Des micros espions à l’ONU à Genève
Les lambris d’un salon des Nations Unies à Genève dissimulaient un système sophistiqué d’écoutes clandestines. Posé par qui? Mystère.
Fabriquée vraisemblablement en Europe de l’Est, cette installation ne date guère de plus de trois ou quatre ans.
C’est la Télévision suisse romande (TSR) qui a révélé l’information jeudi dans son «19:30», édition principale du journal du soir. Cet automne, des ouvriers chargés de travaux de rénovation ont découvert dans une boisierie du Salon Français du Palais des Nations une installation sophistiquée d’écoutes clandestines.
Marie Heuzé, porte-parole de l’ONU à Genève, s’est bornée à confirmer l’information, ajoutant que «l’enquête n’avait pas permis de déterminer quand cet appareil avait été installé ni par qui».
Du matériel qui vient de l’Est
Sur la base des photos de l’installation, un expert consulté par la TSR estime que ce matériel est de conception russe ou d’Europe orientale. Sa taille semble en outre indiquer qu’il a été fabriqué il y a trois ou quatre ans.
L’expert refuse cependant de désigner d’entrée les services secrets russes. «Dans le monde de l’espionnage, on se fournit souvent en matériel chez le voisin, pour brouiller les pistes», souligne-t-il.
Egalement interrogé par la TSR, Jacques Baud, auteur d’une encyclopédie des services de renseignement, souligne que «c’est la première fois depuis la Guerre froide qu’il y a une preuve d’une installation d’un tel système à l’ONU».
Pas de grands secrets
Le Salon Français est une des plus belles salles du Palais des Nations. C’est notamment là que se tient chaque mercredi la vidéo conférence directoriale entre Genève et New York.
«Ce n’est pas une pièce qui sert aux négociations, mais une pièce prestigieuse qui présente un intérêt historique et qui est mise à la disposition des chefs de délégation», souligne Marie Heuzé.
Ainsi, à la suite d’une rencontre des ministres des Affaires étrangères des Etats-Unis, de Russie, de Chine, de Grande-Bretagne et de France au sujet de l’Irak en septembre 2003, une délégation, probablement celle de la France, aurait utilisé cette pièce.
«Avant les votes du Conseil de sécurité, les délégations mettent au point leurs tactiques pour rallier d’autres pays à leur cause, explique Jacques Baud. Ce ne sont pas forcément des choses très secrètes, mais certains peuvent avoir intérêt à écouter ce que prépare l’adversaire».
Demande de levée de l’immunité diplomatique
La Suisse a demandé la levée de l’immunité diplomatique pour pouvoir lancer une enquête de police judiciaire, a annoncé le Ministère public de la Confédération.
Le Ministère public de la Confédération (MPC) a appris l’existence de cette affaire par les médias jeudi soir, a indiqué son porte-parole Peter Lehmann.
Les autorités suisses n’avaient pas été contactées auparavant par l’ONU sur la découverte d’un système d’écoutes au Palais des Nations.
«Il existe une possibilité d’infraction à l’article 271 du code pénal suisse», a déclaré M. Lehmann. Cet article porte sur des «actes exécutés sans droit par un Etat étranger», a-t-il précisé.
«Nous n’avons actuellement pas les éléments pour savoir si cet article a été violé. Il faut d’abord que l’immunité soit levée pour que nous puissions enquêter», a déclaré le porte-parole du MPC.
La demande de lever l’immunité a été transmise au directeur général de l’ONU à Genève, Sergei Ordzhonikidze.
L’ONU n’a pas encore répondu à cette demande
«Il faut savoir si les intérêts d’une poursuite pénale sont supérieurs aux intérêts de l’ONU. Si nous n’avons pas accès aux bâtiments et au personnel, la Suisse ne peut rien faire», a déclaré M. Lehmann.
Le MPC n’a pas connaissance d’autres affaires similaires à Genève. Les démarches sont faites par l’intermédiaire de la Mission suisse auprès de l’ONU.
La porte-parole de l’ONU à Genève Marie Heuzé a confirmé qu’une demande de la Suisse a été reçue par l’ONU.
Elle a précisé que les aspects juridiques de cette question sont «complexes» et que la réponse de l’ONU ne viendrait pas dans l’immédiat.
swissinfo et les agences
– Au mois de février, un ancien ministre du cabinet de Tony Blair a révélé qu’avant le début de la guerre en Irak, le secrétaire général des Nations Unies avait été espionné par des agents britanniques.
– Récemment, le Washington Post a accusé les services secrets américains d’avoir intercepté des conversations téléphoniques entre Mohamed El Baradei, patron de l’Agence internationale sur l’énergie atomique des Nations Unies, et des diplomates iraniens.
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