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Comment les Suisses du Brésil survivent à la pandémie et aux «fake news»

Pour essayer de faire face à la pandémie, le Brésil a dû mettre sur pied des hôpitaux de campagne, comme ici dans un gymnase de la périphérie de São Paulo. Copyright 2021 The Associated Press. All Rights Reserved.

Le Brésil est particulièrement frappé par la pandémie de coronavirus. Les Suisses qui vivent dans ce pays qui ne divulgue même pas officiellement le nombre de décès continuent de maintenir l’isolement social et de respecter les différents protocoles de sécurité sanitaire. Mais ils sont conscients d’avoir un quotidien généralement plus facile que celui du Brésilien lambda. Témoignages.

Ce contenu a été publié le 26 mars 2021 - 11:31
Mirela Tavares

«Cela fait 50 semaines que je suis à la maison», affirme Susi Altwegg, 75 ans, émigrée suisse à São Paulo. Elle a le compte en tête, car ce sont les mêmes semaines que celles où elle paie sa femme de ménage, même si celle-ci ne vient plus travailler pour éviter tout risque de contamination. Vivant avec son fils et son petit-fils, elle accomplit elle-même les tâches domestiques et ne se plaint pas: «L’important, c’est de ne pas faire partie des statistiques.»

Secrétaire dans une école, Susi Altwegg est en télétravail. Le contact en tête-à-tête avec ses collègues lui manque. «Mais nous n’avons pas le choix», dit-elle sur un ton résigné, ajoutant qu’il faut «faire de notre mieux», en suivant les protocoles de sécurité, notamment parce que l’alternative, c’est la mort. «Et ça, je n’en veux pas», ajoute-t-elle.

Pour préserver sa santé physique et mentale, Susi Altwegg se plonge dans les films, la musique, les livres et les activités physiques comme le Chi Kung. L’information est également un élément qu’elle garde dans sa routine. Elle est abonnée au journal O Estado de São Paulo et lit souvent les nouvelles sur des sites web, comme UOL. «Je préfère encore le journal papier, mais je suis beaucoup de sites d’information sur Internet». Et parmi eux, le site de swissinfo.ch, ainsi que les versions en ligne des journaux suisses Berner Zeitung et Neue Zürich Zeitung.

Susi Altwegg se prépare à une autre année de distanciation sociale, même si elle pourrait être vaccinée dans les semaines à venir. «Je pense qu’il faudra un certain temps avant que la couverture vaccinale soit totale.» Pendant ce temps, son fils continue à faire les courses en personne ou sur Internet. Et lorsqu’elle doit aller à la banque ou à la pharmacie, elle utilise toujours un masque et du gel alcoolique. Même fatiguée et inquiète, elle tient bon: «Nous ne pouvons pas nous laisser abattre».

Situation honteuse

Le musicien Hanspeter Reimann, 68 ans, considère la musique comme un allié majeur pour faire face aux conséquences de la pandémie. Habitant depuis une douzaine d’années à Indaiatuba, ville située à environ 80 km de São Paulo, il continue de développer des projets musicaux et se considère comme un privilégié, car il a les moyens de se protéger des conséquences de la pandémie, contrairement à la majorité de la population brésilienne. «Le cadre qui est le mien ici n’est pas le même que le cadre de vie général au Brésil», commente-t-il depuis cette ville où réside l’une des plus grandes communautés de descendants de Suisses au Brésil.

«Je trouve la situation au Brésil honteuse; je n’ai pas de mots. Personne ne me force à vivre ici, je dois donc l’accepter. Mais c’est très effrayant et je ne comprends pas comment il y a des gens qui acceptent tout ça»

Hanspeter Reimann, musicien

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Hanspeter Reimann se dit toutefois effrayé par la manière dont le pays a traité la maladie, le manque de coordination nationale et la quantité de «fake news» qui ont circulé. «Je trouve la situation au Brésil honteuse; je n’ai pas de mots. Personne ne me force à vivre ici, je dois donc l’accepter. Mais c’est très effrayant et je ne comprends pas comment il y a des gens qui acceptent tout ça», commente-t-il.

«En fait, je vis comme un privilégié, parce que je peux vivre uniquement le bon côté du Brésil», ajoute-t-il. Un côté qui pour lui pourrait être bien meilleur, s’il n’était pas aussi inégal. Aux yeux du musicien suisse, les problèmes politiques qui ont provoqué tant de désordre en matière de confinement au Brésil sont une conséquence de l’éducation des gens. «Les politiciens sont un miroir de la société; vous n’aurez donc pas de meilleurs politiciens tant que vous n’aurez pas une meilleure éducation», dit-il.

Peu de rationalité

L’homme d’affaires et athlète Stefan Santille, 46 ans, propriétaire de la marque Ursofrango (une référence au tétras-lyre qui vit dans les montagnes durant son hibernation), est également critique face au comportement des politiciens au Brésil.

«Ici, être politicien, c’est l’occasion de tirer des avantages: je fixe mon salaire, mes vacances, je change la loi quand ça va mal...», compare-t-il. Pour lui, tout ressemble à un feuilleton, avec beaucoup de polarisation et de débats. «Mais ils terminent toujours la conversation par ‘C’est compliqué!’, et ça s’arrête là». Il s’agit selon lui du résultat de la désillusion des gens face à des faits qui se répètent depuis longtemps.

Stefan Santille observe aussi un manque de rationalité. «Quand je parlais avec mes amis suisses et que nous échangions des informations sur ce qui se passait, ils étaient plus informés sur la pandémie que moi ici au Brésil; ils avaient au moins une idée claire sur ce qui allait se passer», avance-t-il, en faisant référence aux mesures prises par le gouvernement. «Si le ministre de la Santé en Suisse dit qu’il faut faire les choses d’une certaine façon, les gens le feront, car il y a une relation de confiance par rapport à la politique».

Dignité et courage

Hanspeter Häfeli, 66 ans, propriétaire de l’entreprise Berna, estime lui aussi que la population est mieux informée en Suisse. «Le défi ici est grand, mais nous devons féliciter les Brésiliens. Dans l’ensemble, les gens font face à la pandémie avec dignité et courage.» Pour lui, le peuple brésilien est très ordonné et pacifique, car sinon, face à cette grave crise sanitaire, il y aurait déjà eu des désordres sociaux.

«Le défi ici est grand, mais nous devons féliciter les Brésiliens. Dans l’ensemble, les gens font face à la pandémie avec dignité et courage»

Hanspeter Häfeli, chef d'entreprise

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Habitué à se rendre en Suisse, où vit l’un de ses enfants, Hanspeter Häfeli a renoncé à voyager en 2020, pour ne pas mettre ses proches en danger. «Heureusement que nous disposons de moyens de communication modernes, car je ne me sentirais pas bien en allant rendre visite à quelqu’un», dit-il.

Lecteur régulier de la presse suisse et brésilienne, il considère que le mode de communication des deux pays est très différent. «Ici, les pressions politiques sont plus fortes; la Suisse était mieux préparée pour apporter une sécurité économique et sanitaire», juge-t-il.

Pourtant, tout n’est pas aussi simple. Pour illustrer son propos, il cite le cas de sa propre mère, âgée de 92 ans. Vivant au Brésil, elle a reçu le vaccin à domicile par un professionnel du service de santé publique, alors que sa tante du même âge, en Suisse, a été contaminée dans la maison de retraite où elle vit... «Les médias pourraient parler davantage de ces cas au Brésil», suggère-t-il.

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