La galère rame toujours
Premières croisières inaugurales mercredi pour «La Liberté». Mais la galère, construite par les chômeurs, attend son permis officiel de navigabilité.
Les journalistes ont été les premiers à voguer, sur les eaux du Léman, à bord de la galère. Mais la formidable embarcation, de 190 tonnes et de 55 mètres de long, a dû faire plusieurs voyages pour satisfaire la curiosité des représentants de médias. En effet, elle n’est pas autorisée à embarquer plus de 40 personnes.
L’ambitieux navire, qui a été construit à Morges sur le modèle des bateaux qui naviguaient sur le lac Léman au XIIIe siècle, était conçu pour accueillir 123 rameurs et pas moins de 200 passagers.
Pas de certification
Mais voilà, mise à l’eau à Morges voici onze mois, la galère n’a toujours pas officiellement fourni les preuves de sa fiabilité. Pour l’heure, l’Office fédéral de la navigation – chargé par son homologue cantonal d’effectuer l’expertise technique de l’embarcation – n’a pas reçu tous les documents nécessaires à son examen.
«Des informations de dernière minute nous sont parvenues juste avant la croisière inaugurale de ce mercredi», explique Davide Demicheli, porte-parole de l’Office fédéral des transports. «Elles nous ont permis, dit-il, de fournir une autorisation temporaire pour la navigation de la galère.»
Sécurité en jeu
«Mais nous devons encore étudier des aspects aussi fondamentaux que la stabilité et la flottabilité de l’embarcation lorsqu’elle est chargée», poursuit Davide Demicheli. Il en va de la sécurité des passagers. «Et ce type d’expertise ne se fait pas en un jour», souligne encore le porte-parole de l’Office fédéral des transports.
Comment expliquer ce contre-temps? Manque de professionnalisme des promoteurs de l’embarcation, procédures trop compliquées ou exigences sécuritaires trop poussées pour un bateau qui fait figure de prototype? La question reste ouverte.
Retard préjudiciable
Pour l’instant, sans autorisation dûment homologuée, la galère ne pourra pas entamer ses croisières touristiques le 1er juillet comme prévu. Une nouvelle fausse note qui risque de peser lourdement sur l’avenir de la société chargée de l’exploitation commerciale de l’embarcation. Cette société misait sur le transport de quelque 40’000 passagers durant les douze premiers mois.
«Ce retard va certainement entraîner l’annulation de quelques affrètements déjà réservés», admet Jean-Pierre Hirt, initiateur du projet et président de la société d’exploitation. Mais tout sera fait, assure-t-il, «pour que l’entreprise soit en mesure de fonctionner normalement cet été.»
Risques financiers
Les responsables de la société d’exploitation de «La liberté» le savent bien: tout éventuel retard porterait un nouveau coup à leur crédibilité. Leur plan financier avait déjà été mis en doute par la société d’audit Ernst & Young fin 2001.
Cette appréciation négative avait incité l’association des communes de la région morgienne (ACRM) à ne pas souscrire au capital-action de leur société.
Encadrement des chômeurs
«Pour l’heure, aucun fond public n’est engagé dans l’exploitation commerciale du bateau», confirme Jean-Pierre Hirt. «La Liberté» continuera toutefois de bénéficier d’une part de main d’œuvre gratuite.
Mandaté par le secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) et le service de l’emploi du canton de Vaud, le bateau sera chargé d’encadrer de jeunes chômeurs.
Cette responsabilité est conforme à sa vocation première. La galère est en effet le fruit d’un programme d’occupation destiné aux demandeurs d’emploi en fin de droit. Depuis le lancement du chantier en 1996, pas moins de 600 chômeurs indemnisés par l’assurance chômage ont participé à sa construction.
swissinfo/Vanda Janka
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