Malgré les critiques, l’app SwissCovid obtient la bénédiction du Parlement

L'app SwissCovid, un moyen supplémentaire pour suivre à la trace la diffusion du coronavirus. Keystone / Laurent Gillieron
Ce contenu a été publié le 09 juin 2020 - 16:16

La Suisse sera l’un des premiers pays européens à introduire, d’ici la fin juin, une application pour smartphones permettant de tracer les contacts étroits avec des personnes atteintes du coronavirus. Le Parlement a approuvé la base juridique de l’application SwissCovid, qui vise à protéger la sphère privée des utilisateurs.

L’épidémie de coronavirus a été maîtrisée avec succès en quelques mois en Suisse: aujourd’hui, on compte entre une dizaine et une vingtaine d’infections confirmées par jour, contre plus d’un millier en mars. Toutefois, la suppression progressive des mesures de confinement et la réouverture prochaine des frontières pourraient entraîner une nouvelle propagation du virus.

L’application SwissCovid pourrait être un outil important pour réduire les risques d’une deuxième vague de SRAS-CoV-2: en réduisant le nombre de cas d’infection, les chaînes de transmission peuvent être reconstruites plus facilement et les infections ultérieures peuvent être réduites. Après la Chambre des cantons, la Chambre du peuple a également approuvé à une écrasante majorité la base juridique pour l’introduction de la nouvelle application d’ici la fin juin. La législation règle plusieurs questions en suspens, à commencer par la protection des données et de la sphère privée.

Comment sera utilisée la nouvelle app?

SwissCovid devrait servir de complément au traçage «classique» des contagions. Aujourd’hui déjà, lorsqu’un nouveau cas est signalé, les autorités cantonales appellent la personne infectée pour reconstituer ses contacts récents. Les personnes en question sont alors averties de la possibilité d’infection et il leur est demandé de rester isolées ou de consulter un médecin en cas de symptômes.

L’utilisation de l’application est volontaire. Elle permettra de signaler rapidement la possibilité d’infection à tous les utilisateurs qui se sont trouvés pendant au moins 15 minutes au cours d’une journée à une distance inférieure à 2 mètres d’une personne infectée. Les utilisateurs avertis pourront alors contacter la ligne d’assistance téléphonique indiquée dans l’application pour savoir comment procéder, afin d’éviter de transmettre le virus et de se soigner.

L’application offre un avantage supplémentaire, a noté le ministre de la Santé, Alain Berset, lors du débat: «Elle permet d’avertir les utilisateurs même lorsqu’ils ont été en contact avec des personnes infectées qu’ils ne connaissent pas. Par exemple, une personne qui a été proche d’eux dans les transports publics ou dans un restaurant. Il s’agit donc d’un véritable complément à la méthode classique et non d’un substitut à celle-ci».

Comment fonctionne SwissCovid?

L’application – qui peut être téléchargée gratuitement sur la plupart des smartphones (Android et iPhone) – utilise la technologie Bluetooth pour détecter la présence à proximité d’autres utilisateurs qui ont installé l’application sur leur téléphone. Ce système est capable d’enregistrer à la fois la distance et la durée des contacts de proximité. Mais il est évident que l’application ne peut pas détecter si les personnes portent un masque ou sont séparées par un objet de sécurité (par exemple une paroi en plexiglas).

Lorsqu’une personne est testée positive au coronavirus, elle est contactée par le service médical cantonal pour savoir si elle utilise SwissCovid. Si tel est le cas, elle reçoit un code d’activation, avec lequel elle peut informer de manière anonyme et volontaire les autres utilisateurs qui ont été en contact étroit avec elle pendant la période d’infection. Ces derniers ne sauront donc pas qui a activé l’information; ils seront seulement informés du jour où la contagion potentielle s’est produite (mais pas de l’heure ni du lieu).

L’application a été développée par l’Office fédéral de l’informatique et des télécommunications (OFIT), les écoles polytechniques fédérales de Zurich et Lausanne et la société suisse Ubique. SwissCovid n’est cependant pas entièrement suisse: l’application utilise les interfaces d’Apple et de Google qui permettent d’estimer plus précisément la distance entre deux smartphones et de réduire la consommation d’énergie Bluetooth. Pour gérer le volume élevé de contacts, on utilise les serveurs des centres de données fédéraux ainsi que les services Web d’Amazon en Allemagne.

Et la protection des données?

Les données collectées par l’application ne contiennent aucune information sur l’identité des utilisateurs ni sur leur localisation géographique ou le téléphone portable utilisé. Ce système Bluetooth permet uniquement de déterminer si un téléphone portable est proche d’un autre. En cas de contact de proximité, les téléphones mobiles n’échangent avec l’application qu’un code crypté, qui est stocké localement sur les smartphones et automatiquement supprimé après 21 jours.

«Cela me fait plutôt penser à George Orwell et à 1984, ce qui m’effraie un peu»

Thomas de Courten, député de l’Union démocratique du centre (UDC)

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Gouvernement et Parlement ont souligné que les informations ne sont pas stockées de manière centralisée, mais uniquement dans la mémoire des appareils mobiles, ce qui permet de prévenir les risques liés à la protection des données personnelles et de la vie privée. Le Préposé fédéral à la protection des données, qui surveillera également le système, et la Commission nationale d’éthique ont participé au développement de l’application.

Lors du débat à la Chambre du peuple, plusieurs députés ont salué la solution proposée par le gouvernement, mais ont souligné que ce nouveau système étatique de surveillance des cas de coronavirus ne doit en aucun cas ouvrir la voie à l’introduction de systèmes de surveillance des citoyens.

«Le Parlement se prépare à jeter les bases juridiques de la mise en place d’un système d’information géré par l’État qui enregistrera les déplacements, les lieux, la durée de séjour et les rencontres dans la vie sociale. Cela me fait plutôt penser à George Orwell et à 1984, ce qui m’effraie un peu», a déclaré Thomas de Courten, député de l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice).

Alain Berset a tenu à rassurer le Parlement en rappelant notamment le caractère volontaire de cette application, que le gouvernement souhaite garantir par l’introduction d’une norme pénale spéciale. Personne ne pourra être discriminé par les autorités, les employeurs ou les particuliers parce qu’il ne veut pas utiliser l’application, tout comme ceux qui l’ont installée ne pourront pas être désavantagés.

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