Le Tessin s’attend au pire sur l’axe du Gothard
Pâques a toujours été synonyme de ruée vers le sud et de bouchons sur l'axe du Gothard. Cette année, la situation est encore plus critique.
Un flot de voitures, allemandes surtout, a déjà traversé les Alpes pendant le week-end des Rameaux. Et, samedi dernier, les premiers vacanciers se sont retrouvés en colonne, sur onze kilomètres, à l’entrée nord du Gothard.
Cette semaine, dès l’après-midi de jeudi et jusqu’à samedi, le trafic devrait être particulièrement intense. Les retours se feront dès lundi après-midi. Le conseiller d’Etat tessinois Marco Borradori est pessimiste. Il s’attend «au pire».
Le ministre suisse des transports a déconseillé aux touristes de se rendre au Tessin, voire simplement d’y passer, pendant la période des fêtes de Pâques. Malgré les exhortations de Moritz Leuenberger, le TCS et l’ACS confirment une nouvelle vague de vacanciers pour ce week-end pascal sur l’axe du Gothard.
Le «syndrome du Gothard»
Reste à la contenir, cette vague. Giuseppe Stinca a d’ailleurs prolongé une offre forfaitaire lancée en décembre. «Venez au Tessin en train, lance le directeur de l’Office tessinois du tourisme. Mais louez une voiture à la gare, et descendez dans un des 70 hôtels du canton qui réduisent leurs tarifs.»
Après avoir publiquement reproché à Moritz Leuenberger de décourager les touristes, Giuseppe Stinca met les bouchées doubles. Mais il n’est pas dupe pour autant. Il sait bien que les colonnes de camions en attente en Léventine et à la douane de Chiasso pourraient bien compromettre l’exode pascal.
En fait, selon un récent sondage réalisé en Suisse alémanique, seul 2% des personnes interrogées prévoient de choisir le Tessin pour les fêtes de Pâques. Mais 12% d’entre elles iront à l’étranger. Et celles qui ont choisi l’Italie transiteront bien entendu par l’axe du Gothard.
Menaces italiennes
Un axe à la une de la presse ces derniers mois. Avec, en toile de fond, la situation chaotique qui s’y est créée après l’accident du 24 octobre 2001.
Depuis sa réouverture, le 21 décembre dernier, le tunnel n’a plus été praticable normalement pour les camions. Le système du dosage du trafic lourd, voulu par la Confédération, a mis à rude épreuve les Tessinois de Léventine et de Chiasso.
Contraints à des attentes qui peuvent dépasser les quatre heures, les routiers sont au bord de l’exaspération. Les Italiens, surtout. Il leur faut désormais 16 heures pour traverser la Suisse. Au moins deux fois plus qu’avant le 24 octobre.
Leur fédération a d’ailleurs menacé à plusieurs reprises de bloquer le trafic automobile à la douane de Chiasso. Elle accuse la Suisse de ne pas respecter le principe de libre circulation des marchandises à travers les Alpes.
Elle vient de demander au gouvernement Berlusconi d’intervenir auprès de Berne. Une table ronde doit prochainement rassembler les représentants des deux pays.
Tensions en Suisse aussi
Et le torchon brûle également entre l’ASTAG (Association suisse des transporteurs routiers) et le département fédéral des transports. L’ASTAG demande à cor et à cri que le trafic normal soit rétabli au Gothard. Berne ne veut rien savoir.
Le ministre Moritz Leuenberger envisage même d’appliquer indéfiniment les mesures de dosage. Le Tessin souhaite qu’elles soient levées lorsque les installations de ventilation dans le tunnel seront achevées, dès septembre prochain.
A la veille du long week-end de Pâques, des membres de l’ASTAG ont manifesté leur solidarité avec les routiers bloqués sur l’aire de dosage de Quinto, en Léventine. Ils ont distribué aux camionneurs des cornets-repas.
«Ce n’est pas seulement un geste d’humanité, ont lancé les manifestants. C’est aussi une façon d’attirer l’attention publique sur la situation insoutenable des routiers au Gothard.»
Pour autant, les poids lourds ne devraient pas trop entraver la circulation automobile ces jours-ci. D’ailleurs, vendredi-Saint, dimanche et lundi de Pâques, ils sont interdits de circulation.
swissinfo/Gemma d’Urso, Lugano
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