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Situation explosive en Birmanie

Des moines bouddhistes protestent dans les rues de Rangoun, la plus grande ville du pays.

(Keystone)

Des dizaines de milliers de personnes se sont jointes ce lundi au mouvement de protestation initié par les moines bouddhistes. Il s'agit des plus importantes manifestations depuis celles de 1988.

La junte militaire menace désormais d'intervenir. La Suisse s'est inquiétée de la situation devant le Conseil des droits de l'homme et a demandé la libération des détenus politiques.

Par l'intermédiaire de l'ambassadeur Blaise Godet, la Suisse a aussi appelé les autorités du Myanmar à permettre au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) de reprendre ses activités dans les lieux de détention comme l'avait déjà fait récemment la présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey.

«Nous constatons avec regret et inquiétude qu'aucun progrès n'a été fait sur la question. C'est pourquoi nous renouvelons aux autorités du Myanmar notre appel, que rend encore plus pressent l'actualité récente», a déclaré lundi Blaise Godet.

Les pays occidentaux représentés au Conseil ont demandé aux autorités birmanes de libérer immédiatement tous les détenus politiques, y compris la Prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi, assignée à résidence, et de coopérer avec les organes de l'ONU.

Membre de l'Association Birmanie-Suisse, Matthias Huber regrette pour sa part que la Suisse ne se soit jusqu'ici pas impliquée officiellement en faveur de la démocratie en Birmanie.

«Des réfugiés politiques birmans ont même été renvoyés en Birmanie où ils ont été jetés en prison et torturés», précise-t-il tout en affirmant craindre que les manifestations actuelles ne dérapent.

100'000 personnes dans les rues

Lundi, le mouvement de protestation contre la junte militaire s'est encore amplifié. Selon des témoins, plus de 100'000 personnes se sont jointes aux moines bouddhistes en défilant pacifiquement dans Rangoun, la plus grande ville du pays.

D'autres manifestations ont été signalées notamment dans le centre (Mandalay et Pakokku) et dans l'ouest (Sittwe) du pays.

Après une semaine de marches, les manifestations sont devenues explicitement politiques, même si les moines, fers de lance du mouvement, préfèrent s'exprimer indirectement par des chants et des prières.

Fait hautement symbolique, des bonzes boycottent les aumônes de militaires, ce qui équivaut à une excommunication pour les bouddhistes.

De nombreuses personnes les ont rejoints et ont repris les slogans du mouvement pro-démocratie: la réconciliation nationale, la liberté pour les prisonniers politiques et des appels à de meilleures conditions de vie.

Le mouvement de protestation a commencé le 19 août pour dénoncer la vie chère après une forte hausse des prix du carburant, mais il puise ses racines dans un mécontentement ancien à l'égard du régime militaire au pouvoir.

L'influence chinoise

Jusqu'ici, la junte, qui avait écrasé dans le sang le soulèvement pro-démocratie de 1988, a fait preuve de retenue sous la pression de la Chine, son principal partenaire commercial et allié, soulignent les experts.

La Chine, qui lorgne sur les vastes réserves pétrolières et azières de la Birmanie, s'est opposée cette année à ce que le conseil de sécurité de l'ONU critique la situation des droits de l'Homme en Birmanie.

Mais dans le même temps, Pékin a recours à une diplomatie discrète et à de subtiles pressions, exhortant les autorités birmanes à s'engager sur la voie de la démocratie et à accélérer le processus de dialogue et de réformes.

Le régime militaire birman du généralissime Than Shwe qui, habituellement, ne tolère aucune contestation, est donc sur la défensive. Réagissant pour la première fois lundi, la junte a menacé de «prendre des mesures» contre les moines.

Les médias ont rapporté que le ministre des Affaires religieuses, le général Thura Myint Maung, avait rencontré la hiérarchie cléricale bouddhiste.

«Si les moines vont à l'encontre des règles et des règlements d'obéissance aux enseignements bouddhistes, nous prendrons des mesures conformément à la loi existante», a déclaré le ministre cité par la télévision d'Etat.

Appels à la retenue

Plusieurs voix, de l'ONU à l'Union européenne et à la Maison Blanche, ont aussi demandé aux autorités birmanes de faire preuve de «retenue».

Les autorités françaises ont dit que la junte birmane serait «tenue pour responsable» de la sécurité des manifestants. Et la Grande-Bretagne, ex-puissance coloniale de la Birmanie, a elle aussi appelé la junte militaire à s'abstenir de toute répression violente.

Enfin le dalaï lama, leader spirituel tibétain et autorité morale du bouddhisme, a apporté son «plein soutien» aux moines et a fait part de son «admiration». Il a aussi appelé la junte militaire à ne pas faire usage de la force.

swissinfo et les agences

En bref

Ancienne colonie britannique, la Birmanie (officiellement l'Union du Myanmar de 1989) obtient son indépendance 1948. En 1962, un coup d'état conduit par le général Ne Win a mis un terme aux velléités démocratiques du jeune gouvernement.

Depuis 45 ans, la Birmanie vit sous le joug de la dictature militaire. La Suppression des partis politiques, la nationalisation de l'économie et une dure répression de toute forme de liberté isolent le pays du reste du monde.

En 1988, la junte militaire réprime par la force une protestation estudiantine de quelques semaines. Plusieurs milliers de personnes sont tuées et les responsables du soulèvement sont condamnés à de longues peines d'emprisonnement.

En 1990, des élections libres sont organisées et remportées à plus de 80% par la Ligue nationale pour la démocratie NLD) emmenée par le prix noble de la paix Aung San Suu Kyi. Mais la nouvelle junte en place refuse de céder le pouvoir et arrête les leaders de la NLD dont Aung San Suu Kyi. Celle-ci vit aujourd'hui en résidence surveillée.

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Faits

Capitale: Naypyadaw (depuis 2007)
Ville principale: Rangoon (4 millions d'habitants)
Population totale: 50 millions
Superficie: 676'577 km2 (Suisse: 41'000 km2)
Produit intérieur brut: 5,38 millions de dollars
Exportations helvétiques au Myanmar en 2006: 4,9 millions de francs
Importations en provenance du Myanmar: 0,5 millions de francs

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