Incertitude pour les survivants de Srebrenica réfugiés en Suisse
A l’heure du procès au TPI de Radislav Krstic, l'un des commandants serbes des massacres de Musulmans à Srebrenica, les survivants ne peuvent pas rentrer chez eux. Ceux qui sont réfugiés en Suisse risquent le renvoi, à moins d’un geste du parlement.
A l’heure du procès au TPI de Radislav Krstic (photo), l’un des commandants serbes des massacres de Musulmans à Srebrenica, les survivants ne peuvent pas rentrer chez eux. Ceux qui sont réfugiés en Suisse risquent le renvoi, à moins d’un geste du parlement.
Actuellement, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a exhumé au moins 2000 dépouilles des fosses communes de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine. Cinq ans après la prise de l’enclave par les Serbes, plus de 7000 Musulmans sont toujours portés disparus, selon le Comité international de la Croix-Rouge. Il s’agit là d’un massacre que le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, range parmi les «pires atrocités» commises en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. D’autant plus que l’enclave musulmane se trouvait, au moment des faits, sous la protection des casques bleus…
Ils sont entre 1000 et 1500 survivants réfugiés en Suisse, mais les deux tiers d’entre eux risquent le renvoi. A Berne, l’Office fédéral des réfugiés obéit à une nouvelle jurisprudence, refusant le statut de réfugiés à ceux qui sont arrivés après les accords de Dayton de 1995 et une résolution de l’ONU de 1996, censés marquer la fin de la guerre en Bosnie. Quatre ans après, les Serbes empêchent toujours les Musulmans de regagner cette région, dont ils composaient 73 pour cent de la population avant la guerre. Il ne leur reste qu’à aller s’entasser dans les camps de la Fédération croato-musulmane.
A Genève, Nezir, fondateur d’une association de défense des victimes de Srebrenica, ne cache pas sa peur: peur des camps surpeuplés, peur de se retrouver face à face avec ceux qui ont tué ou violenté ses proches. A Paris, Sadija Ombasic, de Justice Internationale Srebrenica (une ONG qui est présente sur place), confirme la précarité des camps: «Nous dénombrons jusqu’à 13 personnes vivant sur 4 mètres carrés.» Renvoyer les survivants de Srebrenica équivaut «à les expédier tout droit au suicide, c’est-à-dire vers un nouveau génocide». Quant à la Republika Srpska, l’autre entité qui constitue actuellement la Bosnie, Nezir affirme qu’il y règne «un régime d’apartheid».
Il n’y a donc pas d’issue, toutes les possibilités de recours étant épuisées, les renvois ont commencé. Reste l’espoir d’une solution politique. L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) a interpellé le Conseil national. Partagé entre l’espoir et le pessimisme, Jürg Schertenleib estime que «la situation particulière de ces survivants, très marqués par l’horreur des sévices dont ils ont été victimes ou spectateurs, exige des mesures d’exception».
Isabelle Eichenberger
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