Enfants ou carrière, le choix difficile des femmes suisses

Dans la famille traditionnelle suisse, la femme reste à la maison pour s'occuper du foyer et des enfants. Un modèle évidemment difficilement compatible avec une carrière professionnelle. © Keystone / Gaetan Bally

Le modèle traditionnel de répartition des tâches familiales, où la mère s'occupe des enfants et le mari travaille à plein temps, pénalise doublement les femmes suisses dans leur carrière professionnelle. Une étude montre qu’il les désavantage non seulement par rapport à leurs collègues masculins, mais aussi par rapport à leurs collègues étrangères.

Ce contenu a été publié le 09 août 2020 - 09:00

En Suisse, les femmes actives dans le secteur privé sont de plus en plus nombreuses. Toutefois, la grande majorité des salariées continuent de jouer un rôle subalterne. Environ 65% de toutes les promotions au sein des entreprises concernent des employés masculins, bien que de nombreuses femmes soient qualifiées.

C’est ce qu’indique le Gender Intelligence Report 2019 (GIR 2019), publié par l'Association suisse des entreprises pour l'avancement de l'égalité des sexes sur le lieu de travail, en collaboration avec le Centre d'expertise sur la diversité et l'inclusion (CCDI) de l'Université de Saint-Gall. Les données de 2018 portant sur 263’000 employés de 55 entreprises comptant entre 100 et 30’000 employés ont été analysées pour cette enquête.

En cherchant les entraves à l'avancement hiérarchique des femmes, les auteurs du rapport ont déterminé que le taux d’occupation plus bas représentait le principal obstacle. De nombreuses femmes âgées de 30 ans et plus ne travaillent qu'à temps partiel, tandis que les hommes ont tendance à continuer à travailler à temps plein. Étant donné que l'emploi à 100% ou légèrement moins est toujours la norme pour les postes de cadres, la plupart des femmes sont exclues de la sélection.

Un héritage du passé qui pèse sur le présent

Le choix d'un emploi à temps partiel est étroitement lié au modèle hérité du passé, selon lequel la femme s'occupe principalement des enfants et des tâches ménagères et l'homme assure le revenu familial avec son activité professionnelle. Ce modèle est encore très répandu en Suisse. En conséquence, la majorité des femmes réduisent drastiquement leur niveau d'emploi – quand elles n'interrompent pas complètement leur travail – à la naissance de leurs enfants.

Selon la présidente de BPW Switzerland (Business and Professional Women), Claudine Esseiva, les jeunes couples ne se posent pas la question – à son avis fondamentale – de savoir comment organiser leur vie quotidienne avant d'avoir des enfants. Ainsi, lorsqu'ils sont confrontés au problème, ils choisissent la voie qui leur semble la moins compliquée. Voici en revanche comment Claudine Esseiva gère son rôle de mère et de cadre.

Une différence surprenante

Les données du GIR 2019 mettent en évidence un autre fait, qui constitue la grande surprise de l'étude: la proportion d’étrangères par rapport au nombre total de femmes salariées augmente à mesure que l'on monte dans la hiérarchie des entreprises. En d'autres termes, les Suissesses perdent du terrain par rapport à leurs collègues étrangères dans la carrière de l'entreprise, comme le montre ce graphique.

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Contrairement aux femmes, la proportion d'hommes étrangers et suisses dans la population active masculine totale reste stable aux trois niveaux: ils représentent respectivement environ 30% et 70%. C'est d'autant plus intrigant que les Suissesses ayant la formation requise pour les postes de cadre ne manquent pas.

Une tradition encombrante

Les chercheurs se sont interrogés sur les causes. Ils ont ainsi constaté que le modèle traditionnel où ce sont les mères qui prennent soin de leurs enfants est encore fortement ancré dans la société suisse.

La mentalité des personnes originaires de nombreux autres pays est différente. «Des femmes d'autres cultures pensent qu'il est normal de faire garder leurs enfants par des tiers», a souligné la professeure Gudrun Sander, responsable de la CCDH, à la télévision alémanique SRF. Par conséquent, contrairement aux Suissesses, elles travaillent plus fréquemment à temps plein et ont donc plus de chances d'accéder à des postes à responsabilité.

Selon les auteurs de l'étude, si les femmes suisses veulent avoir plus de possibilités de promotion elles doivent augmenter leur taux d’occupation. Dans les entreprises qui ont participé à l'enquête, ce taux était en moyenne d'environ 85%. Dans les structures actuelles des entreprises, il faut au moins 5 à 10 points de pourcentage de plus pour les postes de cadre. Quant aux entreprises, le rapport les appelle à des modèles de temps de travail plus flexibles.

swissinfo.ch a demandé à un certain nombre de femmes de différents pays, des mères qui exercent une activité professionnelle en Suisse, quelle était leur vision.

Pour GE Santian, une Chinoise mère de trois enfants, responsable de la gestion des risques dans une banque suisse, il est important d’avoir une «discipline rigoureuse».

L’ingénieure chilienne Lorena Ortega, mère de deux enfants, fait confiance à l’aide de la famille pour pouvoir concilier ses diverses activités.

Pour la Japonaise Miho Habel, qui a lancé la succursale de All Nippon Airways à Genève, la carrière n'aurait pas été non plus possible si sa famille ne lui avait pas donné un coup de main pour s'occuper de son fils.

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