
Des souris et des hommes

Surprise: le séquençage de l'ADN de la souris révèle que 99% des gènes du petit rongeur sont identiques ou similaires à ceux de l'homme.
Cette découverte, à laquelle ont participé des chercheurs suisses, ouvre de vastes perspectives à la recherche et à la médecine.
Il y a quelque 75 millions d’années, les dinosaures règnent encore sur la Terre. A l’ombre de ces mastodontes, une petite créature de la taille d’un rat lutte pour sa survie. Sans se douter le moins du monde à quel brillant avenir sa descendance est promise.
C’est de ce modeste ancêtre commun que l’homme et la souris (et probablement la plupart des mammifères) ont hérité les caractéristiques qui les rapprochent encore aujourd’hui.
Jeudi, la revue britannique Nature publie la synthèse de travaux menés en parallèle dans six pays, qui viennent d’aboutir au décryptage de 95% du génome de la souris.
Avec la mise à disposition des résultats gratuitement sur Internet, les scientifiques du monde entier sont désormais à même de travailler sur les similitudes entre le petit rongeur et l’espèce humaine.
99% de gènes en commun…
Et celles-ci sont nombreuses: sur les quelques 30’000 gènes identifiés chez les deux espèces, seuls 300 environ sont spécifiques à l’un ou l’autre organisme.
«Désormais, la souris va devenir un animal encore plus utile pour comprendre les mécanismes des maladies et pour tester de nouvelles thérapies», se réjouit le professeur Stylianos Antonarakis, directeur du Laboratoire de génétique médicale de l’Université de Genève.
Avec son équipe, et en collaboration avec l’Institut suisse de bio-informatique de Lausanne, le professeur Antonarakis ne s’est pas contenté de participer au décryptage général du génome de la souris.
Les chercheurs suisses ont également mis en évidence d’autres similitudes avec l’espèce humaine, qui font l’objet de deux articles séparés dans la même édition de la revue Nature.
Selon les résultats de ces travaux, l’homme et la souris ont aussi en commun un certain nombre de séquences d’ADN qui ne sont pas des gènes, mais qui n’en ont pas moins une fonction bien précise.
Des milliards de briques
L’ADN est une série de très longues chaînes de molécules (enroulées sous forme de chromosomes), qui forment le cœur du noyau des cellules de tout organisme vivant.
Ces chaînes sont composées de quatre «briques» de base, désignés par les lettres A, C, G, et T. Lorsque les scientifiques annoncent avoir décrypté le génome d’une espèce, cela veut dire qu’ils sont capables de donner la succession des lettres formant les chaînes d’ADN.
Et ces chaînes sont très longues: 2,9 milliards de lettres pour l’homme, 2,5 milliards pour la souris!
85% de «déchet»
Mais à partir de cette matière brute, encore faut-il savoir à quoi servent les différentes portions d’ADN. Une chose est sûre: la majorité ne sert tout bonnement à rien. Stylianos Antonarakis estime à 15% la proportion du génome qui possède effectivement une fonction.
«Dans les chromosomes, on rencontre des milliers et des milliers de copies de séquences qui se répètent, explique le professeur genevois. Elles ne servent à rien et sont là uniquement à cause de l’accumulation consécutive pendant l’évolution de l’espèce.»
A côté de ces «portions vides», les gènes sont des séquences d’ADN qui sont capables de livrer le «plan de montage» des protéines constitutives de l’organisme. Leur fonction est donc vitale.
Le cas du chromosome 21
Reste le cas des séquences d’ADN qui ne sont pas des gènes, mais que l’on a retrouvé avec une grande similitude chez l’homme et chez la souris. Ces portions communes représentent 3% de l’ensemble des chromosomes de deux espèces.
Bien qu’ils ne sachent pas encore à quoi servent ces fragments «non-géniques», les chercheurs suisses ont toutes les raisons de croire qu’elles pourraient jouer un rôle dans l’apparition et le développement de certaines maladies.
Pour s’en convaincre, ils ont étudié de près le fameux chromosome 21 de l’espèce humaine, en se livrant à des comparaisons avec les séquences correspondantes chez la souris.
Cet immense travail – mené en collaboration avec un institut de Hannovre et un autre de Naples – devrait permettre de mieux comprendre les mécanismes du syndrome de Down, plus connu sous le nom de trisomie 21, ou mongolisme.
A pas de géant
«Certes, les applications thérapeutiques sont encore loin, admet Stylianos Antonarakis. Mais nous allons maintenant pouvoir mener sur la souris des expériences ciblées sur les gènes qui sont identiques à ceux de l’homme.»
De quoi faire avancer la recherche à pas de géant. Actuellement, les laboratoires pharmaceutiques comptent quinze bonnes années entre la découverte d’une nouvelle molécule thérapeutique et la commercialisation d’un médicament.
Au vu des progrès récents, Stéphane Catsicas, directeur de la recherche à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, n’hésite pas à prédire que ce délai puisse un jour tomber à dix ans… voire même cinq.
swissinfo/Marc-André Miserez
L’homme et la souris ont environ 30’000 gènes chacun
29’700 d’entre eux sont identiques ou très proches chez les deux espèces
Les scientifiques planchent déjà sur le décryptage des génomes de l’abeille, du chimpanzé, du chien, de la vache et du poulet

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