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Pour en finir avec la prostitution juvénile



Zurich a connu une hausse très importante du nombre de prostituées en provenance des pays de l’Est.

Zurich a connu une hausse très importante du nombre de prostituées en provenance des pays de l’Est.

(Keystone)

La Suisse doit renforcer sa législation pour éviter de devenir une destination pour les amateurs de très jeunes prostituées. Un député a déposé une initiative parlementaire, afin que l’âge légal pour se prostituer soit relevé de 16 à 18 ans.

Dans les pays voisins de la Suisse, l’âge légal pour se prostituer est de 18 ans. Le thème a récemment fait la une des journaux après que trois joueurs de l’équipe française de football – Frank Ribéry, Sidney Govou et Karim Benzema – ont été accusés d’avoir sollicité des relations sexuelles auprès de prostituées n’ayant pas cet âge légal.

Au Pays-Bas, où la ville d’Amsterdam est bien connue pour son industrie du sexe, des parlementaires ont proposé de faire passer l’âge légal de 18 à 21 ans.

L’exception suisse

La Suisse reste donc une exception en Europe. Dans certaines parties du pays, des filles de 16 ans peuvent vendre leurs charmes en toute légalité. Toutefois, l’étendue de cette prostitution juvénile reste peu connue.

Cette situation a cependant ému Luc Barthassat. «La Suisse risque de devenir une destination très importante du tourisme sexuel», estime ce député démocrate-chrétien (centre-droit).

Il accuse le gouvernement de traîner les pieds pour faire ratifier la Convention du Conseil de l’Europe sur la protection des enfants contre l’exploitation et les abus sexuels. Il lui reproche également de permettre un vide législatif. «A l’heure actuelle, nous pouvons protéger un mineur qui est forcé à se prostituer, mais nous ne pouvons pas empêcher un mineur de se prostituer», explique Luc Barthassat.

Initiatives cantonales

Son initiative parlementaire, qui a une portée nationale, fait suite à une série de demandes similaires au niveau local. En effet, en Suisse, la prostitution et la législation qui en règle les modalités relèvent de la compétence des cantons.

Le 1er mai, une nouvelle loi sur la prostitution, dont un des articles interdit de se prostituer en dessous de 18 ans, entrera en vigueur à Genève. Dans ce canton, le nombre de prostituées a presque quadruplé depuis 2004 pour atteindre 2700.

Le 20 avril, le parlement du canton de St-Gall a accepté une disposition similaire. «Il est absurde que des jeunes âgés de moins de 18 ans ne soient pas autorisés à regarder des films pornos, mais qu’ils soient autorisés à y prendre part», relève Jeannette Schlegel, politicienne st-galloise qui a soutenu ce changement.

Enfin, les cantons de Bâle-Ville et de Berne projettent de procéder également à ce relèvement de l’âge légal de la prostitution.

Phénomène caché

Le nombre de prostituées travaillant en Suisse varie considérablement selon les estimations. Il va en effet de 10'604, selon les données officielles de la police, à plus de 25'000 selon l’Association européenne pour la promotion de la santé parmi les travailleurs migrants du sexe (TAMPEP).

On ne sait pas combien d’adolescents se prostituent, mais les experts déclarent être conscients qu’il existe un «phénomène caché».

«Nous ne relevons pas la présence de mineurs qui se prostituent dans le canton de Vaud, car la loi ne les autorise pas dans les salons de massage où nous procédons à des contrôles réguliers, déclare le porte-parole de la police vaudoise Jean-Philippe Sauterel. Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y en a pas en dehors des réseaux officiels. Mais c’est limité.»

Même discours à Genève et à Zurich. «Parler de tourisme sexuel est un peu exagéré. Ce n’est pas un commerce important, mais cela reste sérieux», déclare le porte-parole de la police zurichoise Marco Cortesi.

Malgré le manque de chiffres officiels, Luc Barthassat est convaincu qu’il y a un problème: «il y a eu un reportage de la chaîne de télévision française M6 qui montrait des adolescentes venant de Paris pour travailler comme prostituées dans les grands hôtels de Genève le week-end.»

Ces propos sont confirmés par des professionnels de l’industrie du sexe. «De nombreux clients me demandent des adolescentes les plus jeunes possible et des filles de 16 ans me téléphonent pour vendre leurs charmes», a déclaré dans le quotidien La Tribune de Genève Linda [prénom d’emprunt], responsable d’Essentiel Escorte Service, une agence de prostituées occasionnelles.

«Pour moi, il n’est pas question d’accepter; c’est presque de la pédophilie et ces filles ne sont pas assez mûres. Mais cela prouve que le marché existe», conclut-elle.

Luc Barthassat déclare que des policiers lui ont parlé, mais pas officiellement, de cas de «jeunes filles – ne venant pas de couches défavorisées – qui se prostituaient pour avoir de l’argent ou pour s’acheter un sac à main».

Parlementaires déterminés

Luc Barthassat indique que son initiative parlementaire est soutenue par 40 de ses collègues. Ceux-ci sont déterminés à montrer aux jeunes «que nous ne tolérerons pas de telles pratiques».

«Si le problème n’est pas résolu d’ici la fin 2010, je ferai un pas supplémentaire et je recueillerai des signatures pour lancer une initiative populaire», avertit-il.

Simon Bradley, swissinfo.ch
(Traduction de l’anglais: Olivier Pauchard)

Industrie du sexe

Selon un rapport de la police fédérale datant de 2007, l’industrie du sexe en Suisse génère un chiffre d’affaires de 3,2 milliards de francs par an.

Le nombre de prostituées travaillant à Zurich a augmenté de 20% entre 2003 et 2005. Cette année-là, il y avait 14'000 prostituées enregistrées dans le pays

Le rapport estime par ailleurs qu’entre 1500 et 3000 victimes du trafic d’êtres humains étaient présentes en Suisse en 2005.

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Prostitution

La prostitution est légale en Suisse, mais les prostituées doivent s’enregistrer auprès des autorités. Elles sont soumises à de fréquents contrôles de santé.

Avoir des relations sexuelles avec une personne de moins de 16 ans est punissable d’une peine pouvant aller jusqu’à 5 ans de prison.

Se livrer au trafic d’êtres humains peut coûter jusqu’à 20 ans de prison et forcer quelqu’un à se prostituer jusqu’à 10 ans.

Un permis L a été créé en 1975. Il permet à des femmes étrangères n’ayant pas un contrat de travail de travailler comme danseuses dans des cabarets ou des clubs pendant une durée maximale de huit mois.

En Suisse, la prostitution dans la rue est rare. Elle se pratique plutôt dans des studios spécialisés ou directement au travers de rendez-vous téléphoniques.

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