Swissair au régime Crossair

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Plus que jamais en danger depuis les événements survenus aux Etats-Unis, le groupe aérien suisse accélère sa restructuration. Swissair va fusionner avec Crossair et tenter d'appliquer la recette de sa petite soeur bâloise: maintenir la qualité de ses services, tout en réduisant ses coûts. Des milliers d'emplois vont passer à la trappe.

Ce contenu a été publié le 24 septembre 2001 - 17:01

L'aviation commerciale, en Suisse, n'aura désormais plus le même visage. Swissair, la compagnie nationale, et Crossair, numéro un du trafic régional en Europe, vont fusionner. Les deux marques subsisteront.

Mais l'ensemble s'appellera désormais Swiss Air Lines. Et il aura à sa tête André Dosé, président de Crossair (détenu à 67% par Swissair Group) depuis le mois de février.

Le plan est radical. Ces trois prochaines années, les vols court-courriers des deux compagnies seront regroupés, de même que les ventes, la direction et le marketing. De plus, le réseau va devoir mincir. Ainsi, rien que pour les long-courriers, le groupe prévoit une diminution de 25% de sa flotte.

3000 emplois en moins chez Gate Gourmet

Il y aura évidemment des suppressions d'emplois. Mais Swissair Group ne veut articuler aucun chiffre avant d'avoir consulté les partenaires sociaux. Des coupes qui viendront s'ajouter aux 1250 postes supprimés cet été.

Première victime: Gate Gourmet, la filiale de restauration du groupe, touchée de plein fouet par l'impact économique des attentats du 11 septembre. Elle va supprimer au moins 10% de ses 30 000 employés, surtout aux Etats-Unis.

Le modèle Crossair

Mais, pour le personnel, les soucis ne s'arrêteront vraisemblablement pas là. C'est désormais le modèle Crossair qui fera loi: «offrir un produit de qualité supérieure tout en appliquant une structure de coûts sensiblement inférieure à celle de Swissair».

Et c'est un bon choix, commente le journaliste Sepp Moser. «Crossair est la seule compagnie aérienne suisse à avoir une structure de coûts compétitive», explique ce spécialiste de l'aviation. Au contraire de Swissair. «Prenez la liaison avec Pékin, poursuit Sepp Moser. Pour 100 francs dépensés, Swissair ne gagne que 60 francs. Cela ne peut ne peut pas durer longtemps.»

La Bourse a également bien réagi aux mesures annoncées lundi, puisque le titre Swissair Group a terminé la séance à 52,5 francs, en hausse de 11,7%.

Pression sur les salaires

Mais qui dit réduction des coûts, dit pression sur les rémunérations. «Les salaires, surtout ceux des pilotes, sont plus élevés chez Swissair que chez Crossair, analyse Thomas Della Casa, de la Deutsche Bank. On va assister à une baisse des salaires des pilotes, mais aussi du personnel de cabine de Swissair.»

Du reste, ces mesures sont loin d'être suffisantes pour assurer l'avenir du groupe aérien. «La question cruciale, maintenant, c'est comment on va parvenir à réinjecter de l'argent dans la compagnie», relève Thomas Della Casa. Un besoin en capital estimé entre 2 et 3 milliards de francs par le grand patron Mario Corti.

Une taille raisonnable

Depuis ce week-end un groupe de travail, emmené par l'ancien conseiller national zurichois Ulrich Bremi est déjà à l'œuvre. Les représentants de l'économie, de la Confédération et de Swissair doivent ainsi ficeler d'ici au 10 octobre un plan de recapitalisation du groupe, qui est actuellement hyper endetté. C'est ainsi une sorte d'union sacrée qui se forme pour sauver la compagnie.

«Chaque fois que Swissair a été en difficulté, comme dans les années cinquante, l'opinion publique s'est prise au jeu et nous a soutenus», note Jean-Claude Donzel, porte-parole du groupe. Mais c'est aussi un retour sur terre.

«Les rêves d'omnipotence sont terminés, rappelle Sepp Moser. Swissair va rétrécir, pour atteindre une taille raisonnable, celle d'une compagnie européenne moyenne.»

Pierre Gobet, Zurich

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