Pascal Couchepin remet en place Christoph Blocher
Le débat pour ou contre l’UDC est dans la rue. Et, au niveau ministériel, la remise en place de Christoph Blocher par Pascal Couchepin est dans les journaux.
Pour un week-end sans grosse actualité politique, le parti agrarien réussit, volontairement ou non, un pari: celui d’être partout.
Lors des campagnes de votations, l’activisme de l’Union démocratique du centre (UDC, droite dure), n’est plus à démontrer. Les dernières votations, celles du 26 septembre sur la naturalisation facilitée, en ont été une saisissante illustration.
Ce week-end, les citoyens n’avaient pas à se rendre aux urnes. Et pourtant, le débat sur l’UDC a envahi la rue et la presse.
Remise en place
Dans la presse dominicale, le ministre Pascal Couchepin, chef du Département de l’Intérieur, ne mâche pas ses mots à l’égard de son collègue Christoph Blocher, chef du département de Justice et Police.
L’attitude de M. Blocher lors des dernières votations «est en totale contradiction avec l’engagement montré lors de la précédente campagne, où il a défendu le paquet fiscal», a déclaré le conseiller fédéral valaisan dans une interview accordée au Matin dimanche. Dans la NZZ am Sonntag, il taxe même cette attitude de «danger pour notre démocratie».
Le ministre de l’intérieur juge en outre inadmissible que Christoph Blocher accuse le Conseil fédéral de «manipuler» le peuple lorsqu’il intervient dans une campagne de votation. Le gouvernement n’a pratiquement perdu aucune votation les quatre dernières années. Or depuis octobre dernier, c’est plutôt le contraire qui se produit, observe Pascal Couchepin.
Le subtil système politique suisse veut que personne ne joue un rôle «providentiel», rappelle-t-il. La volonté populaire l’emporte certes au final, mais avec une «nuance de taille qui semble échapper à M. Blocher: nous ne sommes pas dans une démocratie plébiscitaire où seule la masse compte comme dans les régimes populistes». Pour preuve, la double majorité des cantons et du peuple.
La perspective Schengen
Concernant les accords de Schengen et la libre circulation, il part du principe que chacun s’engagera dans la campagne avec son «charisme et sa loyauté propres». Le gouvernement a été élu pour quatre ans, «il faut donc bien travailler ensemble pour quatre ans, sauf démission…» conclut le conseiller fédéral.
Interrogé dans la SonntagsZeitung, le président de l’UDC Ueli Maurer dit ne pas avoir de réticences à ce que Christoph Blocher défende Schengen et la libre circulation au cours des prochains mois, dans le sens du gouvernement. «Toute la Suisse sait que M. Blocher est opposé à Schengen et qu’il le restera», constate-t-il.
Si le Conseil fédéral contraint maintenant Christoph Blocher à faire du théâtre et à démontrer les avantages de Schengen, le gouvernement ne gagnera pas en crédibilité, a ajouté Ueli Maurer.
Dans le Sonntags Blick, c’est d’ailleurs la campagne dans la perspective des votations sur les Bilatérales II, et donc la question du volet Schengen/Dublin, qui occupe les pages 2 et 3.
Des votations qui devraient avoir lieu le… 5 juin 2005, et pour lesquels les champions du oui (Economiesuisse) et du non (Action pour une Suisse indépendante et neutre, ASIN) affûtent leurs armes et annoncent la couleur des millions qu’ils sont prêts à dépenser pour faire campagne.
Calicots à Berne
Samedi dans la capitale fédérale, une «manifestations nationale contre les campagnes racistes» de l’UDC a été suivie à Berne par 1500 personnes. L’appel avait été lancé après les votations du week-end dernier par la «Junge Alternative JA» et une trentaine d’autres organisations.
«Déçus par le résultat de la votation de dimanche dernier sur la naturalisation facilitée et outrés par la campagne xénophobe de l’UDC, nous voulons lancer un signal fort contre le racisme qui sévit dans la politique suisse», écrivent les organisateurs dans leur communiqué de presse.
«Au nom de la jeune génération, nous disons stop à la haine», lancent encore les organisateurs. Ils réclament notamment une mise en application plus ferme de la norme pénale anti-racisme ainsi qu’une interdiction des naturalisations par les urnes ou par les assemblées communales.
Malgré la présence d’une cinquantaine de personnes cagoulées, tout s’est déroulé dans le calme. Le rassemblement était notamment soutenu par attac Suisse, le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) et les Jeunes PDC Suisse.
Duel à Genève
Dans la ville du bout du lac, c’est un rassemblement contre la pédophilie qui a été contaminé, samedi également, par le débat politique. Alors que des «marches blanches» avaient lieu dans trois villes romandes, celle de Genève a fait des vagues à cause de la présence d’Oskar Freysinger.
En tête du cortège, la présence du très controversé parlementaire UDC n’est pas passée inaperçue. Le conseiller administratif de la Ville de Genève, Patrice Mugny, également invité pour la partie oratoire, a publiquement déploré la participation de l’homme politique valaisan.
«C’est dur de se retrouver ici en compagnie de M. Freysinger après la dernière campagne raciste et xénophobe de son parti», a lancé le magistrat écologiste, sifflé par les uns et applaudi par les autres. «Je défends les victimes de pédophiles, mais également les enfants renvoyés dans des pays en guerre».
«M. Mugny se laisse aveugler par la campagne médiatique menée contre moi», déclarera Oskar Freysinger à l’ATS.
La présidente de l’organisation Marche blanche, Christine Bussat, membre du POP vaudois, a également critiqué l’intervention du magistrat genevois: «J’ai horreur de la xénophobie de l’UDC, mais Oskar Freysinger est le député au Conseil national qui s’engage le plus pour la lutte contre la pédophilie», a-t-elle déclaré.
swissinfo et les agences
– Dans la presse dominicale, le ministre Pascal Couchepin remet vigoureusement en place son collègue Christoph Blocher.
– A Berne a eu lieu samedi une manifestation contre «la campagne xénophobe de l’UDC».
– A Genève, samedi également, la présence de l’UDC Oskar Freysinger dans une «marche blanche» a suscité la colère du municipal Patrice Mugny.
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