La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

«Sans ma femme, je n’aurais jamais pu faire tout ça»

swissinfo.ch

Arnold Spescha semble capable d’en faire plus en une journée que la plupart des gens en une semaine. A 72 ans, ses enthousiasmes sont intacts, qu’il s’agisse d’enseignement, de musique, de littérature ou du romanche, sa langue maternelle.

Intarissable, communicateur né, il a beaucoup d’histoires à raconter, sur son enfance dans le village de Pigniu, aux Grisons – quelque 85 âmes à l’époque -, sur sa longue carrière d’enseignant, sur son engagement dans la musique, sur les livres qu’il a écrits…

«Mais je dois vous dire que je n’aurais jamais fait tout ça sans ma femme. C’est elle qui a fait tout le reste. Elle s’est occupée des enfants, elle est restée à la maison et a fait tourner la boutique. C’est cela qui m’a donné le temps et la liberté pour faire ce que j’ai fait», insiste-t-il.

Prolifique

De ses passions, il ne voudra pas – ou peut-être ne peut-il pas – dire laquelle compte le plus pour lui.

Peut-être la musique? Il est issu d’une famille de musiciens; son père a été l’organiste de l’église du village pendant plus de 60 ans. Pendant ses années d’université à Zurich, il a aussi suivi les cours du conservatoire de musique. Il a dirigé plusieurs chœurs et orchestres, y compris la fanfare de la ville de Coire. Il a également été membre de jurys dans des compétitions musicales et a écrit des articles et des livres sur la musique.

Beethoven occupe une place spéciale dans son cœur. Quand il était étudiant, il a écrit une dissertation sur les approches de la cinquième symphonie adoptées par quatre chefs d’orchestre différents. Et il a trouvé le sujet si fascinant qu’il n’a depuis pas cessé de collectionner les enregistrements de cette œuvre. Aujourd’hui, il en possède plus de 200.

Mais il est aussi un auteur prolifique. Quand on lui demande combien de livres et d’articles il a écrit, il n’a pas le chiffre en tête. Certains de ces textes parlent de musique, d’autres de langage. Les autorités cantonales lui avaient commandé une grammaire de référence du sursilvan, un des cinq idiomes de la langue romanche. Il l’a publié en 1989, après presque quatre ans de travail. «Je ne savais pas à l’avance ce que cela représentait. Si j’avais su, je n’aurais peut-être pas accepté», raconte-t-il en riant.

En fait, tous ceux qui s’intéressent au sursilvan peuvent se réjouir que l’auteur n’ait pas su à quoi il consentait: son ouvrage est une mine d’informations et un chef d’œuvre de clarté.

Mais le travail littéraire le plus notoire d’Arnold Spescha, c’est son recueil de poésie Ei dat ils muments da pass lev (Les temps des pas légers), publié en 2007. Chaque poème commence avec un thème musical et l’applique à l’expérience humaine. Les textes sont en romanche, avec traduction en allemand.

Et puis, il y a ses journaux intimes, pas destinés à la publication. Il les tient quotidiennement depuis la fin des années 60. Il en est au volume 92. Événements, réflexions, photos, mémentos…   

Passions

Arnold Spescha a débuté sa vie professionnelle comme enseignant dans les écoles de village. L’enseignement est une autre de ses passions. «Je le referais volontiers, même aujourd’hui. Les enfants d’aujourd’hui sont un petit peu différents, mais pas pires que nous ne l’étions».

Après deux ans d’enseignement primaire, il est entré à l’université, qu’il a terminée avec un doctorat en linguistique des langues latines (français, italien et romanche). De 1969 à sa retraite en 2004, il a enseigné au lycée cantonal de Coire, établissement dont il fut également le directeur adjoint durant les huit dernières années.

Parallèlement à cela, il a aussi enseigné pendant 12 ans la langue et la littérature romanches aux université de Fribourg et de Zurich.

Pour lui, les qualités principales d’un enseignant sont «une manière de se comporter décemment vis-à-vis des élèves, d’être juste, de bien préparer ses leçons et de travailler dur. Et bien sûr, il faut avant tout aimer les jeunes».

La vie de village

L’enseignement, il l’a dans le sang. Son père était le maître d’école du village de Pigniu, sa mère enseignait l’économie domestique aux filles. Une seule salle de classe pour neuf niveaux.

La vie était différente alors. On allait à l’école de mi-octobre à mi-avril et le reste de l’année était réservé aux travaux de la ferme. Chacun avait sa propre tâche. Certains emmenaient les bêtes aux pâturages de montagne; Arnold surveillait celles qui restaient relativement près du village.

Pigniu est à environ 600 mètres d’altitude, au-dessus de la vallée du Rhin, à six kilomètres de la gare la plus proche. A l’époque, il n’y avait pas de route asphaltée. Quand à 13 ans, le garçon est passé à l’école secondaire d’Ilanz, dans la vallée, il rentrait chez lui le week-end à pied.

«C’était comme ça», raconte Arnold Spescha avec un sourire.

«Pas trop vantard?»

Dans son bureau à Coire – où les rayonnages de livres sur chaque mur montent jusqu’au plafond -, il désigne les boîtes de documents sur l’histoire de Pigniu que son père a réunis et qu’il est en train de trier.

Son grand projet actuel est un livre sur le général russe Alexandre Souvorov qui mena ses troupes dans une folle expédition à travers les Alpes durant les guerres napoléoniennes. Son armée franchit le col de Panix tout proche et Souvorov passa la nuit à Pigniu, dormant dans la maison même qui serait plus tard celle de l’enfance d’Arnold Spescha.

Aujourd’hui, lui et sa femme vivent à Coire depuis 40 ans mais passent leurs étés au village. Et quand ils parlent d’aller à Pigniu, ils disent encore «aller à la maison».

Et tandis que la conversation touche à sa fin, Arnold s’inquiète tout d’un coup. «J’espère ne pas avoir été trop vantard». Puis il répète: «N’oubliez pas de dire que si ma femme ne m’avait pas laissé les mains libres, je n’aurais pas pu faire la moitié de ce que j’ai fait».

Né en 1941 dans le village de Pigniu, dans la partie romanche des Grisons, il est le cadet de six enfants. Après l’école primaire à Pigniu et secondaire à Ilanz, il suit une formation pédagogique à Coire, capitale cantonale. De 1962 à 1964, il enseigne dans deux villages des Grisons, d’abord Sevgein, puis Arosa.

En 1964, il se lance dans des études de langues et de littérature latines (français, italien, romanche) à l’université de Zurich. Il poursuit son cursus à Aix-en-Provence (France) et à Pérouse (Italie) pour terminer avec un doctorat en 1972. Durant la même période, il étudie la musique au conservatoire de Zurich et il dirige le chœur universitaire romanche, ainsi qu’une fanfare.

De 1969 à sa retraite en 2004, il enseigne au lycée de Coire, dont il est aussi directeur adjoint depuis 1996. De 1982 à 1994, il enseigne également la langue et la littérature romanches aux université de Fribourg et de Zurich. Il compile une grammaire du sursilvan, sa langue maternelle, un des idiomes écrits du romanche, ainsi qu’un vocabulaire de base, publiés respectivement en 1989 et 1994.

Ses activités musicales comprennent la direction de la fanfare de la ville de Coire de 1970 à 1982 et la participation à plusieurs associations de musique locales et nationales. Il a également été juré lors de plusieurs concours et chroniqueur musical pour la presse écrite et la radio.

Il est aussi auteur de recueils de poésie et de nouvelles. En 2012, il assiste à un réunion poétique en Lituanie, pays où certains de ses poèmes ont été traduits. Chroniqueur également sur des sujets touchant à la langue et à l’histoire, il a reçu en 2007 le Prix culturel du canton des Grisons.

Arnold Spescha et sa femme Elisabeth ont deux fils, une fille et une petite-fille.

(Traduction de l’anglais: Marc-André Miserez)

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision