Les avalanches favorisent la biodiversité
La fréquence des avalanches augmente la biodiversité de la montagne. Autre surprise, la surface des forêts de montagne a augmenté de 30 %.
Tels sont les résultats des recherches de l’Institut fédéral pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF) à Davos.
L’auteur de l’étude, Sibyl Brugger, a relevé en moyenne vingt espèces différentes au centre des couloirs, contre dix aux abords. Cela signifie qu’elle a trouvé deux fois plus d’espèces végétales dans les couloirs d’avalanche que dans les forêts adjacentes.
La géobotaniste a également découvert que la biodiversité augmentait avec la fréquence des avalanches. Dans les couloirs où les avalanches sont annuelles, le nombre d’espèces a même triplé.
«Je voulais aussi montrer l’effet positif des avalanches pour la nature, explique Sibyl Brugger, car on ne perçoit généralement que leur action dévastatrice.»
Selon l’auteur de l’étude, les avalanches créent des niches spécifiques qui favorisent la survie de diverses associations végétales. Les grands arbres sont renversés ce qui entraîne une meilleure pénétration de la lumière et permet à de nombreuses espèces de s’installer.
Pas de plantes typiques
Les petites plantes – plus flexibles – résistent mieux aux avalanches. De plus, la neige qui les recouvre les protège contre le gel. Mais il n’existe pas de «plantes d’avalanches» typiques.
Dans les couloirs, Sibyl Brugger a principalement recensé des espèces persistantes et très résistantes. Mais leur nombre varie considérablement en fonction de l’emplacement et de l’exposition au soleil notamment.
Sur les 83 sites étudiés dans la vallée de Dischma, près de Davos, la géobotaniste a recensé au total 129 espèces au centre des couloirs, contre 62 dans les forêts de mélèzes et d’épicéas environnantes. Au total, elle a relevé 141 espèces.
Selon Sibyl Brugger, le réchauffement climatique n’a pas eu d’influence notable sur la fréquence des avalanches durant les cent dernières années.
La végétation alpine y est cependant très sensible. Le réchauffement permet à de nombreuses plantes de coloniser les régions montagneuses, tandis que les espèces spécialisées pour survivre dans des conditions extrêmes sont repoussées en altitude.
L’évolution des forêts
Les forêts de montagne ont également évolué à cause d’interventions humaines. Au cours des cent dernières années, leur surface a augmenté de 30 %, a constaté Peter Bebi, un autre chercheur du SLF.
Cette tendance est principalement due à l’abandon des surfaces agricoles en altitude mais aussi à des mesures de reforestation.
Depuis quelques décennies, la forêt a même réussi à coloniser les pentes raides. Au point que sa fonction protectrice contre les avalanches a considérablement augmenté.
Des comparaisons de photographies aériennes ont montré que les forêts sont également devenues beaucoup plus denses qu’auparavant.
L’abandon de la pratique du pâturage du bétail dans les bois a créé des conditions particulièrement favorables à la croissance des jeunes pousses.
En compétition pour la lumière, ces arbres ont rapidement grandi en hauteur, mais leurs troncs sont restés plus minces.
La neige et les bostryches
Certes les forêts denses confèrent une meilleure protection contre les avalanches. Mais, si elles sont par trop uniformes, elles sont davantage sensibles aux cassures dues à la neige et aux bostryches.
Les suivis réalisés par l’institut de Davos suite à l’ouragan «Vivian» – qui a fait d’importants ravages dans les forêts alpines en 1990 – indiquent que les arbres renversés offrent également une certaine protection contre les avalanches.
Protection dont l’efficacité pourrait diminuer avec le temps, à cause de la décomposition des troncs.
Les chercheurs préconisent donc de ne les déblayer que dans les zones habitées à risque, car les coûts des travaux et de la reforestation sont importants.
Il faut compter entre 50 et 100 ans pour la régénération naturelle d’une forêt protectrice. D’ici là, des palissades en bois de châtaignier, qui résistent une trentaine d’années à la décomposition, offrent une bonne protection.
swissinfo et les agences
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