Jakob Kellenberger ira peut-être à Washington
Le président du CICR pourrait bientôt se rendre à Washington. Cette visite intervient en pleine controverse sur le sort des détenus de Guantanamo.
Dans un rapport envoyé à la Maison Blanche, le CICR estime que le traitement de ces détenus frise la torture.
Jakob Kellenberger pourrait se rendre prochainement dans la capitale américaine. Amanda Williamson, porte-parole du Comité International de la Croix Rouge (CICR), confirme: «nous sommes en discussion sur ce point, mais ne disposons pas de date pour le moment».
Mais malgré l’évidente détérioration des relations entre l’administration Bush et le CICR, Amanda Williamson minimise à l’avance l’importance de cette visite du président de l’institution.
«Cette visite ne serait pas la première», souligne-t-elle. «La dernière visite de M. Kellenberger à Washington remonte à décembre 2003 et nous procédons à ces échanges de vue régulièrement».
«Cruel, inhumain et humiliant»
La tension est montée d’un cran très rapidement cette semaine. Dans un rapport confidentiel qu’il a remis à l’administration Bush en juillet et que le New York Times a dévoilé cette semaine, le CICR conclut que certains traitements infligés aux détenus de Guantanamo sont «cruels, inhumains et humiliants» et «proches de la torture».
C’est la première fois depuis janvier 2002, date à laquelle le CICR a été autorisé par Washington à visiter la base américaine à Cuba, que la Croix Rouge parle de torture, à la fois, psychologique et physique.
Washington dément vigoureusement
Dans le même rapport, le CICR affirme que des médecins stationnés à Guantanamo partagent leurs connaissances des prisonniers avec les militaires qui dirigent leurs interrogatoires, ce qui constitue, d’après la Croix Rouge, une «violation flagrante de l’éthique médicale».
Suite aux indiscrétions du New York Times, le gouvernement américain oppose au rapport un démenti public et «vigoureux». «Nous ne pensons pas qu’il y ait torture», maintient notamment Richard Myers, le chef de l’état-major interarmes.
Certains au Pentagone, s’exprimant sous couvert de l’anonymat, vont plus loin et accusent la Croix Rouge d’anti-américanisme.
Un conseiller du ministère de la Défense confie ainsi au Washington Times que, dans ses échanges avec les représentants du CICR, il a remarqué une attitude consistant à «placer Al-Qaïda sur un plan d’équivalence morale par rapport aux Etats-Unis» et à «ne faire aucune confiance à ce que nous leur disons».
Le CICR serait-il naïf?
Publiquement cette fois, le patron de Guantanamo, le général Jay Hood, déplore que les enquêteurs du CICR prennent pour argent comptant les allégations de détenus ayant intérêt à dénigrer les Etats-Unis.
«Nous n’avons pas retiré du champ de bataille des centaines de civils innocents et si vous écoutez tout ce que les détenus racontent, vous entendrez toujours la même histoire, celle d’un détenu qui prétend qu’il était un simple marchand de tapis ou quelque chose de ce genre, quand, en fait, je pense qu’il y a un effort délibéré visant à tromper», déclare le général à l’agence Associated Press.
Interrogée par swissinfo sur le rapport, la porte-parole du CICR à Washington se refuse à tout commentaire sur ses conclusions mais confirme implicitement son existence.
Amanda Williamson fait valoir que les enquêteurs du CICR parlent aussi bien avec les détenus qu’avec le personnel de la base et s’entretiennent avec le général au début et à la fin de leur mission.
«L’une de nos principales ligne de conduite demeure la neutralité et nous ne prenons pas parti», ajoute-t-elle.
La prochaine «visite complète» du CICR à Guantanamo, – le type de mission débouchant sur un rapport confidentiel semblable à celui livré en juillet et comprenant 8 à 10 enquêteurs -, est en tout cas prévue en janvier.
swissinfo, Marie-Christine Bonzom, Washington
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