Chômage: Genève n’est pas une exception
Les chiffres du chômage en Suisse publiés par le SECO classent une nouvelle fois Genève au dernier rang des cantons suisses: un tableau trompeur.
L’économiste Yves Flückiger brise la lanterne rouge que traîne depuis des années le canton de Genève en matière de chômage. Dans une étude encore inédite et commandée par le Conseil d’Etat genevois, il relativise en tous les cas fortement les chiffres publiés par le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) pour le mois de décembre (2,4% pour la Suisse; 4,8% pour Genève).
«Ces statistiques comparent des cantons fortement urbanisés comme Genève avec des cantons ruraux en Suisse centrale. Or, le taux de chômage dans les villes est systématiquement plus élevé que dans les campagnes», précise l’économiste genevois.
Chiffres biaisés
Pour avoir une comparaison pertinente, il faudrait mettre en rapport le taux de chômage en ville de Genève avec celui de Lausanne. «Notre étude montre que la différence est minime», signale Yves Flückiger.
Autre élément trompeur: le taux d’inscription au chômage. «Il est plus élevé à Genève qu’ailleurs, en particulier en Suisse alémanique», souligne le professeur d’économie.
Selon Yves Flückiger, les Alémaniques qui perdent ou quittent leur emploi ont tendance à se retirer du marché du travail, surtout les femmes. Dans les cantons romands et particulièrement à Genève, ces personnes s’inscrivent beaucoup plus systématiquement au chômage ou cherchent un nouvel emploi, après une interruption plus ou moins longue.
Or, les entreprises continuent de privilégier les personnes qui sont restées dans le marché du travail. «L’interruption de carrière pénalise et débouche le plus souvent sur le chômage», précise Yves Flückiger.
Mères pénalisées
Pour Genève, ce problème est particulièrement aigu et contribue réellement à alimenter le taux de chômage. La proportion de femmes qui travaillent est, en effet, la plus élevée de Suisse (presque 50% de la population active).
Après un arrêt de travail dû à une maternité, elles ont beaucoup de peine à trouver un nouvel emploi. «Il faudrait donc trouver un moyen pour qu’elles puissent continuer leur carrière, même à mi-temps», juge Yves Flückiger.
D’autres facteurs contribuent également à maintenir un taux de chômage élevé à Genève. Yves Flückiger cite, en premier lieu, le système qui permet à un chômeur en fin de droit de recourir, pendant une année, aux emplois temporaires cantonaux.
Suite à ce type d’emplois, le chômeur a encore droit à deux ans de chômage. «Les faits montrent que cette possibilité permet rarement une réinsertion professionnelle. Par contre, la personne figurera pendant cinq ans dans les statistiques du chômage», précise Yves Flückiger.
Formation inadaptée
L’économiste genevois cite un ultime facteur qui produit du chômage à Genève: «Les besoins de l’économie locale en personnes hautement qualifiées ne sont pas satisfaits par l’offre des demandeurs d’emplois».
L’économiste estime que la formation ne répond pas assez aux réalités du monde du travail. Yves Flückiger pointe également les faiblesses de la formation continue: «De nombreux informaticiens sont au chômage, alors que les besoins dans ce domaine restent élevés».
Frédéric Burnand, Genève
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