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Droits de l’homme: la bataille anti-sexiste fait rage

Le Bureau fédéral de l'égalité entre femmes et hommes ne veut pas que l'on utilise l'expression «droits de l'homme». Trop discriminatoire pour les femmes.

Le Conseil fédéral refuse de céder. Mais des fissures commencent à apparaître.

En juin 1999, le Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes (BFE) a publié un «Plan d’action» visant à améliorer en Suisse les droits des femmes dans tous les domaines de la vie.

Le but était d’appliquer les conclusions de la dernière Conférence mondiale de l’ONU sur les femmes, qui a eu lieu à Pékin en septembre 1995.

Parmi les 287 recommandations de ce «Plan d’action», l’une demandait que l’on remplace dans toute l’administration fédérale l’expression «droits de l’homme» par la formulation «non sexiste» de «droits de la personne».

Le Conseil fédéral résiste

Quel a été jusqu’ici l’effet de cette recommandation? A première vue, c’est plutôt l’échec. On trouve certes, ici et là, les expressions «droits humains» ou «droits de la personne». Mais la plupart des services fédéraux continuent à parler de «droits de l’homme».

Il faut dire que le Conseil fédéral encourage cette tendance. Dans la quasi-totalité de ses textes, il parle de «droits de l’homme» et il a même exigé, selon nos informations, que son dernier rapport au Parlement sur le sujet s’intitule «Rapport sur la politique suisse des droits de l’homme».

C’est aussi la ligne suivie par le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) qui vient de publier une brochure illustrée à grand tirage sur les «Droits de l’homme».

Un faux problème

Il a délibérément décidé d’utiliser le terme «droits de l’homme» pour désigner les différents services qui, au DFAE, s’occupent de ces questions. Il ne s’agirait pas, dit-on au DFAE, d’une attitude «anti-féministe» mais d’un souci «de clarté».

Ce serait d’une certaine manière «un faux problème», relève de son côté le représentant de la Suisse à la Cour européenne des droits de l’homme, Philippe Boillat.

«Tout le monde sait que les femmes ne sont pas exclues des garanties accordées par les conventions internationales». Philippe Boillat «comprend» que l’on puisse attribuer «une valeur pédagogique» à la formule «droits de la personne humaine». Mais, à titre personnel, il parlerait de droits de l’homme.

De prime abord, la cause semble entendue. Et la formule «droits de l’homme» a encore de beaux jours devant elle.

En fait, les apparences sont trompeuses. Derrière le discours encore majoritaire, on décèle en effet des signes qui montrent que le combat du Bureau de l’égalité n’est peut-être pas perdu.

Italophones audacieux

Le «Guide de formulation non-sexiste de textes administratifs et législatifs de la Confédération» (sic) suggère par exemple le recours au terme ‘droits de la personne humaine’ «lorsque le contexte s’y prête».

Nettement plus audacieux, le service central de traduction en italien de l’administration fédérale a décidé pour sa part de ne plus parler de «droits de l’homme», mais d’utiliser systématiquement «droits humains» («diritti umani»). A l’instar de ce que font déjà Amnesty International, la Belgique et le Québec.

On signalera enfin – et c’est sans doute significatif – que le Département fédéral des Affaires étrangères vient d’être contraint – à la demande d’organisations privées – d’appeler «Conférence sur la politique suisse des droits humains» une réunion qui devait à l’origine s’occuper…de «droits de l’homme».

Par ailleurs, lors de son passage à Berne la semaine dernière, le Haut-Commissaire des Nations-Unies…aux droits de l’homme, le Brésilien Sergio Vieira de Mello, a plaidé auprès du chef de la diplomatie suisse Joseph Deiss pour le remplacement systématique de «droits de l’homme» par «droits humains».

Il a précisé que c’est l’expression qu’il a fait figurer…sur sa carte de visite.

swissinfo/Michel Walter

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