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Blanchiment: un inventaire à la Prévert

L’an dernier, le MROS a enregistré 417 annonces de soupçons de blanchiment d'argent. swissinfo C Helmle

Un curé qui joue au casino, un salon de thé qui vend de la drogue, des employés de banques peu scrupuleux: l'imagination des escrocs est sans limites.

Les enquêtes du Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent (MROS) réservent des situations pour le moins cocasses. Ce service de l’Office fédéral de la police a analysé les stratagèmes mis en place par les criminels pour blanchir leur fonds. Son rapport 2001 se lit comme un roman policier, sauf qu’il s’agit de faits réels.

Depuis le 1er avril 1998, les banques et les intermédiaires financiers doivent avertir ce Bureau lorsque des opérations douteuses ont été effectuées par un de leur client. L’an dernier, le MROS a enregistré 417 annonces de soupçons de blanchiment portant sur une somme globale de 2,7 milliards de francs.

Dieu au casino

L’histoire la plus déconcertante est sans conteste celle de ce joueur d’un casino tessinois. Comme il a changé pour environ 10 000 francs, l’établissement lui demande de remplir un formulaire d’identification.

Etonnement des responsables de la sécurité. Sous la rubrique profession, l’homme indique : curé. En plus, les agents du casino découvrent qu’il possède une liste des maisons de jeux en Suisse et en Italie, et que des billets de banques traînent sur le sol de sa voiture.

Le prêtre explique qu’il fréquente régulièrement les casinos pour se détendre avant de se rendre chez une amie qui habite en Suisse. N’en croyant pas leurs oreilles, les responsables dénoncent le cas au MROS pour qu’il effectue des vérifications.

Le plus incroyable, c’est que l’enquête a révélé que cette personne n’a pas menti. Selon nos informations, il s’agit d’un ecclésiastique italien. Comme rien ne pouvait lui être reproché, le dossier a été classé sans suite.

Ce curé semble même avoir échapper à une punition divine, puisqu’il a réussi à empocher quelque 20 000 francs de gain en misant à la roulette. Les voies de la Providence sont vraiment infinies.

Un thé très euphorisant

Tout aussi stupéfiant, ce salon de thé qui, en l’espace de quatre mois, verse sur son compte près de 300 000 francs. Une somme considérable pour ce type d’activité. Pour vérifier la situation commerciale de son client, la banque envoie discrètement un de ses collaborateurs sur place.

En plus du breuvage, le serveur lui propose sous le manteau des excitants nettement plus redoutables. Le tea-room sert de couverture pour un commerce de drogue. La banque bloque donc immédiatement le compte et avise la justice. L’histoire ne dit pas si, lors de sa mission, le 007 de la banque a poussé son investigation jusqu’à tester la qualité du cannabis vendu avec les sachets de thé.

Puisqu’il semble qu’on ne puisse plus faire confiance aux banques pour blanchir son argent, un couple avait décidé de s’adresser à la Poste. Madame X s’est rendue à plusieurs reprise dans un modeste bureau postal pour effectuer un transfert d’argent vers l’étranger.

Le montant était à chaque fois juste en dessous du seuil de 5000 francs à partir duquel un contrôle d’identité est obligatoire. Intriguée par ce manège, l’employée a finalement demandé une pièce d’identité à Madame X.

Un trafic de drogue

Face à son refus, la Poste a mené une recherche interne pour l’identifier et constater qu’elle et son concubin avaient réalisé 37 transactions de ce type pour un total de 130 000 francs. L’enquête du MROS a permis d’établir que ce couple était impliqué dans un trafic de drogue.

La liste établie par le MROS est digne d’un inventaire à la Prévert. On y trouve des employés de banques qui spéculent en Bourse mais qui font supporter les pertes à leurs clients, un créateur de mode qui devient subitement millionnaire mais dont le père est impliqué dans une affaire de corruption ou encore un garagiste qui conclut 240 faux contrats de leasing pour un montant de 13,5 millions.

swissinfo/Luigino Canal

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