Swiss est prête au décollage
La nouvelle compagnie aérienne nationale a annoncé mardi la conclusion d'une alliance avec American Airlines et l'achat de 13 Airbus A340. Swiss est en bout de piste.
C’est dimanche, le jour de Pâques, que le premier avion de Swiss s’envolera. Jour J-5, mardi à Kloten, les responsables de la nouvelle compagnie ont levé le voile sur ce que les passagers pourront découvrir dans quelques jours. Ils ont également annoncé une série de décisions importantes.
Un pas vers Oneworld
Il s’agit, tout d’abord, de l’alliance transatlantique conclue, lundi soir, avec la plus grosse compagnie aérienne du monde, American Airlines (100 000 employés et plus de 700 avions). Un accord qui permettra à Swiss de profiter de l’énorme réseau dont dispose son nouveau partenaire aux Etats-Unis.
Mais, et le patron de Swiss André Dosé l’a admis, ce n’est qu’un demi-succès. Le but de la nouvelle compagnie nationale helvétique est de devenir, cette année encore, membre à part entière de Oneworld, l’alliance mondiale dont fait partie American Airlines, mais aussi British Airways. Les négociations vont donc se poursuivre.
Airbus A 340 contre MD-11
Autre décision: celle de se débarrasser rapidement des avions long-courriers MD-11, hérités de Swissair. Trop chers à entretenir, trop gourmands en kérosène, et trop bruyants. Pour les remplacer, Swiss va acheter 13 Airbus A340-300, pour une facture totale d’environ 1,3 milliard de dollars. Les premiers appareils doivent être livrés dans un peu plus d’un an.
Les derniers préparatifs vont bon train. Mais il reste encore à trouver un accord avec le syndicat des pilotes de Crossair. A ce propos, André Dosé s’est voulu confiant, écartant le risque d’une grève.
Swiss est donc prête au décollage. «Jamais, dans cette industrie, confie André Dosé, un projet de cette envergure n’a été réalisé en si peu de temps.»
La faute à Swissair
Le ton est résolument à l’optimisme, même si les chiffres présentés – ceux de la «vieille» Crossair – ne sont guère brillants. La compagnie autour de laquelle se bâtit Swiss affiche une perte de 314 millions de francs suisses pour 2001, malgré une augmentation de 9% du chiffre d’affaires. Selon André Dosé, c’est l’effet, en bonne partie, de l’effondrement de Swissair.
Le PDG a présenté d’autres chiffres, plus positifs, ceux du premier trimestre de cette année. Ils montrent que le niveau du trafic, tant en Europe (pour Crossair), que sur les lignes intercontinentales (pour Swissair), dépasse les prévisions. Quant aux réservations, elles ont redémarré et s’établissent à un niveau que les responsables de la compagnie jugent bon.
André Dosé a, en outre, rappelé la solidité financière de Swiss, dont le capital dépasse les 2,3 milliards de francs. «Nous pouvons résister à un coup de vent», a-t-il lancé, en évoquant notamment la menace d’une attaque contre l’Irak et ses conséquences sur le trafic aérien.
Le PDG de Swiss a également mis en évidence l’effort réalisé du côté des coûts, par rapport à Swissair. A savoir, moins 30 à 40% sur l’achat ou le leasing des avions, moins 10% pour le personnel de cabine, moins 35% pour les pilotes.
Le but est d’atteindre l’équilibre dès 2003, avec un chiffre d’affaires de 5 milliards de francs.
Une qualité «swiss»
Malgré ces économies, Swiss veut devenir le numéro 1 en Europe, en termes de qualité. Une série de mesures est prévue. Notamment plus de confort dans les trois classes, le bannissement des verres en plastique, et un nouveau concept gastronomique. Des améliorations qui ne seront réalisées que progressivement, ces deux prochaines années.
Dans l’immédiat, Swiss va lancer, dès dimanche, une campagne de publicité mondiale, pour faire connaître la nouvelle marque et le nouveau logo. Une seconde campagne axée sur des portraits de clients démarrera en juin. Des passagers-exemples, définis par Swiss comme «haut de gamme, glamour, civilisés, globaux.»
Tout cela se veut basé sur des valeurs suisses, ou plutôt «swiss» de qualité, de service irréprochable, de tradition et de bon design. Mais viser le haut de gamme, tout en réduisant les coûts, cela peut paraître paradoxal.
Pas pour André Dosé. «L’industrie suisse a prouvé à plusieurs occasions que c’est possible. Je pense à l’industrie des montres, qui a fait des produits de qualité, avec des frais bas et compétitifs. Nous, nous pouvons faire la même chose.»
swissinfo/Pierre Gobet, Kloten
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