Un rescapé français du Covid-19 soigné en Suisse témoigne

Jean-Paul Martin a été pris en charge par les services de soins intensifs de l'Hôpital cantonal de Fribourg, ici. Keystone / Anthony Anex

Jean-Paul Martin fait partie des 49 patients français atteints du Covid-19 qui ont été pris en charge en Suisse, alors que les hôpitaux de la région Grand Est arrivaient à saturation au mois de mars. Il nous livre le récit de son combat contre le coronavirus, qui a failli l’emporter.

Ce contenu a été publié le 01 mai 2020 - 14:18

Les frais d’hospitalisation facturés à la France

Face à la surcharge des hôpitaux français de la région Grand Est durant le pic de la pandémie de coronavirus, une élue locale, Brigitte Klinkert, s’est adressée aux cantons suisses voisins pour obtenir de l’aide. Sa demande a été accueillie favorablement. Au total, 49 malades français du Covid-19 ont été hospitalisés en Suisse. L’Allemagne a, elle, pris en charge 80 patients de l’Hexagone. Alors que l’Allemagne a décidé de prendre à sa charge les frais d’hospitalisation, la Suisse n’a pas prévu de faire un tel geste envers son voisin. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) indique que «les coûts de traitement seront facturés à l’assurance maladie française selon les mêmes tarifs que ceux appliqués aux assurés suisses».

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Jean-Paul Martin vit dans la ville de Munster, dans la région alsacienne du Grand Est. (ldd)

«Je suis tombé dans un grand trou noir.» Jean-Paul Martin décrit ainsi le coma artificiel dans lequel il a été plongé pendant 16 jours, un temps suspendu entre la vie et la mort.

Son combat contre le Covid-19 a mené ce Français de 67 ans en Suisse. Transféré à l’hôpital de Fribourg pour soulager les hôpitaux de la région Grand Est, surchargés par la pandémie, il a été intubé durant un peu plus de deux semaines aux soins intensifs, pour aider ses poumons à accomplir leur travail et vaincre la maladie.

Désormais tiré d’affaire, Jean-Paul Martin, joint par téléphone quelques jours avant qu’il ne quitte l’hôpital de Colmar pour un centre de rééducation voisin, revient sur sa folle épopée.

Le néant

Son épouse Monique et lui sont tombés malades en même temps, à la mi-mars. «Nous toussions et avions de la fièvre», raconte-t-il. Comme le couple est très affaibli, le médecin généraliste leur rend visite à leur domicile, dans la petite ville alsacienne de Munster. À ce moment-là, il constate que Jean-Paul Martin présente un taux d’oxygène dans le sang anormalement faible.

Le 25 mars, le retraité est hospitalisé à Colmar. «Je me souviens encore d’avoir mangé quelque chose le lendemain à midi, puis c’est le néant. Je me suis réveillé 16 jours plus tard à Fribourg», relate-t-il. Il s’estime «chanceux», «certains en sont à plus de 50 jours de coma». Aujourd’hui, il parvient à mettre des mots sur son expérience: «C’est un sommeil profond. Je me suis dit que ceux qui mouraient après avoir été plongés dans le coma ne se rendaient compte de rien.»

Jean-Paul Martin parle avec son épouse par visioconférence. ldd


Le réveil

Le malade met du temps à réaliser qu’il a été transféré dans le pays voisin, des terres qu’il connaît un peu pour y avoir visité des membres de sa famille expatriés. Ses souvenirs du traitement en Suisse sont flous. «Dans mon lit d’hôpital, je m’imaginais le lac de Gruyère, près duquel j’ai souvent passé.» Progressivement, quelques phrases ou bribes de conversation lui reviennent à l’esprit. «Je me rappelle qu’une infirmière m’a dit: ‘je vais vous raser pour que vous soyez à nouveau beau’.»

Quotidiennement, le personnel soignant de l’hôpital fribourgeois informe Monique Martin de l’état de santé de son mari. «C’est un lien très important et rassurant. Sans cela, les familles ne savent pas ce qui arrive à leur proche. En France, il est plus difficile d’avoir des informations», commente le malade en convalescence.

La gratitude

Le 16 avril, l’état du patient alsacien est stabilisé et il peut retourner à l’hôpital Pasteur, à Colmar. Encore désorienté et faible, ce dernier ne se souvient pas du retour. «Je n’ai pas encore demandé mon dossier pour savoir si l'on m’avait transporté en hélicoptère. À mon arrivée en France, lorsqu’on me demandait où j’étais, je répondais encore ‘en Suisse’.»

Au fil des jours, l’employé de la ville de Munster à la retraite reprend des forces et commence à pouvoir assembler les différentes pièces du puzzle. «Je réalise seulement maintenant ce qui m’est réellement arrivé», nous confie-t-il au téléphone. Il estime avoir eu beaucoup de chance et exprime toute sa gratitude envers le personnel soignant qui s’est occupé de lui, en Suisse et en France. «Je remercie également les politiciens de s'être investis pour faciliter le transfert de patients entre pays», dit-il.

«C’est un sommeil profond. Je me suis dit que ceux qui mouraient après avoir été plongés dans le coma ne se rendaient compte de rien»

Jean-Paul Martin

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La solitude

Physiquement, Jean-Paul Martin va mieux, mais la solitude lui pèse. Depuis un mois, il est complètement isolé pour prévenir le risque de contaminer d’autres personnes. Il ne voit que les soignants, dont il devine les visages derrière leurs masques de protection. «Les relations humaines me manquent beaucoup.»

Jean-Paul Martin aide à baliser les sentiers pédestres de la région avec le Club Vosgien. ldd

Certes, il peut parler à sa famille par visioconférence grâce aux tablettes mises à disposition par l’hôpital, ce qui peine toutefois à remplacer une étreinte. «On s’entend, on se voit, mais cela fait plus d’un mois qu’on ne s’est pas serré dans les bras», relève Jean-Paul Martin. En attendant de retrouver son épouse, sa fille et son petit-fils, il prévoit son retour à la maison et rêve déjà de pouvoir à nouveau se promener dans la nature.

La nature

Dans la conversation, le mot nature revient souvent. Jean-Paul Martin en est proche. Il consacre son temps libre à sa protection, au sein du Club Vosgien. C’est aussi elle «qui a voulu qu’il soit encore là». En temps de crise, «la nature nous rappelle que nous ne sommes pas au-dessus d’elle, qu’un virus peut tout chambouler, nos vies, nos relations, notre économie».

Retrouver ses proches, continuer à s’occuper de sa mère de 88 ans, parcourir à nouveau les sentiers pédestres qu’il aide à baliser. C’est ainsi que Jean-Paul Martin imagine son retour à la normalité. «Je vais apprécier encore davantage la vie. Il y a de petits tracas quotidiens, mais il ne vaut pas la peine d’en faire une montagne.»

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