La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

Au Kosovo, l’eau doit profiter à tout le monde

Faton Frangu, directeur de l'usine hydraulique de Ferizaj. swissinfo.ch

Approvisionner des milliers de familles en eau potable et contribuer à une cohabitation pacifique entre la communauté albanaise et les minorités, c'est une des priorités de la coopération suisse au Kosovo. Reportage.

Le directeur de l’usine hydraulique de Ferizaj, à l’ouest de Pristina, en est convaincu: «l’eau qui sort de nos installations est la meilleure des Balkans».

Pour illustrer ses propos, Faton Frangu nous montre les photos prises avant et après l’intervention helvétique. Les anciennes canalisations rouillées, construites dans les années 60, ont été remplacées par des structures modernes. Les fuites à l’intérieur du système d’épuration ne sont désormais plus qu’un lointain souvenir.

«Il y a quelques années, l’approvisionnement en eau constituait un problème majeur: nous étions dans l’impossibilité d’offrir des garanties de qualité pour l’eau que nous fournissions à la ville, se souvient-il. Mais à l’inverse, aujourd’hui, nous disposons des instruments nécessaires pour analyser tous les paramètres et offrir un produit sûr».

Pas sur mon terrain

La mise en oeuvre de ce projet, financé par la Confédération (10 millions de francs ont été versés par le Secrétariat d’Etat à l’économie) n’a pas été facile. Parmi les nombreux obstacles survenus dès le début et au cours des travaux, certains sont d’ordre culturel. «Une famille refusait que les nouvelles canalisations soient aménagées à côté des anciennes déjà présentes dans leur terrain», raconte Tiziano Balmelli, chef suppléant de l’ambassade suisse au Kosovo.

«Comme il s’agissait des parents d’un combattant albanais, tué durant le conflit avec l’armée serbe, et donc considéré comme un martyr, la municipalité hésitait à leur appliquer la loi. En échange, les autorités locales nous avaient proposé un nouveau tracé, plus long et plus coûteux, qui traversait la propriété de trois voisins», ajoute le diplomate.

Une proposition jugée inacceptable par la coopération suisse, pour qui le respect des lois et l’utilisation rationnelle et efficace des ressources financières sont incontournables. «Nous n’avons pas cédé et grâce à l’intervention du gouvernement central, la situation s’est finalement débloquée. Et désormais, des dizaines de milliers de personne peuvent bénéficier d’eau propre», souligne encore Tiziano Balmelli.

Bagnoles rutilantes

Grâce à l’assainissement des installations de Ferijaz et à l’extension du réseau de distribution, chaque habitant de la zone pourra bénéficier de 150 litres d’eau propre chaque jour. Soit plus du double de la ration quotidienne attribuée avant l’intervention.

«Malgré tout, observe Faton Frangu, les pertes d’eau dans les villes restent élevées. Plus de la moitié des volumes fournis n’arrive pas à destination des usagers. A certains endroits, les canalisations n’ont pas encore été rénovées. Et de nombreuses conduites illégales soustraient de l’eau au réseau».

Mais la pénurie n’empêche pas les gens de faire laver leur voiture. C’est une des activités économiques les plus répandues dans le pays. Selon certaines estimations, 5% des entreprises kosovares seraient des auto larje. Question de statut social: ici, les autos doivent toujours être étincelantes.

«C’est une habitude insensée. Mais elle n’est pas propre au Kosovo, elle est répandue un peu partout ailleurs dans les Balkans», relève le vice-directeur de l’Office de la coopération suisse à Pristina, Mirko Manzoni. «Malheureusement, les autorités ne tentent toujours rien pour endiguer le phénomène. De notre côté, nous menons des programmes de sensibilisation auprès des écoles et des familles».

La paix par l’eau

Elément essentiel d’un développement socio-économique durable, l’eau sert aussi d’instrument d’apaisement des tensions ancestrales. «Dans les zones rurales, où le 90% des villages n’a pas accès à l’eau potable, notre action est basée sur le dialogue et la conciliation», souligne encore Mirko Manzoni.

Conviées ensemble à la même table pour discuter du projet, les diverses communautés (albanaise, serbe et rom, notamment), sont incitées à élaborer des solutions communes.

«A travers ces rencontres et ces échanges, nous sommes parvenus à rapprocher les parties et à instaurer un climat de confiance entre elles», explique Astrit Vokshi, responsable de l’organisation non gouvernementale CDI (Community Development Initiatives), partenaire locale de la Direction suisse pour le développement et la coopération.

«Au début, les représentants des minorités refusaient de dialoguer avec les Albanais, par crainte de passer pour des traîtres. Nous sommes néanmoins parvenus à leur faire comprendre que l’eau ne doit pas être considérée comme un facteur de nature politique, mais bel et bien comme un élément qui doit profiter à tout le monde».

«Le 10% de nos collaborateurs sont des ressortissants de la minorité rom», précise encore fièrement le directeur de l’établissement de Ferizaj, avant de lever son verre – d’eau naturellement – en signe d’amitié.

swissinfo, Luigi Jorio, de retour de Ferizaj
(Traduction de l’italien: Nicole Della Pietra)

Lors de la conférence des donateurs de la mi-juillet, la communauté internationale a promis de débloquer un montant global de 1,2 milliard d’euros (presque 2 milliards de francs) pour le Kosovo.

Plus de 500 millions d’euros viendront de la Commission européenne et 250 millions des Etats-Unis. Avec une contribution de 76,8 millions de francs pour la période 2008-2011, la Suisse compte parmi les plus importants bailleurs de fonds du Kosovo. En Europe, seules l’Allemagne et la Norvège sont plus généreuses que la Confédération.

Berne a cependant assorti son engagement financier de conditions bien précises: l’utilisation des fonds doit être soumise à un contrôle très strict et les autorités sont appelées à s’engager dans la mise œuvre des réformes, en particulier dans les domaines qui touchent le respect des minorités.

Le Kosovo est le pays qui bénéficie de l’aide financière internationale par habitant, la plus importante au monde. Depuis la fin de la guerre de 1998-1999, les dons ont atteint les 2,5 milliards d’euros.

swissinfo.ch

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision