Le drame du temple solaire a 25 ans

Jamais les pompiers du petit village de Cheiry n'auraient pu imaginer l'horreur qui les attendait. Keystone / Edi Engeler

Il y a exactement un quart de siècle, la Suisse se réveillait en apprenant un suicide de masse au sein d’une secte. Totalement hors norme en raison du nombre des victimes, ce drame est resté dans toute les mémoires. 

Ce contenu a été publié le 04 octobre 2019 - 13:10
swissinfo.ch avec les agences / OP

L'ampleur de l’affaire a frappé les esprits et la plupart des gens en âge de l'avoir vécue s'en souviennent. Et pas seulement en Suisse. Ce suicide collectif avait attiré pendant plusieurs jours l’attention des médias du monde entier sur la d’habitude si paisible suisse. Explication de cette affaire hors norme en quelques points. 

Trois drames 

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L'affaire a immédiatement attiré des masses de journalistes du monde entier, comme ici à Cheiry. Keystone / Str

Dans la nuit du 5 octobre 1994, peu avant l'aube, 23 cadavres sont découverts dans une ferme en feu du village de Cheiry, dans le canton de Fribourg. Les corps sont enveloppés dans des habits de cérémonie. A peu près au même moment, un chalet en feu à Salvan, dans le canton du Valais, livre 25 cadavres. 

Le lendemain, les autorités canadiennes annoncent la découverte de cinq cadavres carbonisés dans un chalet de Morin Heights. Un village qui se trouve à une heure de route de Montréal. 

Dénominateur commun 

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Un policier québécois présente des objets de culte de la secte. Keystone / Paul Chiasson

Rapidement l'enquête met un nom sur le dénominateur commun de la tuerie: l'Ordre du temple solaire (OTS). Une secte apocalyptique dont les membres semblent s'être volontairement donné la mort pour atteindre une autre dimension. Les deux fondateurs de la secte, Luc Jouret et Joseph di Mambro, périssent avec leurs adeptes. 

Mais les questions demeurent. A Salvan, les victimes ont absorbé des médicaments dérivés du curare. Les corps ne présentent pas de trace de violence. A Cheiry en revanche, 20 des 23 victimes portent des impacts de balles, presque tous à la tête. Elles étaient vivantes au moment du premier coup de feu. Une partie des balles a été tirée avec un pistolet retrouvé à Salvan.  

Une secte ésotérique 

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Des capes, des épées... Les membres de l'OTS utilisaient tout un bric-à-brac rappelant les chevaliers du temple. Keystone / Paul Chiasson

Tout débute dans les années 1980. Les conférences du naturopathe belge Luc Jouret séduisent des personnes ouvertes à l'ésotérisme mais craignant l'apocalypse. Avec Jo di Mambro, un escroc notoire, Luc Jouret met en place les structures d'une communauté. En 1989, la secte de l'OTS compte 442 membres, français, suisses et canadiens pour la plupart. 

Le mouvement vit au grand jour. A coup d'articles dans les médias, de spots publicitaires, il présente l'image d'une communauté d'hommes et de femmes proches de la terre, de la nature, vivant dans le bonheur. 

Mais derrière la façade, se cache une réalité plus obscure. Un cercle d'initiés entoure Luc Jouret et Jo di Mambro. Les deux gourous leur font croire qu'ils appartiennent à une élite qui pourra survivre à l'apocalypse dans un lieu spécialement aménagé.  

Une histoire de gros sous  

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L'affaire de l'OTS a été l'occasion de mettre en lumière le travail des membres de l'institut médico-légal de Lausanne, chargé de l'autopsie des victimes. Keystone / Blaise Kormann

Le cocktail mystico-ésotérico-religieux servi par Jo di Mambro à grand renforts d'effets spéciaux convainc la plupart des adeptes. Mais la condamnation au Canada de membres de la secte pour détention illégale d'armes dérègle la machine. 

Certains pourvoyeurs de fonds prennent leurs distances, l'argent commence à manquer. Les maîtres de la secte préparent alors l'adieu à ce monde. Ils le nomment le «transit vers Sirius», pour rester dans une tradition ésotérique. 

Ce «voyage» qui a emporté, de gré ou de force, 53 personnes en Suisse et au Canada le 5 octobre 1994 n'est pas demeuré sans suite. En décembre 1995, 16 corps calcinés sont retrouvés dans le Vercors, en France. Et en mars 1997, cinq autres cadavres, calcinés eux aussi, sont découverts au Canada. Tous sont liés à la secte. 

Drame du passé 

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De nos jours, tous les vestiges de l'OTS, comme ce temple trouvé dans le sol-sol de la ferme de Cheiry, ont été détruits. Il ne subsiste plus que des photos. Keystone / Ruben Sprich

A Salvan, comme à Cheiry, il ne reste plus trace du drame aujourd'hui. Le chalet et la ferme qui ont servi de cadre à la tuerie ont été rasés. Ils ont fait place à de nouvelles constructions. Rien ne vient en rappeler les tragiques événements. 

«Plus personne n'en parle dans le village», expliquait le président de Salvan à l'occasion des 20 ans du drame en 2014. La page est tournée, même si les questions demeurent. Celles des parents et de proches des victimes, qui ont cherché longtemps des réponses à ce qui s'est passé. 

Au total, l'ensemble des suicides collectifs a causé le décès de 74 personnes en Suisse, en France et au Canada, en à peine deux ans et demi.

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