Nestlé sur une voie royale au Japon
Nestlé a une chance unique de renforcer sa présence en rachetant son partenaire Snow Brand. Le numéro un des produits laitiers est au bord du gouffre.
Snow Brand veut persuader son partenaire suisse de le sauver de la faillite. Le premier producteur japonais de produits laitiers a joué de malchance mais aussi avec le feu.
L’une de ses filiales a étiqueté du bœuf australien comme étant d’origine japonaise, pour mieux être dédommagée par le gouvernement. Mais les autorités japonaises ont décidé de retirer du marché cette viande après la détection de plusieurs cas de maladie de la vache folle dans l’archipel.
Aujourd’hui, les consommateurs japonais ne pardonnent pas à Snow Brand ce deuxième scandale. D’autant qu’il y a dix-huit mois, son lait avait été à l’origine d’une intoxication alimentaire dans la région d’Osaka. Plus de 10 000 personnes étaient tombées malades.
Retrouver sa réputation
Nestlé avait alors profité de l’affaiblissement de Snow Brand pour créer avec lui une société commune. Elle fabrique des yoghourts, des crèmes glacées et des boissons froides à base de café. Cette «joint venture» a permis à Snow Brand de retrouver, en partie, sa réputation. Et à Nestlé de réduire sa dépendance envers le café soluble.
Le géant de l’alimentation suisse se laissera-t-il, aujourd’hui, convaincre, par Snow Brand de prendre une participation dans son capital? «Nous sommes ouverts à une alliance avec un partenaire étranger», déclare Kohei Nishi, le président de Snow Brand.
«Nous ferons tout pour convaincre le plus grand groupe alimentaire du monde d’entrer dans son capital. Sans lui, Snow Brand n’a pas d’avenir», ajoute Sumitaka Fujita, le directeur des finances de Itochu, la maison de commerce liée, elle aussi, à la société en difficulté.
Pour le moment, Nestlé se refuse à tout commentaire. «Le fait que le groupe suisse ne rejette pas d’emblée ces appels de Snow Brand et de Itochu est significatif», note un analyste de UBS Warburg à Tokyo.
Un formidable réseau de distribution
Le journal Asahi note, pour sa part, que Nestlé peut racheter Snow Brand à très bas prix. L’entreprise japonaise a perdu la moitié de sa valeur boursière en l’espace de quelques semaines.
De quoi tenter Nestlé qui vient de dévoiler une ambitieuse politique de diversification de ses activités au Japon. Surtout que Snow Brand dispose d’un formidable réseau de distribution. La décision du groupe suisse serait plus facile à prendre si les consommateurs japonais n’étaient pas en plus remontés contre la société d’Osaka.
Georges Baumgartner, Tokyo
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