Dilemme pour la DDC: comment éliminer l’arsenic des puits du Bangladesh
La Suisse avait jadis aidé à forer des puits au Bangladesh, mais ces réserves d’eau sont contaminées par l’arsenic naturel. Depuis deux ans, elle soutient le travail des chercheurs. Les problèmes sont complexes et les bonnes réponses font encore défaut.
La Suisse avait jadis aidé à forer des puits au Bangladesh, mais ces réserves d’eau sont contaminées par l’arsenic naturel. Depuis deux ans, elle soutient le travail des chercheurs. Les problèmes sont complexes et les bonnes réponses font encore défaut.
Au Bangladesh, dès le milieu des années 70, la Coopération suisse (DDC) avait largement soutenu des programmes d’assainissement rural et d’approvisionnement en eau potable, dont l’UNICEF, entre autres, s’était fait l’ardent promoteur. Il était urgent, à l’époque, d’enrayer la mortalité infantile due aux diarrhées, elles-mêmes provoquées par la consommation d’eau souillée provenant des rivières ou des marais.
Les meilleures intentions sont parfois contrecarrées par de calamiteux imprévus: cette vaste campagne de forage de quatre à cinq millions de puits, a priori bénéfique, a exposé les populations rurales à un problème de santé inattendu. Le liquide, capté dans les profondeurs du sol et parfaitement pur d’apparence, a peu à peu révélé une forte teneur en arsenic. C’est un composant naturel de la croûte terrestre, on en trouve parfois des traces dans l’eau qui s’écoule le long de certaines roches. Mais au Bangladesh, la quantité de ce poison détecté après coup dans les puits est telle que c’en est devenu un problème de santé général et prioritaire: plusieurs centaines de cas d’intoxication ont été clairement identifiés et une trentaine de cas mortels ont été recensés au cours des dernières années. L’exposition chronique à l’arsenic engendre le plus souvent des lésions cutanées; à la longue, elle peut aussi entraîner des cancers de la peau.
La Suisse, en 1998, avait mis fin à son programme d’approvisionnement en eau. Mais, informée de ces inquiétants constats sanitaires, elle est revenue sur sa décision et décidé la même année de participer au financement des recherches lancées par le gouvernement du Bangladesh et par la Banque mondiale pour contrer les risques d’empoisonnements massifs. Il a fallu d’abord contrôler toutes les pompes, creuser des puits là où les zones n’étaient pas contaminées et mener des tests sur les eaux de pluie. Les experts sont toujours en quête de techniques simples et bon marché.
Pour le moment les résultats ne sont pas vraiment satisfaisants et les solutions préconisées restent d’un coût élevé. Et la DDC doit bien assumer ses dilemmes: «vu qu’on n’a pas encore trouvé de véritable alternative, il faut continuer de creuser des puits, sinon les gens recommenceront à boire l’eau de surface et le nombre de décès dus aux bactéries remontera en flèche».
Bernard Weissbrodt
En conformité avec les normes du JTI
Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative
Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !
Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.