Novartis passe au dollar
Après ABB, Syngenta, Serono et quelques autres, la multinationale bâloise présentera dès l'an prochain ses comptes en dollars.
Une manière de coller à la réalité d’un groupe qui réalise 43% de ses ventes en Amérique du Nord, contre 6% seulement en Suisse.
«Lorsque nous exprimons nos résultats en francs suisses, nous traduisons en réalité 94% de nos chiffres», explique Mark Hill, porte-parole de Novartis.
Après la cotation à Wall Street et le recentrage de la recherche à Boston, le groupe bâlois fait donc un pas de plus en direction des Etats-Unis.
«L’Amérique du Nord est le plus gros marché au monde pour nos produits, et aussi celui dont la croissance est la plus rapide», rappelle Mark Hill.
Eviter les fluctuations
En prenant pour étalon la devise avec laquelle il travaille le plus, Novartis entend donc coller à la réalité de son business. Mais l’opération a également pour but de supprimer une importante source de fluctuation dans les résultats.
Les hauts et les bas des marchés des changes peuvent en effet peser très lourd sur les chiffres consolidés.
Si l’on considère les résultats du groupe bâlois sur les neuf premiers mois de 2002, la croissance n’est que de 4% en francs suisses, alors qu’en monnaies locales, elle atteint 11%.
A l’inverse, les sociétés suisses qui ont déjà adopté le billet vert affichent des taux de croissance dopés. Le groupe biotechnologique Serono a ainsi fait bondir son chiffre d’affaires de 18% au 3e trimestre 2002, alors qu’en monnaies locales, la hausse n’est «que» de 12%.
Nestlé en reste au franc…
La décision de Novartis ne semble pourtant pas faire tache d’huile. Du moins pas pour l’instant.
La plus grande multinationale du pays, la veveysanne Nestlé, affirme ne pas vouloir passer au dollar, même si l’impact négatif des taux de change a été très net pour elle sur les trois premiers trimestres.
«On a appris à vivre avec ce phénomène. Et n’oublions pas que les fluctuations peuvent aussi s’exercer dans l’autre sens», déclare Marcel Rubin, porte-parole du numéro un mondial de l’alimentation.
Nestlé ne réalise pourtant que 1% de ses ventes en francs suisses.
…Roche également
Chez Roche, le porte-parole Daniel Piller assure lui aussi que son groupe n’envisage pas de changer sa monnaie de consolidation.
Le numéro deux de la chimie en Suisse se trouve cependant dans une situation très semblable à celle de Novartis, puisqu’il a réalisé l’an passé près de 39% de son chiffre d’affaires en Amérique du Nord.
«Roche n’est pas coté aux Etats-Unis, contrairement à Novartis», explique Daniel Piller. Comme Nestlé, le groupe rhénan peut par conséquent continuer à composer avec des vents parfois fortement contraires.
Pour l’heure, l’américanisation de ces deux groupes reste industrielle avant d’être financière.
Changement logique
Responsable du marché suisse chez Lombard Odier Darier Hentsch & Cie, Pierre Tissot se dit toutefois «convaincu que d’autres sociétés helvétiques changeront leur monnaie de consolidation». Ceci au nom de la simple logique.
Outre Serono, plusieurs grandes entreprises suisses livrent d’ailleurs déjà leurs comptes en dollars. Le bâlois Syngenta le fait depuis sa naissance en 2000, suite à la fusion entre les pôles agrochimiques de Novartis et de l’anglo-suédois AstraZeneca.
Pas forcément les meilleurs
L’helvético-suédois ABB, qui lutte pour sa survie, avait aussi adopté le billet vert au moment de la fusion entre Asea et Brown Boveri en 1988.
L’assureur Zurich Financial Services, dans le rouge lui aussi, est également passé au dollar à sa naissance, lors du mariage entre Zurich Assurances et le britannique BAT en 1998.
Ces deux derniers exemples prouvent en tout cas que l’abandon du franc au profit du dollar ne permet pas d’améliorer la rentabilité des sociétés.
«Les analystes regardent les résultats des entreprises dans la devise de publication des comptes, mais aussi en monnaies locales. Nous avons pour habitude, dans notre métier, de gérer les problèmes de change», souligne l’analyste Pierre Tissot.
swissinfo avec les agences
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