Haïti, le bilan des premiers secours suisses

Le Corps suisse d’aide humanitaire veut assurer l’accès à l’eau potable à environ 100’000 personnes Keystone

De retour de Haïti, les premiers secouristes suisses ont tiré un bilan positif des opérations d’aide en faveur des victimes du séisme. Les besoins de la population restent considérables. Plus de 600’000 personnes sont sans abri et le manque d’eau et de vivres se fait sentir partout.

Ce contenu a été publié le 28 janvier 2010 - 11:04

«En arrivant à Haïti, je me suis trouvé face à une vision d’horreur. Et même à l’horreur au plus profond de l’horreur. J’ai vu une fillette de 12 ans violée après avoir été retirée des gravats. Des nouveaux nés mourir de gangrène parce qu’on avait refusé de les amputer », expliquait Olivier Hagon en retenant ses larmes, lundi dernier à Berne devant les journalistes.

«Ce sont des images que je n’oublierai jamais. Mais je suis aussi rentré de Haïti avec en moi un sentiment de joie profonde, car nous avons pu faire énormément en agissant et en aidant des centaines de personnes», a ajouté le coordinateur de l’équipe médicale suisse, envoyée à Haïti par le Corps suisse d’aide humanitaire (CSA).

Arrivés sur l’île dès les premiers jours qui ont suivi la catastrophe, les secouristes suisses ont construit - avec le soutien de la Croix-Rouge locale et du Comité international de la Croix-Rouge - en quelques heures seulement, un bloc opératoire dans l’hôpital universitaire de Port-au-Prince, situé dans l’un des quartiers les pauvres de la capitale haïtienne.

Opérer sous les bananiers

«Dans pareille situation et face à l’immensité des besoins, on voudrait avoir mille bras et mille mains. Et plus nous progressions dans notre travail et plus nous nous trouvions confrontés à de nouvelles horreurs. Nous avons donc décidé de cibler nos interventions en faveur des victimes les plus vulnérables, soit les femmes enceintes et les enfants», a précisé Olivier Hagon.

«Nous avons sauvé des bambins atteints d’infections graves et de gangrène, mais nous avons aussi aidé des femmes à accoucher. Lors d’une telle catastrophe, il ne s’agit pas que de secourir les blessés, il faut aussi gérer la vie qui continue malgré tout», a-t-il ajouté.

Conditions proches de l’impossible

Au cours des premiers jours, le travail des secouristes suisses a été rendu particulièrement difficile par les nombreuses répliques et éboulements qui ont suivi le séisme. Les parties de l’hôpital qui tenaient encore debout menaçaient de s’effondrer.

Ainsi, l’équipe médicale suisse s’est ainsi vue contrainte d’opérer sous les bananiers, dans des conditions proches de l’impossible.

Le docteur Hagon a tenu à louer l’esprit de collaboration du personnel sanitaire haïtien de même que le courage de la population. « A mon arrivée en Haïti, j’éprouvais surtout un sentiment d’impuissance. Aujourd’hui, c’est la confiance qui prédomine. »

«J’ai été impressionné par la dignité dont ont fait preuve ces gens, par leur capacité à reprendre des forces et à retrouver l’espoir dans ce pays qui est l’un des plus pauvres du monde, et malgré l’ampleur de la tragédie ».

Dignité et calme

Un sentiment partagé par Toni Frisch, le chef du Corps suisse d’aide humanitaire (CSA), rentré dimanche de sa première visite dans les régions dévastées par le tremblement de terre.

«Si l’on considère les dimensions de cette catastrophe, les souffrances et la situation désespérée dans laquelle se trouvent de nombreuses personnes, ce qui frappe le plus est sans aucun doute la dignité et le calme relatif dont témoigne chaque jour la population», a-t-il souligné.

«J’ai rencontré de nombreux habitants qui m’ont dit avoir tout perdu, leurs proches, leur maison, leur travail. Et pourtant, je n’ai vu personne demander l’aumône. Les gens sont extrêmement humbles et motivés pour collaborer afin de sortir de ce désastre ».

Malgré l’ampleur des besoins et les difficultés liées à la coordination, le chef du CSA a tiré un bilan positif des aides fournies par les secouristes suisses et internationaux. «Dans l’ensemble, nous pouvons affirmer que nous n’avons pas soulevé un nuage de poussière mais que l’aide suisse a contribué à offrir un toit, de la nourriture, de l’eau potable et de l’assistance médicale à des milliers de personnes», a-t-il souligné.

Troisième convoi

«Quelque 600'000 personnes se trouvent toujours dépourvues d’un refuge », a encore indiqué Toni Frisch. Dans les semaines à venir, le Corps suisse d’aide humanitaire prévoit de fournir un abri provisoire à 20 000 Haïtiens et d’approvisionner quelques 100 000 personnes en eau potable.

Lundi, un autre appareil est arrivé en provenance de l’Etat voisin de Saint-Domingue. Il avait été dépêché par la Suisse avec 105 tonnes de vivres, de médicaments et de tentes à son bord. La Direction du développement et de la coopération (DDC) a déjà débloqué 9,2 millions de francs afin de venir en aide aux victimes du séisme à Haïti. Et la population helvétique s’est engagée à verser des dons pour plus de 25 millions de francs, dans le cadre de la campagne nationale lancée la semaine dernière par la Chaîne du Bonheur.

«Ces prochains jours, nous évalueront ensemble, avec les responsables de la Chaîne du Bonheur et les partenaires des organisations non gouvernementales, quelles sont les possibilités d’utiliser ces fonds, a indiqué Toni Frisch avant de conclure: Au niveau suisse, cette opération d’aide d’urgence est sans aucun doute la plus importante mise en œuvre jusqu’à ce jour».

Armando Mombelli, swissinfo.ch
(Traduction de l’italien : Nicole Della Pietra)

Un vrai miracle

Une jeune fille de 16 ans a été retrouvée vivante sous les décombres mercredi à Port-au-Prince, 15 jours après le séisme qui a frappé Haïti.

Complètement déshydratée, elle a été transférée vers l'hôpital de campagne installé dans le lycée
français.

Environ 135 personnes ont été retrouvées vivantes sous les décombres depuis le séisme du 12 janvier.

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Suisse-Haïti

Haïti est l’un des pays les plus pauvres de la planète et son histoire a été marquée par une série de catastrophes naturelles. Sur le plan politique, les dictatures ont succédé aux coups d’Etat ces cinquante dernières années.

La Confédération, par le biais de la Direction du développement et de la coopération (DDC) a intensifié son aide depuis 2004.

En 2006, la DDC a ouvert un bureau à Port-au-Prince, pour mettre en œuvre un programme humanitaire spécial.

L’année dernière, la DDC et le Secrétariat d’Etat à l’Economie (SECO) ont contribué à hauteur de 6,4 millions de francs à soutenir des projets d’aide à Haïti.

Suite au tremblement de terre du 12 janvier, la Suisse a débloqué 9,2 millions de francs. Un montant consacré à des biens de première nécessité, du matériel sanitaire, des médicaments, du matériel de construction de refuges, des tentes, des kits de cuisine et des générateurs d’eau. Le tout a été expédié sur place à bord de deux avions. Trois tonnes de médicaments on par ailleurs été offerts par l’entreprise Novartis et se sont ajoutées aux biens partis avec un second convoi.

Le Corps suisse d’aide humanitaire est actuellement actif en Haïti avec une cinquantaine de personnes. Il s’agit de personnel médical, de spécialistes de l’eau, de l’hygiène, de la coordination et de la logistique. Au cours des prochains jours, le nombre de ces secouristes devrait passer à 60.

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