Votation: La Suisse doit-elle acheter de nouveaux avions de combat?

Non à des «avions de luxe inutiles», oui à un «système de défense adapté aux risques»

L’achat de nouveaux avions de combat est «un luxe superflu pour la police de l’air au quotidien», estime la conseillère nationale Brigitte Crottaz. La socialiste vaudoise explique pourquoi elle invite le peuple à voter «non» le 27 septembre au crédit de 6 milliards de francs.

Ce contenu a été publié le 13 août 2020 - 14:00
Brigitte Crottaz, conseillère nationale, Parti socialiste

Quels sont les risques réels pour notre pays?

Le rapport remis par les experts au département de la défense en 2014 conclut que les principaux risques pour la sécurité de la Suisse dans les décennies à venir sont le terrorisme, la cybercriminalité et les changements climatiques, alors que le risque d’une guerre traditionnelle est hautement improbable.

Les dirigeants de l’armée n’ont toutefois retenu que cette option et veulent donc s’équiper d’avions de combat qui, clairement, sont des avions de luxe superflus pour la police de l’air au quotidien.

Qui sont nos ennemis potentiels?

La Suisse se situe géographiquement au centre de l’Europe et entretient de bonnes relations avec ses voisins. Si l’on envisage une attaque contre la Suisse, elle viendrait donc de plus loin et devrait survoler un ou plusieurs pays avant de nous atteindre, ce qui déclencherait immédiatement une réaction des forces aériennes de l’OTAN. Une attaque aérienne classique contre la Suisse est donc un scénario peu crédible, comme l’ont souligné les experts. Une attaque par des drones ou des missiles est en revanche beaucoup plus réaliste, et, dans ce cas, les avions de combat ne sont d’aucune utilité.

Quel est le rôle de la police de l’air?

Nous sommes convaincus que la police de l’air est indispensable, mais elle doit être pensée avec une flotte adaptée à la taille de notre pays et aux risques qu’il encourt.

Plus de 90% des missions de l’armée de l’air sont d’ordre civil: oubli d’un avion de tourisme de brancher son transpondeur, avion de ligne dévié de sa trajectoire et survolant notre espace aérien sans autorisation, surveillance de l’espace aérien lors d’événements importants (WEF, visite du pape).

Quels avions pour la police de l’air?

Les avions de combat tels que ceux rêvés par les dirigeants de l’armée ont une autonomie de vol d’une heure. La surveillance de notre espace aérien nécessite donc au moins une quarantaine d’avions. Ceux que l’armée envisage d’acquérir sont chers (modèles classés du 6e au 9e plus cher au monde), polluants (3,3 litres de kérosène/seconde) et bruyants. Ils sont peu adaptés à la géographie de la Suisse et ont besoin de 15 minutes de chauffe avant de décoller alors qu’un avion de ligne égaré traverse la Suisse du Nord au Sud en 15 minutes!

Des avions de chasse «légers», utilisés dans de nombreux pays pour la police de l’air sont amplement suffisants pour 90% des missions, coûtent 25 millions/pièce, ont une autonomie de vol de 2,5 heures, consomment 5 à 10 fois moins de kérosène et sont moins bruyants. Couplés aux FA-18 si nécessaire (10 à 20 missions par an), cela serait le scénario optimal pour une police de l’air efficace.

Pourquoi ne pas maintenir une coopération avec nos voisins?

Jusqu’à ce jour, notre police de l’air n’a jamais fonctionné 24 heures sur 24 et personne ne l’avait remarqué avant 2014, lors du détournement d’un avion, où ce sont des jets italien et français qui l’ont escorté jusqu’à Genève.

Nous avions alors appris que la police de l’air avait des horaires de bureau et possédait un accord avec les polices de l’air des pays voisins pour intervenir si nécessaire.

À la suite de ce détournement, les horaires ont été étendus jusqu’à 22h, mais ce n’est qu’à partir de janvier 2021 que nous aurons une police de l’air 24h sur 24. Cela coûtera plus cher et ne sera pas plus utile, puisqu’il n’y a eu qu’un «sauvetage» par nos voisins au cours des dernières années.

Comment assurer la défense du territoire suisse contre les menaces?

L’acquisition d’avions ultrasophistiqués, chers, bruyants et polluants, ne sera d’aucune utilité en cas d’acte terroriste, de cyberattaque ni de catastrophe climatique. En revanche les 18 milliards qu’ils coûteront (6 milliards à l’achat, 6 de maintenance, 6 de mise à niveau) grèveront suffisamment les caisses de l’armée pour empêcher l’acquisition de super-radars ainsi que de systèmes de contrôle et de défense air-sol contre les drones et missiles qui sont des risques bien plus réalistes qu’une guerre traditionnelle.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas la position de swissinfo.ch.

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