La Bourse met K.-O. les «ladies» romandes
Lancé il y a 3 ans en pleine euphorie boursière, le club d'investissement réservé aux femmes vient d'être liquidé avec une perte de 2 millions.
Grisées par le jeu, les adhérentes ont misé sur des actions risquées en oubliant de diversifier leur portefeuille.
Après le champagne et les petits-fours du lancement en avril 2000, c’est aujourd’hui la soupe à la grimace. Le «Ladies Investment Club of Geneva» a été liquidé lundi dernier suite aux lourdes pertes enregistrées en Bourse.
Inauguré pratiquement à l’apogée du marché, ce club d’investissement exclusivement réservé aux femmes n’a pas survécu à la débâcle boursière.
La chute est d’autant plus dure que les débuts ont suscité l’enthousiasme. Face au succès du premier groupe soutenu par l’UBS, un second est ouvert en octobre 2000, avec comme partenaire l’Union Bancaire Privée.
Après un apport initial compris entre 5000 et 30’000 francs, chaque participante devait ajouter mensuellement 100 francs pour augmenter la valeur du portefeuille et payer une cotisation annuelle pour les frais administratifs.
Très vite, le club compte plus de 200 adhérentes provenant de Suisse Romande et sa fortune dépasse les trois millions. L’âge des participantes varie entre 25 et 70 ans et toutes les catégories sociales sont représentées: secrétaires, avocates, médecins, etc.
Manque de sang froid
Trois ans plus tard le bilan est amer. La perte est de 60%, soit environ deux millions. En novembre 2002, suite à deux ans de baisse de cours quasi ininterrompue, c’est un vent de panique qui souffle sur les «ladies».
Les réunions mensuelles deviennent ingérables. Nombres d’entre-elles quittent le navire en préférant sauver ce qui reste, plutôt que de risquer de perdre toute leur mise.
«Les adhérentes n’ont pas eu les nerfs assez solides pour faire face à l’effondrement de la Bourse, ni la patience d’attendre un renversement de tendance», explique dépitée Simone Tabibian, co-fondatrice du club.
Le problème c’est que certaines personnes ont investi de l’argent dont elles avaient besoin et non pas des fonds dont elles pouvaient se passer. Résultat, le club vote, à la quasi-unanimité, sa liquidation.
Ironie du destin, depuis ce printemps la Bourse a repris des couleurs et ne cesse de grimper.
La Bourse, un métier d’hommes?
Un échec qui va certainement faire ricaner le monde très masculin de la finance. La gestion efficace serait-elle l’apanage de l’homme?
«Ce club a, comme la majorité des investisseurs, femmes ou hommes, subi de plein fouet l’éclatement de la bulle spéculative, le sexe n’a rien à voir», rétorque un analyste.
Reste que la stratégie du «ladies club» laisse songeur. Composée presque exclusivement d’actions, la structure de son portefeuille va à l’encontre des règles économiques.
«La diversification est un principe de base en gestion de fortune, un portefeuille équilibré pour un risque moyen doit être constitué d’obligations, d’actions de qualité et de liquidités», précise Pierre Novello, économiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la Bourse.
Si on se lance dans des investissements agressifs, il faut être prêt psychologiquement à assumer des chutes brutales de cours.
Les «ladies» ont été grisées par l’euphorie du jeu qui les a entraînées à miser notamment sur des start-up du Nouveau Marché. Un secteur à haut risque. Après avoir été encensées, nombres de ces sociétés high-tech ont simplement fait faillite.
«Notre but était de nous familiariser avec les mécanismes boursiers et, au cours de nos rencontres, les participantes ont acquis des connaissances extraordinaires grâce aux explications et à la patience des gestionnaires de nos sponsors, l’UBS et l’UBP», tient à ajouter Simone Tabibian.
Un apprentissage chèrement payé qui profitera peut-être aux 45 femmes qui ont décidé de poursuivre, de façon indépendante, cette aventure.
swissinfo, Luigino Canal
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