Corruption au Kremlin: côté suisse, l’affaire entre dans une phase cruciale
L’enquête pour blanchiment menée à Genève contre des membres de l’ancienne administration présidentielle russe, et notamment Pavel Borodine, pourrait déboucher ces tout prochains jours sur des inculpations.
«Toute une série de mesures seront prises d’ici fin mai début juin», confirme Daniel Devaud en charge du dossier. Le juge genevois doit en effet annoncer incessamment aux diverses parties concernées, dont les sociétés Mabetex et Mercata, les premiers résultats de sa procédure. A ce jour, personne n’est inculpé. Mais la situation devrait changer, car Daniel Devaud semble disposer de plusieurs preuves.
La justice suisse s’intéresse notamment à deux contrats de 500 millions de dollars obtenus par la société luganaise Mercata Trading, une filiale de la Mabetex. Cette entreprise figure au coeur du scandale qui secoue la Russie. Elle aurait versé des pots-de-vin à plusieurs proches de l’ancien président Boris Eltsine pour obtenir le marché de la rénovation du Kremlin.
La justice genevoise a suivi la piste de quelque 60 millions de dollars de commissions qui auraient été versés par Mercata à une vingtaine de membres de l’administration présidentielle russe. En première ligne figure Pavel Borodine. La justice genevoise a d’ailleurs lancé fin décembre un mandat d’amener à diffusion internationale pour blanchiment d’argent contre cet ex-intendant du Kremlin et proche de Boris Eltsine. «Si j’ai entrepris cette démarche, c’est que je disposais de charges suffisantes», explique Daniel Devaud.
En Russie, l’affaire continue de faire la une des médias. Preuve que le dossier est sensible: informations et désinformations se succèdent. Dans son édition de vendredi, le quotidien économique Kommersant rapporte que le juge suisse n’a pas l’intention d’inculper l’ancien président Boris Eltsine. En revanche, toujours selon le même journal, Daniel Devaud aurait lancé: «Il me faut Pavel Borodine et certains autres.»
A Genève, le magistrat dément catégoriquement avoir accordé une interview à Kommersant et réfute de tels propos.
Luigino Canal
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