migration (CFM) a étudié de près la question des sans-papiers. Un groupe de travail a mené pendant deux ans, de 2005 à 2007, un projet-pilote pour examiner si des régularisations de sans-papiers étaient, dans certains cas, possibles.

Une centaine de cas anonymes lui ont été transmis pour analyse. Certains ont été régularisés, en suivant la voie normale par le canton de séjour.

Problème: «Beaucoup de personnes ne voulaient pas soumettre leur dossier car elles avaient peur d'être expulsées», explique Simone Prodolliet, directrice du secrétariat de la CFM. La ministre de Justice et Police Eveline Widmer-Schlumpf a reçu les conclusions du mini-rapport – notamment la revendication d'une harmonisation à l'échelon fédéral – et devrait se prononcer.

Entre minoritaires...

Ce travail a en tout cas lui a aussi permis de mettre en lumière les différences déjà évoquées. «En Suisse romande, la notion de citoyenneté va plus loin que la seule possession d'un passeport», poursuit la directrice.

«On se dit que si les sans-papiers, ou les étrangers en général, sont là, il faut que l'Etat utilise la marge de manœuvre disponible pour s'occuper d'eux. Il y a un sens de la responsabilité collective. En Suisse alémanique, on peut admettre qu'il y a des problèmes, mais ils relèvent de la responsabilité individuelle», analyse Simone Prodolliet.

«De plus, ajoute-t-elle, en tant que minorité, les Romands et les Tessinois affichent une certaine compréhension pour les personnes qui n'ont pas le pouvoir et qui ont des besoins.»

Pas de Röstigraben

La directrice du secrétariat de la CFM ne pense néanmoins pas qu'il y ait un «Röstigraben» sur ces questions. «Il y a surtout de différences entre villes et régions rurales, ces dernières étant les plus sceptiques vis-à-vis des étrangers», estime Simone Prodolliet.

Elle rappelle aussi les mouvements de soutien, parfois très engagés, qui ont eu lieu en Suisse alémanique pour, par exemple, empêcher des expulsions. «Quand ils connaissent un voisin, une famille du quartier, les gens s'engagent.»

Pour Simone Prodolliet, les événements zurichois sont «une bonne chose». José Maria Hans, en est encore plus convaincu: «Nous irons à Zurich s'il le faut ! Il faut mettre fin à l'hypocrisie des cantons qui ferment les yeux devant la réalité économique des sans-papiers, dont le travail, s'il était reconnu, rapporterait aussi des impôts aux collectivités. Les syndicats alémaniques et nationaux, doivent se mouiller !»

swissinfo, Ariane Gigon, Zurich

En bref

Succès partiel Comme ils l'avaient déjà fait les années précédentes, des sans-papiers (quelque 150) ont occupé des églises à Zurich durant la période de Noël. Ils demandent leur régularisation au canton de Zurich, à qui ils reprochent une attitude particulièrement restrictive. Dans la nuit de mardi à mercredi (7 janvier), ils ont toutefois décidé de stopper leur action, considérant avoir atteint un succès partiel.

Pas d'exceptions Contrairement à d'autres cantons, celui de Zurich ne fait quasiment pas usage de sa possibilité de demander des exceptions pour les cas de rigueur. Sur près de 280 demandes en 2007, il n'en a envoyé que quatre à Berne pour examen, contre 148 pour le canton de Genève par exemple. Et en 2008, il n'en a transmis aucune.

Rigueur Le gouvernement cantonal souhaite néanmoins réinstaurer une commission pour les cas de rigueur, qui avait été abandonnée en 2002.

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Les sans-papiers en Suisse

Nombre. Selon l'estimation de l'Office fédéral des migrations (ODM), il y a 90'000 sans-papiers en Suisse, sur 1,4 million de personnes avec passeport étranger.

Dans les cantons. Ils seraient près de 20'000 dans le canton de Zurich, 5000 dans le canton de Bâle-Ville, entre 12'000 et 15'000 dans le canton de Vaud et entre 8000 et 12'000 à Genève. Pour le syndicat SIT, ce chiffre de 90'000 est sous-évalué, et on devrait plutôt parler de 120'000.

Hausse. Tous les cantons interrogés dans l'étude de l'ODM publiée en 2005 (Zurich, Bâle-Ville, Thurgovie, Vaud, Genève et Tessin) tablaient sur une hausse du nombre de sans-papiers, sauf le Tessin qui évoquait une stabilisation. La plupart des sans-papiers sont originaires d'Amérique latine, sauf dans les cantons de Bâle-Ville et de Thurgovie, qui comptent une forte proportion de personnes en provenance de l'Europe de l'Est. Le Tessin abrite de nombreuses personnes des Balkans.

Les salaires mensuels moyens des sans-papiers s'élevaient, au moment de l'étude, à 1500-2000 francs. Les experts estiment que les sans-papiers réussissent à vivre par leurs propres moyens. Leurs domaines d'activités sont principalement l'économie domestique, la gastronomie, le bâtiment et l'agriculture en zone rurale. La plupart des sans-papiers ont des enfants scolarisés.

Coordination. Les différents mouvements pour la régularisation des sans-papiers coordonnent leurs actions au sein du comité «Droit de rester pour tou-te-s», qui se réunira une nouvelle fois début février.

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