Boycott contre les compagnies pétrolières
Une dizaine d'associations pacifistes et de partis militent en faveur d'un boycott des compagnies pétrolières américaines et britanniques.
Cette action vise à offrir une alternative aux manifestations de rue.
On l’a encore vu ce week-end, la population se mobilise massivement contre la guerre en Irak, en Suisse aussi.
Mais force est de constater que les manifestations n’ont pour l’instant pas eu une grande influence sur le conflit.
On peut aussi craindre que la mobilisation – celle des plus jeunes en particulier – ne s’essouffle rapidement. Par manque de réelle conscience politique et de distance historique.
Pour continuer à faire entendre leur voix, les pacifistes doivent dès lors trouver des alternatives. Et offrir la possibilité à tout un chacun – surtout à ceux qui ne se retrouvent pas dans la contestation de rue – d’agir à son niveau pour la paix.
Depuis le 6 mars, le Centre Martin Luther King (CMLK) propose donc de boycotter les stations services appartenant à des compagnies pétrolières américaines et britanniques. Esso (USA), Shell et BP (GB) sont visées.
Pour un boycott ciblé
Et c’est ainsi que, partout en Suisse, on a vu fleurir sur les pare-brise des papillons invitant les automobilistes à consommer éthiquement. Et à ne pas être «complices de cette guerre scandaleuse».
«Pour qu’un boycott soit efficace et pour qu’il se justifie sur le plan éthique, explique le président du comité du CMLK, il faut que le lien entre sa cible et les enjeux de la guerre soit très clair.
Et Roger Gaillard de nuancer: «Si les enjeux pétroliers ne sont pas les seuls dans cette guerre, des compagnies comme Esso jouent toujours un rôle prépondérant dans la politique menée par l’administration Bush».
Puisque le message de la rue ne suffit pas, autant utiliser le langage économique, celui que l’administration Bush comprend cinq sur cinq.
«Selon les économistes américains, précise encore le militant, le bénéfice attendu de la mainmise sur les sites pétroliers américains est de l’ordre 50 milliards de dollars par année.»
Le CMLK ne sombre pas pour autant dans l’angélisme. Roger Gaillard est bien conscient que les autres compagnies «ne sont pas les bienfaitrices de l’humanité».
Pas de boycott généralisé
Par contre, Roger Gaillard ne trouve pas juste les actions qui ciblent tous les produits américains. A l’instar des boycotts généralisés qui ont été lancés en Amérique latine, au Brésil et au Chili par exemple.
«Aux Etats-Unis, rappelle-t-il, il y beaucoup de personnes et d’entreprises qui n’ont aucun lien avec cette guerre. Ou qui y sont même opposées.»
Le pacifiste refuse de condamner le cinéma américain. De nombreux acteurs ou réalisateurs ont ouvertement exprimé leur opposition à la politique menée par leur président. D’ailleurs, le cinéaste américain Michael Moore l’a encore rappelé dimanche à la cérémonie des Oscars.
Il faut bien admettre qu’il est difficile de se passer de produits américains (culture, vêtements ou nourriture) qui ont littéralement envahi l’Europe. Et Florian Irminger est le premier à le reconnaître.
«Je dois avouer que je bois beaucoup de Coca-Cola», concédait, dimanche sur les ondes de la TSR, celui qui passe pour l’un des leaders du mouvement pacifiste étudiant à Genève.
Tout en soulignant qu’une réflexion éthique sur nos habitudes consuméristes était vivement souhaitable.
Une cible rassembleuse
Or, ciblé comme il l’est, constate Tobia Schnebli, ce boycott a l’avantage de rassembler les esprits autour d’une cause unique.
Membre de la coordination nationale du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), il est certain que son association va adhérer au mouvement. Le sujet sera discuté dimanche prochain lors de l’assemblée générale nationale.
Mais il souligne que cette action ne peut prendre effet dans l’immédiat. Et qu’il faudra l’entretenir pour qu’un résultat puisse émerger à moyen terme.
Le GSsA suit plutôt l’agenda politique suisse. Et agit au niveau du Parlement. Le député genevois John Dupraz vient d’ailleurs de déposer une motion qui questionne les collaborations militaires de la Confédération, avec Israël et les Etats-Unis notamment.
Une bonne dizaine d’associations, d’organisations et de partis de gauche suisses soutiennent déjà le boycott. D’autres devraient rapidement se joindre au mouvement.
«Jusqu’à présent, conclut Roger Gaillard, tout le monde était focalisé sur l’organisation des manifestations de rue. Mais, maintenant, on peut prendre le temps de réfléchir à d’autres moyens de contestation.»
Une action globale ou rien
De toute évidence, ce n’est qu’en globalisant le boycott que ses effets seront tangibles.
Au Canada et en Belgique, des associations pacifistes et écologistes relaient d’ailleurs depuis quelques jours cette action. Et le CMLK est en contact avec l’Italie et l’Allemagne.
Le texte du tract et l’argumentaire justifiant le boycott ont été traduits en allemand et en anglais. Ils seront bientôt disponibles dans d’autres langues.
swissinfo, Anne Rubin
– En 1955, Martin Luther King initie le boycott d’une compagnie de bus en Alabama qui interdisait les places assises aux Noirs.
– La compagnie, menacée de faillite, a fini par capituler.
– Ce fut une étape décisive dans la conquête des droits civiques des Noirs.
– D’autres boycotts ont été par la suite des succès
– On se souvient du boycott des produits du régime de l’apartheid en Afrique du Sud.
– Ou les campagnes de Greenpeace contre Shell en Allemagne et en Scandinavie, contre Esso en Grande-Bretagne.
– Le boycott exerce une pression non-violente sur les acteurs économiques afin qu’ils fassent eux-mêmes pression sur les acteurs politiques.
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